Fribourg: Mgr Jean-Baptiste de Strambino, un évêque sous surveillance

Un épiscopat marqué par un conflit durable avec le gouvernement fribourgeois

Fribourg, 11 juin 2014 (Apic) Il fut un temps, à Fribourg, où tant le gouvernement patricien que le «vénérable et exempt» Chapitre collégial de St-Nicolas, souffraient la présence de l’évêque à Fribourg «comme un mal inévitable». Ils faisaient cependant tout pour la rendre inopérante. En ce XVIIe siècle finissant, membres du gouvernement et chanoines jugeaient qu’ils étaient parfaitement capables, à eux seuls, de maintenir Fribourg dans la religion catholique et d’assurer la discipline ecclésiastique sans que l’évêque ne s’en mêle, explique le l’historien fribourgeois Lucas Rappo.

Auteur d’un travail de master en 2012 à l’Université de Lausanne, intitulé «Le journal de François-Prosper Python. Approches de la visite pastorale de l’évêque Jean-Baptiste de Strambino dans le diocèse de Lausanne en 1675», le jeune historien d’Autigny l’a profondément remanié pour le faire publier dans la collection des Archives de la Société d’histoire du canton de Fribourg (SHCF).

Un évêque mal aimé dans le canton de Fribourg

Intitulé «Strambino, un évêque sous surveillance», cet ouvrage de 160 pages montre que pendant longtemps, l’évêque et le gouvernement entretinrent des relations plutôt houleuses. L’auteur a présenté son travail mercredi 11 juin à l’évêché à Fribourg, qui lui a ouvert ses Archives.

La base de l’ouvrage de Lucas Rappo est le journal tenu par le patricien fribourgeois François-Prosper Python. Ce membre du Petit Conseil avait été chargé par le gouvernement de Fribourg d’accompagner – et de surveiller! – l’évêque de Lausanne dans ses visites pastorales de 1675 et de 1676. Mgr Jean-Baptiste de Strambino, un Savoyard, était un évêque mal aimé dans le canton de Fribourg. Il fut, après la Réforme qui lui fit perdre en 1536 sa résidence à Lausanne, le premier évêque diocésain à s’installer à Fribourg, respectant ainsi l’obligation de résidence faite par le Concile de Trente (1536-1564).

L’absence de l’évêque avait laissé une grande liberté au gouvernement civil

L’absence prolongée des évêques précédents avant laissé ainsi une grande liberté au gouvernement civil en matière religieuse, et Fribourg en avait largement profité. La volonté de Mgr de Strambino d’installer sa résidence à Fribourg, avait créé de vives tensions, qui culminèrent avec l’interdiction d’entrée du territoire. L’évêque mourra d’ailleurs en 1684 en Franche-Comté, plus précisément aux Hôpitaux-Neufs.

Rappelons que la Réforme, introduite après la conquête du Pays de Vaud par les Bernois, avait pratiquement réduit le diocèse au territoire du canton de Fribourg. Mgr de Strambino voulait récupérer un certain nombre de droits que s’étaient octroyés tant le gouvernement que le Chapitre collégial de St-Nicolas, composé pour l’essentiel de membres des familles patriciennes de Fribourg. Avec le Chapitre, le gouvernement avait petit à petit obtenu des droits réservés à l’évêque, comme la nomination de certains curés. «C’était une question de pouvoir, de contrôle du peuple et des territoires, dans un monde où l’Eglise était encore très puissante», relève Lucas Rappo.

L’épiscopat de Mgr de Strambino fut de ce fait marqué par un conflit durable avec le Conseil de Fribourg, qui entendait continuer à gérer les affaires ecclésiastiques de manière autonome, et le Chapitre de St-Nicolas, qui se considérait, avec les paroisses qui en dépendaient, comme exempt de la juridiction épiscopale.

Le journal de François-Prosper Python nous fait connaître des problèmes rencontrés au sein des paroisses visitées par l’évêque. Il demande ainsi de couper les arbres qui se trouvaient dans les cimetières, comme par exemple à Autigny ou à Ecuvillens, sous prétexte qu’il ne fallait pas que «les chrétiens mangent du fruit de la fécondité des corps morts». Des arguments qui nous semblent étranges aujourd’hui! Entre Autigny et Villaz-St-Pierre, poursuit Lucas Rappo, l’évêque souligne «qu’il ne veut pas que les curés aient leurs servantes dans la chambre où ils dorment».

Contrôle des mœurs des curés et des paroissiens

L’évêque fait remarquer à Python, son accompagnateur, que les curés doivent porter les cheveux courts et la soutane. «Il contrôle donc les mœurs des curés et des paroissiens, en demandant comment ils se comportent». On trouve ainsi des cas de comportements douteux de prêtres, par exemple à Romont, avec Jean Ecoffey, «accusé d’injures et de faits d’épée». L’évêque déplore que le clergé de la ville, contrairement à celui de la campagne, n’en fait qu’à sa tête, et dénonce les scandales d’ivrognerie «forts fréquents et autres», dont il est question à Romont. Les curés sont incités à bien se tenir, car certains sont considérés comme «délurés», souligne l’historien.

Mgr de Strambino se heurte à la résistance des Fribourgeois face aux prescriptions du Concile de Trente, qui date déjà d’un bon siècle. Python a pour mission d’en empêcher les «nouveautés», soit les décrets disciplinaires du Concile, mais surtout d’empêcher l’évêque d’empiéter sur les droits du gouvernement. Ce dernier craignait également que l’évêque ne vienne revendiquer des possessions perdues lors de la conquête bernoise du Pays de Vaud, comme Bulle, Riaz, la seigneurie de La Roche, avec Pont-la-Ville, ainsi qu’Albeuve, qui étaient devenues terres fribourgeoises. Mais, admet Lucas Rappo, le catholicisme du Concile de Trente, que l’évêque voulait imposer aux Fribourgeois avait également une dimension répressive envers les coutume populaires, comme la volonté d’empêcher les danses et d’autres traditions locales.

«Cette étude sur Strambino éclaire 2 à 3 siècles d’histoire fribourgeoise», a salué Francis Python, professeur émérite de l’Université de Fribourg. Tirant un parallèle avec l’histoire fribourgeoise des derniers siècles, l’historien relève que l’on trouve encore à Fribourg un vieux fond de conservatisme tant de la part des élites que du peuple, qui, tous deux, ont toujours craint les nouveautés. (apic/be)

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