Népal: Les hindous se joignent aux chrétiens qui réclament des cimetières pour leurs morts

Les chrétiens sont forcés d’incinérer leurs défunts

Katmandou, 11 juin 2014 (Apic) Des hindous de Katmandou, la capitale du Népal, se sont joints, le 30 mai 2014, à une manifestation de chrétiens qui protestaient contre l’obligation qui leur était faite d’incinérer un de leurs défunts, faute de lieux d’inhumation disponibles. Les hindouistes extrémistes font en effet pression depuis des années sur le gouvernement pour empêcher les chrétiens d’enterrer leurs morts dans ce qu’ils considèrent comme leurs terres sacrées.

Malgré les manifestations et les nombreuses promesses des autorités, le problème des sépultures des minorités religieuses reste non résolu au Népal, rapporte le 10 juin 2014 Eglises d’Asie (EdA), l’agence d’information des Missions Etrangères de Paris.

A l’automne dernier, les chrétiens avaient menacé de rassemblements de masse s’ils n’obtenaient pas les cimetières promis. A bout de patience, ils ont mis leurs menaces à exécution. Ils ont porté en procession des cercueils vides, en signe de protestation symbolique lors d’une manifestation qui a rassemblé des centaines de chrétiens de toutes confessions ainsi que des sympathisants hindous.

Tergiversations gouvernementales

Le bras de fer a commencé il y a plus de trois ans. En décembre 2010, le Pashupati Area Development Trust (PADT), qui gère le lieu de culte, avait soudain interdit toute inhumation dans la forêt de Sleshmantak, entourant la zone des crémations, «afin de préserver le caractère sacré de la terre hindoue». Or, depuis des années, cette forêt était le seul lieu où les minorités religieuses, majoritairement des chrétiens, pouvaient venir ensevelir leurs morts, faute de place dans les cimetières saturés de la capitale.

Malgré une décision de la Cour suprême de mars 2011 levant l’interdiction d’inhumation de non-hindous à Sleshmantak, la PADT avait refusé d’appliquer le décret, accusant le gouvernement de sacrifier à une minorité les intérêts de la nation népalaise hindoue.

Le gouvernement avait finalement attribué, en juin 2011, un cimetière aux chrétiens à Katmandou avant de se rétracter, prétextant de difficultés techniques et de négociations délicates avec les municipalités hindoues.

Le spectre de la victoire de Modi

Le décès de Rajendra Rai, l’un des responsables de la Caritas locale, a mis le feu aux poudres. Le 30 mai dernier, alors que la famille avait été avertie que, malgré ses démarches, le défunt devrait être incinéré, des centaines de chrétiens de toutes confessions, auxquels s’étaient joints des hindous «par solidarité», ont transformé la procession funéraire en manifestation interreligieuse pacifique, protestant contre «l’inaction inadmissible des autorités de l’Etat vis-à-vis du dossier chrétien». Les chrétiens ont également réclamé la protection de leurs anciens lieux d’inhumation, dont celui de la forêt de Sleshmantak, où plus de 200 tombes sont actuellement en passe d’être détruites par le PADT.

Dans un contexte d’attente anxieuse d’une nouvelle Constitution, les revendications des minorités se doublent de la crainte que la récente victoire de Narendra Modi en Inde ne renforce le pouvoir des hindouistes au Népal, et n’aboutisse à la suppression de la laïcité de l’Etat ainsi que des libertés religieuses. (apic/eda/rz)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/les-chretiens-sont-forces-d-incinerer-leurs-defunts/