De l’avortement aux zones périphériques
Rome, 26 juin 2014 (Apic) Divorcés remariés, contraception, mais aussi préparation au mariage et pastorale envers les couples de personnes de même sexe. C’est un panorama tous azimuts sur la famille que présente l’Instrumentum laboris (le document de travail) publié par le Vatican le 26 juin 2014 en vue de la première phase du Synode des évêques pour la famille d’octobre prochain. Il servira de base aux travaux qui se tiendront du 5 au 19 octobre 2014 au Vatican.
Structuré en 3 parties, ce document de 80 pages aborde tout d’abord la connaissance des données bibliques et du Magistère sur le sujet, les défis pastoraux dans les situations pastorales difficiles, et enfin l’ouverture à la vie et l’importance de l’éducation. Cette série de constats et d’ébauches de propositions pastorales, mais sans que la doctrine de l’Eglise soit remise en question, est le fruit des réponses aux 38 questions envoyées en novembre 2013 aux Conférences épiscopales du monde entier. Ce document servira de base de travail aux pères synodaux du 5 au 19 octobre.
Avortement: De nombreux épiscopats soulignent avec une grande préoccupation la diffusion massive de la pratique de l’avortement. La culture dominante semble par bien des aspects favoriser une culture de la mort par rapport à la vie naissante. (65)
Concubinage: Parmi les motivations sociales qui conduisent au concubinage, on enregistre: des politiques familiales inadéquates pour soutenir la famille; des problèmes financiers; le chômage des jeunes; le manque de logement. (…) Pour beaucoup d’autres encore, le concubinage représente la possibilité de vivre ensemble sans aucune décision définitive ou qui engage au niveau institutionnel. (81, 82)
Crise: Il est nécessaire que l’Eglise prenne soin des familles qui vivent dans des situations de crise et de stress (…) La qualité des relations à l’intérieur de la famille doit être une des préoccupations cruciales de l’Eglise. (46)
Dépendances: Parmi les diverses situations critiques internes à la famille, les dépendances à l’alcool et aux drogues sont constamment mentionnées, mais aussi la dépendance par rapport à la pornographie, parfois utilisée et partagée en famille, de même que par rapport aux jeux de hasard, aux jeux vidéo, à internet et aux réseaux sociaux. (68)
«Divorce catholique»: La simplification de la pratique canonique des procès matrimoniaux est largement demandée. (…) Certains invitent à la prudence, en signalant le risque que cette simplification et la réduction des étapes prévues entraînent des injustices et des erreurs; donnent l’impression de ne pas respecter l’indissolubilité du sacrement; favorisent les abus et nuisent à la formation des jeunes au mariage comme engagement pour toute la vie; alimentent l’idée d’un «divorce catholique». (98, 99)
Divorcés remariés: La souffrance causée par le fait de ne pas recevoir les sacrements est clairement présente chez les baptisés qui sont conscients de leur situation. Beaucoup ressentent une certaine frustration et se sentent exclus. D’autres se demandent pourquoi les autres péchés sont pardonnés et pas celui-là; ou encore pourquoi les religieux et les prêtres qui ont été dispensés de leurs vœux et de leurs devoirs sacerdotaux peuvent se marier et recevoir la communion, mais pas les divorcés remariés. Tout cela met en évidence la nécessité d’une formation et d’une information opportunes. (92)
Doctrine: Même quand l’enseignement de l’Eglise sur le mariage et la famille est connu, beaucoup de chrétiens manifestent des difficultés à l’accepter intégralement. En général, il est fait mention d’éléments partiels, bien qu’importants, de la doctrine chrétienne, pour lesquels on dénote une résistance, à différents degrés, comme à propos du contrôle des naissances, du divorce et du remariage, de l’homosexualité, du concubinage, de la fidélité, des relations avant le mariage, de la fécondation in vitro, etc. Beaucoup de réponses attestent, par contre, que l’enseignement de l’Eglise sur la dignité et sur le respect de la vie humaine est plus largement et plus facilement accepté, au moins dans son principe. (13)
Formation continue: L’accompagnement du couple ne doit pas se limiter à la préparation au mariage, pour lequel on signale – d’ailleurs – la nécessité de revoir les parcours. On met plutôt en lumière le besoin d’une formation plus constante et structurée : biblique, théologique, spirituelle, mais aussi humaine et existentielle. (49)
Fiançailles: Les parcours pastoraux doivent prendre en compte l’éducation de l’affectivité, avec un processus qui commence dès l’enfance, ainsi qu’un soutien à apporter aux jeunes durant la phase des fiançailles, en mettant en relief leur aspect communautaire et liturgique. (85)
Gender: Dans certaines régions, (cette idéologie) tend à influencer jusqu’au milieu éducatif primaire, diffusant une mentalité qui, derrière l’idée de faire disparaître l’homophobie, propose en réalité une subversion de l’identité sexuelle. (114)
