Valais : Initiative populaire pour la séparation Eglises-Etat

Pour un Valais ouvert, moderne et laïque

Sion, 17 juin 2014 (Apic) Une initiative populaire cantonale «pour un Etat laïque» vient d’être lancée en Valais. Le comité d’initiative a un an pour réunir les 6’000 signatures nécessaire à son aboutissement. «Nous voulons un Valais ouvert et moderne avec un Etat laïque», a expliqué Barbara Lanthemann le 17 juin 2014 devant la presse.

Les initiants souhaitent que le Valais adopte le principe de la séparation Eglises-Etat tel qu’il existe dans les deux seuls cantons suisses de Neuchâtel et de Genève. Mais «un Etat laïque n’est pas un Etat antireligieux, anticlérical ou athée», a souligné Barbara Lanthemann, co-présidente du comité d’initiative, députée socialiste suppléante de Martigny et secrétaire de l’organisation suisse des lesbiennes.

Concrètement, l’Etat du Valais ne devrait plus imposer à tous les contribuables d’assumer le financement des deux Eglises reconnues. Quant à l’enseignement religieux, il devrait être assumé par les seules Eglises, en dehors de tout cadre scolaire, a expliqué Valentin Abgottspon. L’enseignant haut-valaisan, président de l’association de ›la libre pensée’ du Valais, avait été licencié en 2010 du cycle d’orientation de Stalden pour avoir refusé de raccrocher le crucifix qu’il avait ôté dans sa classe.

Transparence sur le financement des Eglises

Les initiants remettent enfin en cause le financement des Eglises par les collectivités publiques. «Nous aimerions une totale transparence sur ce financement. C’est aujourd’hui très difficile d’obtenir des informations sur le montant alloué par les pouvoirs publics», souligne Valentin Abgottspon. Selon lui, le montant versé par les communes avoisine les 20 millions de francs pour les lieux de culte et l’entretien du clergé. Un ordre de grandeur que Stéphane Vergère, chancelier du diocèse de Sion, a confirmé à l’apic. «90 à 95% des paroisses sont déficitaires, la couverture du déficit assumée par les communes représente entre 20 et 25 millions de francs.» La contribution du canton aux activités centrales est actuellement de 420’000 francs par an qui reviennent au diocèse et constituent le 20% de son budget, précise encore le chancelier. 70’000 francs sont attribués à l’Eglise réformée.

Le comité d’initiative est formé de diverses personnalités du canton, à l’instar de l’écrivain libertaire Narcisse Praz qui affiche sa devise «ni Dieu ni maître», Cilette Cretton, ancienne députée radicale dissidente et directrice générale adjointe de l’enseignement obligatoire du canton de Vaud, Jean-Henri Dumont député socialiste au Grand Conseil ou encore Adolphe Ribordy, journaliste et ancien député radical. Le comité a un an pour récolter 6000 signatures nécessaires.

Une imbrication complexe

La Constitution valaisanne et la loi Eglises-Etat de 1991 stipulent que le statut de droit public est reconnu à l’Eglise catholique romaine et à l’Eglise réformée évangélique. La loi précise que les frais de culte des Eglises locales sont en principe à la charge de communes dans la mesure ou les paroisses ne les couvrent pas elles-mêmes. Les communes et les paroisses peuvent établir des conventions particulières réglant leurs relations réciproques. La rétribution des agents pastoraux est fixée par un règlement du Conseil d’Etat. Le canton attribue des contributions annuelles aux Eglises pour l’exécution des tâches centrales.

En Suisse, ce système d’union entre les communes et les paroisses n’existe qu’en Valais et partiellement au Tessin. La grande majorité des cantons possèdent des communes ecclésiastiques (paroisses) indépendantes des communes politiques et une corporation ecclésiastique cantonale. Ces collectivités de droit public ont la compétence de percevoir un impôt ecclésiastique. En Suisse seuls les cantons de Neuchâtel et de Genève connaissent la séparation Eglises-Etat.

Pour Stéphane Vergère, un toilettage de la loi valaisanne ne serait probablement pas inutile. Si la situation actuelle des paroisses est relativement confortable, celle du diocèse est très difficile. Mais on peut considérer aussi que la couverture de déficit assurée par les communes correspond en quelque sorte à un impôt ecclésiastique tel que le connaissent d’autres cantons.

Les récentes tentatives menées dans divers cantons en vue d’une plus grande séparation entre les Eglises et l’Etat se sont heurtées à des vetos populaires massifs. Le dernier cas en date est le refus, le 18 mai dernier, par plus de 70% des Zurichois de l’abolition de l’impôt ecclésiastique sur les entreprises. Stéphane Vergère doute que l’initiative valaisanne trouve un large écho auprès de la population. (apic/mp)

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