St-Maurice: L'Abbaye inaugure une nouvelle chapelle pour rappeler l'actualité du martyre

Le concours vidéo-jeunes interroge le sens du sacrifice de soi

St-Maurice, 3 juin 2014 (Apic) La nouvelle « Chapelle du Martyre », aménagée à l’intérieur de la basilique de l’Abbaye de St-Maurice d’Agaune, en Valais, invite le visiteur à méditer sur le martyre, un phénomène actuel et mondial . L’Apic a pu visiter, le 3 juin 2014, en primeur, lors d’un point de presse, le lieu de recueillement qui permettra aux fidèles et aux pèlerins d’accéder librement aux reliques. L’aménagement de la chapelle, qui sera inaugurée le 8 juin, est l’une des 19 démarches entreprises dans le cadre des 1500 ans du monastère.

Les huit stèles de marbre noir se dressent de façon imposante de chaque côté des bancs de la chapelle. Elles rendent perceptible l’immense procession de ceux qui ont donné leur vie pour témoigner de l’Evangile « à la suite du Christ crucifié, premier des martyrs », souligne le chanoine Jean Scarcella, prieur de l’Abbaye. Les stèles, sont surmontées de boîtes en bois de cèdre contenant les reliquaires. Ce bois a été spécialement choisi pour la fraîche et subtile fragrance qu’il exhale, symbolisant une présence invisible, explique le chanoine.

Le caractère universel de l’Eglise

Les six reliquaires placés de part et d’autre des bancs contiennent les ossements des compagnons de St-Maurice, tombés en l’an 290 pour avoir refusé de massacrer les chrétiens de la région, comme le représentent les « sanglants » vitraux de la chapelle. Les reliques du chef de la légion thébaine lui-même ont été disposées au fond de la chapelle, à côté de la Croix. De l’autre côté, une stèle contient les ossements de Charles Lwanga, un martyr ougandais du XIXe siècle, offerts à l’Abbaye par les Pères blancs de Fribourg. Les responsables de l’aménagement de la chapelle ont voulu ainsi réunir deux martyrs africains, puisque saint Maurice venait d’Egypte, explique Jean Scarcella à l’Apic.

Les diverses expressions artistiques présentes dans la chapelle rappellent le caractère universel de l’Eglise dont sont témoins les martyrs. C’est en particulier le cas des moucharabiehs (grillages autorisant une vision discrète) qui ornent les coffres abritant les reliquaires. Conçus pour «révéler sans dévoiler», ils sont composés à partir de motifs traditionnels des cultures de plusieurs lieux du monde. L’ensemble a été conçu et supervisé par l’architecte Jean-Marie Duthilleul, de Paris.

Ouverture de la « porte jubilaire »

Avec l’achèvement des grands chantiers que sont la restauration et la nouvelle salle du

Trésor ainsi que le nouvel aménagement du site archéologique du Martolet, l’Abbaye de

Saint-Maurice va entrer dans une nouvelle ère d’accueil et d’ouverture aux fidèles et aux

visiteurs, expliquent les organisateurs. La nouvelle chapelle a été aménagée afin de réserver un accès libre aux reliques sans avoir à suivre le parcours historique ou archéologique et sans avoir à s’acquitter d’un billet d’entrée.

L’inauguration aura lieu le 8 juin, jour de la Pentecôte. L’événement est une avant-première de l’ouverture officielle de l’année jubilaire de l’Abbaye de Saint-Maurice, le 22 septembre. Célébrants et fidèles pourront alors franchir la «porte jubilaire», nouvelle entrée symbolique de la basilique qui sera au centre des commémorations constituant le vaste programme religieux, culturel et populaire du 1500e.

Maurice au XXIe siècle

Le point de presse a également été l’occasion de découvrir une autre démarche entreprise dans le cadre de l’année jubilaire: le concours-vidéos jeunes «Il était une fois… Maurice», qui s’ouvrira mi-juin. La compétition propose de transposer l’histoire de Maurice et de ses légionnaires dans l’actualité du XXIe siècle. Les jeunes sont appelés à réaliser de mini courts métrages sur le thème du sacrifice pour une cause, ou de la confrontation entre engagement individuel et pouvoir collectif.

Les journalistes présents ont pu voir le travail déjà effectué par des élèves d’une classe du collège de l’Abbaye de St-Maurice. La douzaine de jeunes filles ont recueilli les témoignages d’autres jeunes, de professionnels du comportement humain et de survivants de guerre sur le sens du sacrifice de soi.

