Action de Carême et Pain pour le prochain pointent des problèmes non résolus

Congo: Les améliorations environnementales et sociales de Glencore sont «minimes»

Lucerne/Berne, 17 juin 2014 (Apic) Travail des enfants, pollution de l’environnement et pratiques fiscales agressives. Telle était la réalité des mines de Glencore en République démocratique du Congo (RdC), révélée en 2012 par une étude des œuvres d’entraide catholique Action de Carême (AdC) et protestante Pain pour le prochain (PPP). Des recherches et des analyses récentes montrent que les améliorations promises par le groupe minier zougois ont été minimes dans les domaines décisifs, affirment les deux organisations dans un communiqué du 17 juin 2014.

En avril 2012, Glencore déclarait avoir réglé le problème de pollution des eaux provoqué par sa fabrique Luilu, en RdC. Elle indiquait que les effluents étaient désormais rejetés dans plusieurs bassins et que l’acide était neutralisé. Toutefois, de nouvelles analyses scientifiques réalisées par AdC, PPP et l’organisation «Rights and Accountability in Development» (RAID) prouvent le contraire: l’analyse d’échantillons prélevés dans le Canal Albert et la rivière Pingri montre que les concentrations de cuivre et de cobalt dans ces cours d’eau dépassent largement les limites fixées par la loi et recommandées par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), indiquent les œuvres d’entraide. La teneur en cuivre est ainsi jusqu’à six fois supérieure aux valeurs seuils et celle en cobalt l’est même jusqu’à 53 fois. «De toute évidence les mesures prises par Glencore sont insuffisantes et les conséquences dévastatrices: les poissons ont disparu de la rivière Luilu et les berges ressemblent à de la ‘terre brûlée'», assurent AdC et PPP. Les personnes qui habitent en aval de la mine ne peuvent utiliser l’eau de la rivière ni pour leurs besoins quotidiens, ni pour irriguer leurs champs.

Violence excessive des forces de sécurité

PPP, AdC et RAID ont aussi effectué des recherches sur la mine de Mutanda Mining (Mumi) dans la Basse-Kando, dont la majorité des actions est détenue par Glencore. Cette mine est située au coeur d’une réserve de chasse où la loi interdit expressément toute activité extractive. Mumi a néanmoins obtenu une concession et poursuit ce projet d’exploitation sans expliquer cette contradiction.

AdC et PPP pointent également le recours excessif à la violence de la part des forces de sécurité chargées de surveiller les concessions de Glencore – et de la manière dont les droits humains sont peu respectés. A titre d’exemple, en février 2014, dans la concession de la filiale de Glencore Kamoto Copper Company (KCC), à Kolwezi, Mutombo Kasuyi, un père de famille à la recherche de travail qui traversait la concession, est décédé des suites des voies de fait de la police.

Des projets de développement lacunaires

Pour les communautés, Glencore a construit des écoles, des centres de soins et soutenus d’importants projets d’élevage ou d’agriculture. Cependant, l’approche du géant minier souffre de lacunes, soulignent AdC et PPP. Tout d’abord, des 15 millions de francs comptabilisés en 2011 au titre de dépenses communautaires, près de 90% ont été consacrés à des infrastructures qui profitent à la firme, comme la construction de routes ou la réfection d’un aérodrome. Ensuite, Glencore ne tient pas compte de l’impact de ses décisions sur les populations locales, affirment les œuvres d’entraide chrétiennes. Des routes utilisées par les villageois traversant la concession ont, par exemple, été fermées au public sans aucune consultation. La population de plusieurs villages est désormais contrainte de faire un détour de dix kilomètres pour vendre sa production de fruits et légumes et ainsi gagner sa vie.

L’optimisation fiscale, une épargne trois fois supérieure au montant de l’aide Suisse

Il est déconcertant de comparer l’évolution du chiffre d’affaires de KCC aux résultats déficitaires annoncés à l’Etat congolais, relèvent AdC et PPP. Depuis la crise financière de 2008, le cours du cuivre flambe et la production des mines de Glencore en RdC est en hausse.

Pourtant, une filiale comme KCC enregistre chaque année des pertes. Cela s’explique par la structure complexe de Glencore, qui comprend des filiales dans des paradis fiscaux, par des juridictions fiscalement attractives, ainsi que par des contrats unilatéraux opaques, assurent les œuvres d’entraide. Au final, l’entreprise réalise d’importantes économies d’impôts. Selon les calculs d’AdC, de PPP et de RAID, Glencore a économisé, pour les seules cinq dernières années, 140 millions de francs suisses. A titre de comparaison, la Confédération a versé à la RdC quelque 54 millions de francs d’aide au développement durant la même période.

De belles paroles

En conclusion, pour la population habitant les environs des mines de Glencore en RdC, la situation dans les domaines décisifs reste préoccupante, affirment les organisations chrétiennes. «Un contraste avec les belles paroles du rapport de développement durable de Glencore, qui promet davantage de responsabilité sociale», martèlent les œuvres d’entraide.

Pour AdC et PPP, cette dernière étude est une preuve supplémentaire de la nécessité de la campagne «Droit Sans Frontières», soutenue par les deux œuvres d’entraide, qui demande au Conseil fédéral et au Parlement de créer des bases légales contraignantes pour que les entreprises ayant leur siège en Suisse respectent les droits humains et l’environnement

partout dans le monde. (apic/com/rz)

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