Confiante mais mesurée sur l’avenir de la place de la femme dans l’Eglise
Rome, 19 juin 2014 (Apic) La Française Anne-Marie Pelletier, spécialiste d’herméneutique et d’exégèse biblique, sera la première femme à recevoir le Prix Ratzinger le 22 novembre 2014 au Vatican, des mains du pape François. Interrogée par l’agence I.MEDIA au lendemain de l’annonce de cette récompense, la bibliste assure être confiante sur l’évolution de la place de la femme dans l’Eglise.
Même s’il reste «du travail à faire», elle refuse cependant de se placer dans une «posture revendicatrice». Anne-Marie Pelletier confie en outre sa surprise, mais également sa gratitude envers les membres du comité scientifique de la Fondation Joseph Ratzinger-Benoît XVI qui l’ont choisie.
MB: Quelle a été votre première réaction quand vous avez appris être la première femme lauréate du Prix Ratzinger ?
AMP: J’ai été surprise, car je pense que bien d’autres personnes, bien d’autres femmes auraient mérité de recevoir ce prix. Je ressens également un grand sentiment de gratitude, car je me dis que c’est un prix qui dépasse ma personne. C’est un encouragement pour la contribution qu’apportent les laïcs dans l’Eglise, et notamment les femmes. C’est une preuve de plus que des choses sont en marche dans l’Eglise.
MB: Des choses sont en marche… Pensez-vous à une évolution de la place de la femme dans l’Eglise ?
AMP: Je pense rejoindre le pape François qui l’a affirmé à plusieurs reprises: des évolutions sont en cours dans l’Eglise pour reconnaître les compétences des femmes et leur confier plus de responsabilités. Certains postes qui étaient réservés jusqu’ici à des clercs pourraient être désormais confiés à des femmes. Ça ne peut évidemment pas être considéré comme un pas décisif, cependant je refuse de m’inscrire dans la ligne de certaines revendications basées sur une certaine agressivité, notamment au sujet du ministère sacerdotal. S’il reste du travail à faire, il ne doit pas se faire dans une logique de compétition et il ne faut pas non plus être dans une posture revendicatrice.
MB: Ne craignez-vous cependant pas que des résistances trop fortes dans l’Eglise ne s’opposent à une évolution de la place de la femme ?
AMP: On sent en effet qu’il y a encore des résistances sur le sujet. Le cléricalisme est une réalité encore présente dans l’Eglise. Le pape François le souligne avec une grande franchise. Il est bon de voir que toutes ces questions qui étaient cachées ont été mises sur la table et ont révélé un vrai problème. Mais rien n’est gagné. Toutes les relations fondamentales, comme celle des femmes et de l’Eglise, sont très exposées et difficiles à appréhender, il faut maintenir notre attention, notre vigilance.
MB: Quels aspects de vos travaux ont pu faire pencher le vote du comité scientifique de la fondation Ratzinger en votre faveur ?
AMP: J’éprouve une forme de perplexité face à ce prix, car mon travail pourrait ne pas s’accorder avec un certain classicisme du catholicisme. J’aime passer les frontières en travaillant à la fois dans l’école publique, mais aussi dans le monde monastique et les églises. J’ai introduit la Bible à l’université, ce qui pourrait paraître un peu étrange. Je pense que la fondation a voulu honorer mon point de vue, qui est d’être dans un dialogue avec les cultures contemporaines, mais toujours lié à une intelligence de la foi.
MB: Vous estimez-vous proche de l’œuvre théologique du cardinal Joseph Ratzinger puis du pape Benoît XVI ?
AMP: Les grands textes de Benoît XVI me rejoignent de diverses manières, comme pour beaucoup d’autres théologiens. Il est pour moi un immense intellectuel. Comme exégète, je suis sensible à son travail sur les Evangiles, mais surtout, je suis très sensible à sa posture de dialogue avec toutes les cultures humaines, qui trouve son fondement dans son discours au Collège des Bernardins à Paris en 2008. Il nous invitait alors, non pas au passéisme, mais à un rapprochement avec les sources vives de la foi. (apic/imedia/mb/be)
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