Mourir pour une cause?

L’exercice veut inciter ces jeunes à réfléchir à des questions telles que l’engagement individuel, le dépassement de soi, ou encore le refus d’un ordre jugé injuste. Interrogées à la fin de la séance, les élèves ont reconnu une certaine difficulté à se poser ce genre de questions dans une société où la notion de sacrifice, a fortiori de sa vie, n’est pas du tout à l’ordre du jour. Les jeunes filles se sont en général, sur le plan personnel, montrée plutôt réticentes à l’idée de mourir pour défendre un idéal. Elles seraient cependant prêtes à sacrifier leur vie pour la défense de leur famille ou des gens qu’elles aiment. Elles sont conscientes que le phénomène du martyre, même s’il ne les concerne pas directement, est pleinement actuel dans certaines parties du monde.

Encadré

Présentation de la Chapelle du Martyre, par le chanoine Jean Scarcella, prieur de l’Abbaye de St-Maurice

Devant les vitraux où rougeoie le massacre de la légion thébaine chrétienne, la « Chapelle du Martyre » est un lieu dédié à la vénération des reliques des saints martyrs et à la prière avec eux, autour d’eux, au milieu d’eux.

Trois éléments se conjuguent ici pour provoquer ou accompagner la méditation et la prière :

les Reliques, le Livre et la Croix.

1) Les Reliques (restes, ossements des saints) sont déposées dans de petits reliquaires disposés chacun sur une stèle de pierre surmontée d’un petit coffre dont les grilles «révèlent sans dévoiler». Elles sont en bois, comme l’instrument dusupplice du Christ lui-même, et composées à partir de motifs traditionnels des cultures de plusieurs lieux du monde. Ces différentes expressions artistiques rappellent lecaractère universel de l’Église dont sont témoins les martyrs.

Chaque coffre est surmonté d’une coiffe identique en forme de toiture de bâtiment pour signifier que les martyrs habitent actuellement la Cité Sainte, la Jérusalem céleste. Le bois choisi pour les coffres et leur toiture est le cèdre car, quel que soit son âge, il diffuse une odeur particulière qui suggère bien une présence invisible. A l’intérieur du coffre on aperçoit une boîte dorée qui renferme des restes des

martyrs. Elle comporte des colonnettes à ses quatre angles qui rappellent que les martyrs sont autant de colonnes qui supportent la construction de l’Eglise universelle. La boîte dorée diffuse sur les grilles une douce lumière dorée. Ainsi est signifié le fait que chaque martyr, parce qu’il fut martyr, est une lumière qui brille dans le monde et brillera jusqu’à la fin des temps.

La pierre des stèles est la même que celle de l’autel principal sur lequel est célébrée

l’Eucharistie. Comme l’autel représente le Christ, ceci signifie que les martyrs marchent à la suite de Jésus, premier des martyrs.

2) Le Livre de la Parole, et la Croix instrument du supplice et de tous les supplices, sont délibérément disposés au fond de la chapelle pour en donner la signification essentielle. Cette chapelle est un lieu où est rendue perceptible l’immense procession de ceux qui ont donné leur vie pour témoigner de l’Evangile « à la suite du Christ crucifié, premier des martyrs ». Cette procession continue aujourd’hui même, et le Christ en est à l’origine; c’est de Lui que tout part, c’est de Lui, signifié par le Livre de la Parole et la Croix bien réelle, que partent les deux rangées de stèles qui représentent les martyrs de tous les continents. La Parole du Christ et sa Croix ne sont pas un aboutissement mais un point de départ. Si les martyrs ont pu à leur tour «porter leur croix» jusqu’au bout, c’est bien qu’ils étaient poussés, mis en marche, par le Christ et par sa Parole. De même ceux qui viennent prier ou méditer dans cette chapelle sur le chemin qu’il leur faut prendre aujourd’hui seront mis en marche par la Parole et par la Croix.

Ce que l’on voit en face de soi, c’est la lumière au delà de l’ombre de la Croix, au-delà de la trace de celle-ci dans notre vie. Une trace formée par la lumière, car on ne peut vivre la croix sans la lumière du Christ qui lui donne son sens. Cette ombre dans la lumière est une évocation très explicite de la vision du martyr qui, en donnant sa vie, sait qu’il entre dans la lumière, dans la vie de Dieu.

(apic/rz)

Pour en savoir plus:

www.abbaye1500.ch

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