Homosexuels: Pour ce qui a trait aux unions entre des personnes du même sexe, beaucoup de Conférences épiscopales fournissent diverses informations. Dans les pays où il existe une législation des unions civiles, de nombreux fidèles s’expriment en faveur d’une attitude respectueuse, qui ne juge pas, à l’égard de ces personnes, et en faveur d’une pastorale qui cherche à les accueillir. Cela ne signifie cependant pas que les fidèles doivent être en faveur d’une égalité entre le mariage hétérosexuel et les unions civiles entre personnes du même sexe. Plusieurs réponses et observations expriment la préoccupation de voir l’accueil dans la vie ecclésiale des personnes qui vivent dans ces unions être compris comme une reconnaissance de leur union. (115)
Humanae Vitae: Dans la très grande majorité des réponses parvenues, on met en évidence que l’évaluation morale des différentes méthodes de régulation des naissances est aujourd’hui perçue par la mentalité commune comme une ingérence dans la vie intime du couple et comme une limitation de l’autonomie de la conscience. (123)
Lien: Quant aux personnes divorcées ou séparées qui restent fidèles au lien du mariage, une attention particulière est requise à l’égard de leur situation qui, souvent, est vécue dans la solitude et la pauvreté. Il apparaît que ce sont aussi des «nouveaux pauvres». (87)
Loi naturelle: Pour une immense majorité des réponses et des observations, le concept de «loi naturelle» apparaît, en tant que tel, aujourd’hui, dans les différents contextes culturels, très problématique, sinon même incompréhensible. Il s’agit d’une expression qui est perçue différemment ou tout simplement pas comprise. (21)
Lois: Les systèmes législatifs de nombreux pays se trouvent à devoir réglementer des situations contraires à l’ordre traditionnel de la loi naturelle (par exemple, la fécondation in vitro, les unions homosexuelles, la manipulation d’embryons humains, l’avortement, etc.). C’est dans ce contexte que se situe la diffusion croissante de l’idéologie appelée gender theory ou théorie du genre. (23)
Mères célibataires: Leur condition est souvent le résultat d’histoires très douloureuses, souvent même d’abandon. Elles méritent l’admiration avant tout pour l’amour et le courage avec lesquels elles ont accueilli la vie conçue dans leurs entrailles (…). Elles méritent de recevoir un soutien spécial de la société (…) (et) faire l’objet d’une sollicitude de la part de la communauté chrétienne. (88)
Méthodes naturelles: Les méthodes naturelles pour la régulation de la fertilité ne sont pas des «techniques» naturelles qui s’appliquent à un problème pour le résoudre : elles respectent l’»écologie humaine», la dignité de la relation sexuelle entre les époux et s’insèrent dans une vision de la conjugalité ouverte à la vie. En ce sens, elles se différencient de la contraception et l’expérience démontre leur efficacité. (124)
Magistère: Le peuple de Dieu semble avoir généralement une faible connaissance des documents conciliaires et postconciliaires du Magistère sur la famille. Certes, ceux qui sont impliqués dans le milieu théologique en ont une certaine connaissance. Cependant, ces textes ne semblent pas imprégner profondément la mentalité des fidèles. (11)
Médias: Quant aux médias, leur impact négatif sur la famille est souligné. D’une part, il est dû en particulier à l’image de la famille qu’ils véhiculent et des anti-modèles qu’ils proposent, transmettant ainsi des valeurs erronées et déviantes, tandis que, d’autre part, on insiste sur les problèmes relationnels que les médias, avec les réseaux sociaux et internet, créent à l’intérieur de la famille. (68)
Négligence: Le nombre de ceux qui considèrent avec négligence leur situation irrégulière est assez important. Dans ce cas, il n’y a aucune demande d’admission à la communion eucharistique, ni de pouvoir célébrer le sacrement de la réconciliation. (90)
Nullité: Dans de nombreux cas, signalés en particulier en Europe et en Amérique du Nord, on demande d’alléger la procédure de nullité du mariage; à cet égard, on signale qu’il est nécessaire d’approfondir la question du rapport entre la foi et le sacrement du mariage – comme Benoît XVI l’a suggéré à plusieurs reprises. (96)
Ouverture à la vie: Plusieurs réponses affirment qu’aujourd’hui «l’examen de conscience» des couples chrétiens se concentre sur le rapport entre les conjoints (infidélité, manque d’amour), en négligeant plutôt les aspects de l’ouverture à la vie, confirmant ainsi la faiblesse avec laquelle est ressenti le rapport entre le don de soi à l’autre dans la fidélité et l’engendrement de la vie. (129)
Polygamie: Une situation différente est signalée en Afrique, non pas tant vis-à-vis des divorcés en nouvelle union, mais plutôt à l’égard de la pratique de la polygamie. Il existe des cas de convertis pour lesquels il est difficile d’abandonner la deuxième ou la troisième femme, avec lesquelles ils ont d’ailleurs des enfants, et qui veulent participer à la vie ecclésiale. (90)
