Victimes de la spéculation immobilière liée à la Coupe du Monde
Rio de Janeiro, 9 juin 2014 (Apic) A moins d’une semaine du début de la Coupe du Monde, plus de 300 personnes expulsées de leurs logements pour cause d’augmentation des loyers liée à la Coupe du Monde, ont trouvé refuge dans une église à Rio de Janeiro, à 1 km de l’aéroport International qui accueillera des dizaines de milliers de supporters.
Ces personnes, originaires du quartier de Jacarezinho, au nord de la ville, avaient occupé durant plusieurs jours un bâtiment vide de la Telerj, une entreprise de télécommunication, avant d’en être délogées, en avril dernier, de manière violente par 1’650 policiers et 80 militaires. Les familles s’étaient ensuite installées devant l’édifice de la mairie de la seconde ville du Brésil (8 millions d’habitants), puis sur le parvis de la cathédrale métropolitaine de Rio. Elles ont finalement reçu une invitation provisoire de l’archevêché pour s’installer dans une église, située au nord de la ville.
Expulsés de leurs logements par des propriétaires voulant augmenter le prix des loyers avant et pendant la Coupe du Monde, les représentants de ces anciens habitants du quartier de Jacarezinho, au nord de la ville, avaient bloqué, la semaine dernière, l’accès à l’aéroport, alors que les joueurs de la sélection du Brésil rejoignaient la «Cité Merveilleuse» pour s’y installer en vue de la compétition.
Durant une partie du mois de mai, les quelques 80 familles, dont certaines composées de bébés, avaient campé devant la mairie pour y réclamer un logement. Réponse du Secrétariat Municipal d’Habitation (SMH): «La situation est difficile et il y a déjà d’autres familles en attente de logement». «Invités» par les forces de police à quitter le parvis de la mairie, les sans domiciles se sont installés sur le parvis de la cathédrale métropolitaine. Au terme de plusieurs jours de campement précaire, les familles ont accepté l’invitation de l’archevêché de Rio de Janeiro de s’installer provisoirement dans le gymnase de la paroisse Notre Dame de Lorette dans le quartier de l’Île du Gouverneur, au nord de la ville, tout près de l’aéroport Tom Jobim où vont débarquer des dizaines de milliers de supporters du monde entier pour assister aux matches de la Coupe du Monde.
La situation de ces 300 personnes est loin d’être un cas isolé, selon de nombreux représentants de la société civile. «Des milliers de personnes ont déjà été victimes d’expulsions blanches, autrement dit ont été obligées de quitter leur logement pour cause d’augmentation très importante des loyers», indique Renata Neder, qui suit pour Amnesty International Brésil le dossier des expulsions liées aux méga-événements (Coupe du Monde et Jeux Olympiques de Rio en 2016). «C’est le cas notamment dans des communautés (bidonvilles) où sont stationnées des Unités de Police Pacificatrice (UPP), chargées de lutter contre l’insécurité et le trafic de drogue.»
Aércio de Oliveira, coordinateur du dossier sur les expulsions forcées au sein de la FASE, une ONG brésilienne membre du Comité Populaire pour la Coupe, regroupant de nombreuses organisations de défense des droits humains et du droit au logement, rappelle pour sa part que les préparatifs liés à la Coupe du Monde ont entraîné les expulsions, forcées ou négociées, de milliers de personnes de leurs logements. «Selon les propres chiffres fournis par les autorités municipales, plus de 19’000 familles, soit près de 100’000 personnes, ont déjà été déplacées depuis octobre 2009, explique t-il. Et, pour une grande partie d’entre elles, leurs droits les plus élémentaires ont été violés.» (apic/jcg/bb)
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