Les marchands ambulants exclus dans un périmètre de 2 kilomètres
Salvador de Bahia, 30 mai 2014 (Apic) Les vendeurs de rue ne pourront pas proposer leurs boissons fraîches et leurs gadgets aux abords des stades. Telle est la règle imposée par la Fédération Internationale de Football (FIFA) qui a défini un territoire de 2 kilomètres en moyenne autour des enceintes où se dérouleront les rencontres. Un «territoire d’exclusion» dénoncé par l’ONG Solidar Suisse.
Dans un pays où le travail informel touche encore 39% de la population active, cette règle imposée par la FIFA est très critiquée. Elle fait pourtant partie de la Loi Générale de la Coupe, approuvée par le Parlement brésilien en juin 2012. Ce texte prévoit notamment que «l’État brésilien collaborera avec les états et les municipalités qui accueilleront les matches, ainsi que les autorités compétentes pour assurer à la FIFA et aux personnes indiquées par elle l’autorisation pour, en exclusivité, faire la promotion des marques et distribuer leurs produits et services (…) dans les locaux officiels de la compétition, dans les abords immédiats et sur les principales voies d’accès aux enceintes». Des «abords immédiats» qui, d’après la FIFA, peuvent aller jusqu’à 2 km autour du stade.
Devant l’enceinte de Fonte Nova, le stade de Salvador de Bahia qui accueillera six matches, (dont Suisse-France le 20 juin), c’est la consternation. A l’image de Hélio, 46 ans, qui vend des boissons fraîches depuis un accident qui l’a obligé à abandonner son emploi de menuisier en 2004. «J’étais heureux, car je pensais que j’allais gagner un peu plus d’argent, explique t-il. Mais la FIFA ne laisse travailler que des vendeurs accrédités par elle, car elle veut obliger les spectateurs à acheter les produits de leurs sponsors, qui les vendent cinq ou six fois plus chers ! " Une situation que dénonce l’ONG Solidar Suisse.
Après avoir critiqué notamment les expulsions forcées des habitants des favelas, les violations des droits humains et du travail et les milliards de profits engrangés par la FIFA, l’ONG s’est en effet mobilisée pour les vendeurs de rue brésiliens, en lançant une pétition visant à autoriser leur présence aux abords des stades en demandant «une table ronde nationale avec les organisations de vendeurs de rue et les villes hôtes».
Réponse de la FIFA? L’institution qui affirme partager «l’opinion de Solidar Suisse sur le rôle important que jouent les vendeurs de rue au Brésil» a promis qu’elle allait former et accréditer 3’000 vendeurs pour travailler dans le périmètre réservé et vendre des produits autorisés. La FIFA assure que la présence de périmètres est justifiée pour des raisons de sécurité et de lutte contre des produits contrefaits.
Le geste n’a manifestement pas répondu aux attentes de Solidar Suisse. «Les vendeurs de rue sont 200’000 au Brésil. La plupart ne pourront pas profiter d’un événement par ailleurs très aseptisé puisque les touristes ne trouveront pas de produits brésiliens et seront condamnés aux cheeseburgers.» Et pour sensibiliser encore davantage l’opinion publique sur les dérapages de la FIFA, Solidar Suisse a mis en ligne sur son site internet www.solidar.ch un clip vidéo où l’on voit Sepp Blatter, le président de la FIFA tacler violemment un vendeur de rue. Un geste qui vaut largement un carton rouge. (apic/jcg/bb)
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