Préparation au mariage: Plusieurs réponses relèvent la faible attention accordée bien souvent par les futurs époux aux préparations au mariage. On tend donc, selon les contextes, à organiser des catéchèses différenciées: pour les jeunes avant même les fiançailles; pour les parents des fiancés; pour les couples déjà mariés; pour les personnes séparées; pour la préparation au baptême; pour la connaissance des documents pastoraux des évêques et du Magistère de l’Eglise. (52)
Prêtres: Les pasteurs sont parfois inadaptés et impréparés à traiter des problématiques qui concernent la sexualité, la fécondité et la procréation, de sorte qu’ils préfèrent souvent ne pas affronter ces thèmes. Dans plusieurs réponses, nous trouvons également une certaine insatisfaction à l’égard de certains prêtres qui apparaissent indifférents par rapport à certains enseignements moraux. Leur désaccord avec la doctrine de l’Eglise engendre de la confusion au sein du Peuple de Dieu. (12)
Préservatif: Dans les réponses qui nous sont parvenues, et surtout dans diverses observations, on fait remarquer les difficultés relatives à la prophylaxie contre le SIDA/HIV. Le problème apparaît grave dans certaines régions du monde où cette maladie est très répandue. On ressent le besoin que la position de l’Église à ce propos soit mieux expliquée, surtout face à certaines réductions caricaturales des médias. (125)
Pape François: Dans ses rencontres avec les familles, le souverain pontife encourage toujours à regarder leur avenir avec espérance, en recommandant des styles de vie à travers lesquels on peut conserver et faire grandir l’amour en famille: demander la permission, remercier et demander pardon, sans jamais laisser le soleil se coucher sur une discorde ou une incompréhension, sans avoir l’humilité de demander pardon. (Avant-Propos)
Pédophilie: Très fréquemment et de façon très largement répandue au niveau géographique, les réponses mentionnent fortement les scandales sexuels à l’intérieur de l’Eglise (pédophilie, en particulier), mais aussi, en général, des expériences négatives avec le clergé ou avec certaines autres personnes. Surtout en Amérique du Nord et en Europe Septentrionale, on dénonce une perte importante de crédibilité morale à cause des scandales sexuels. (75)
Seconde chance: Plusieurs réponses suggèrent de considérer la pratique de certaines Eglises orthodoxes qui, selon elles, ouvre la voie à un second ou à un troisième mariage à caractère pénitentiel; à ce sujet, les réponses provenant des pays à majorité orthodoxe signalent que l’expérience de ces solutions n’empêche pas l’augmentation des divorces. (95)
Sécularisation: Toutes les réponses tendent à souligner que les difficultés à accueillir le message de l’Église sur l’amour fécond entre l’homme et la femme sont liées à l’abîme qui existe entre la doctrine de l’Église et l’éducation civile, surtout dans les aires géographiques davantage marquées par la sécularisation. (126)
Transmission de la foi: Aujourd’hui, notamment peut-être à cause du conditionnement dû à ces expériences, les parents apparaissent beaucoup plus prudents pour pousser leurs enfants à la pratique religieuse. Dans ce domaine, précisément, on cherche à éviter les conflits, plutôt que de les affronter. En outre, sur les thèmes religieux, les parents eux-mêmes se sentent souvent peu sûrs, de sorte que pour transmettre la foi ils restent souvent sans paroles et délèguent cette tâche, même s’ils la considèrent importante, à des institutions religieuses. (135)
Unions de fait: Liée au mode de vie de l’Occident, mais répandue aussi dans d’autres pays, on voit apparaître une idée de liberté qui considère le lien conjugal comme une perte de la liberté de la personne; cela est influencé par le manque de formation des jeunes, qui ne pensent pas qu’un amour pour toute la vie soit possible; en outre, les médias favorisent amplement ce style de vie chez les jeunes. (84)
Violences: La référence à la violence psychologique, physique et sexuelle se retrouve unanimement à travers toutes les réponses, de même que les abus commis en famille surtout au détriment des femmes et des enfants, un phénomène hélas non occasionnel, ni sporadique, particulièrement dans certains contextes. On relève aussi le terrible phénomène du féminicide, souvent lié à des troubles relationnels et affectifs profonds et conséquence d’une fausse culture de la possession. (66)
Zones périphériques: Certaines réponses parlent de liens bénéfiques au niveau international entre centres universitaires et diocèses, notamment dans les zones périphériques de l’Eglise, pour promouvoir des moments de formation qualifiés sur le mariage et la famille. (18) (apic/imedia/mm/ami/be)
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