Série Apic « Bâtisseurs de ponts » (8)
Le catéchisme œcuménique dans le canton de Fribourg crée des synergies
Fribourg, 30 juin 2014 (Apic) Les cours de catéchisme à l’école enfantine, dans le canton de Fribourg, sont donnés depuis deux ans sur une base œcuménique. Deux responsables de cette démarche expliquent comment la petite passerelle catéchétique qui a relié les acteurs catholiques et protestants a jeté les bases d’un plus grand pont. Céline Ruffieux-Morel, formatrice œcuménique de confession catholique et Pierre-Philippe Blaser, président du Conseil synodal de l’Eglise évangélique réformée dans le canton de Fribourg, dévoilent leurs motivations et leur vision du projet.
Sous le ciel radieux d’une matinée de juin, à La Roche, dans le sud du canton de Fribourg, les enfants d’une classe enfantine chantent avec leurs enseignantes, l’une catholique, l’autre protestante, au sein d’un cercle joyeux et insouciant des différences confessionnelles. Comme dans la classe gruérienne que l’Apic a pu visiter, ce sont de tels ‘binômes’ qui s’efforcent d’éveiller la foi chrétienne chez les élèves de quatre à cinq ans.
La démarche d’enseignement œcuménique a été induite par une modification de la loi scolaire qui a fait passer l’école enfantine dans le cursus de l’école obligatoire. Une unité de cours par semaine s’est ainsi retrouvée à disposition des deux Eglises reconnues dans le canton de Fribourg. La question leur a donc été posée de ce qu’elles voulaient faire de cette unité. « Et c’est en discutant, qu’on s’est rendu compte qu’il était beaucoup plus riche de travailler de manière œcuménique », relève Céline Ruffieux-Morel. Le son de cloche est le même chez les protestants. « Tout en étant important pour l’enfant de pouvoir se construire, au niveau de son identité, dans une tradition donnée, nous avons tous le devoir de nous intéresser aux autres, de les découvrir, de nous enrichir de leurs différences », lance Pierre-Philippe Blaser.
La démarche, qui est toujours en phase pilote, a nécessité une formation spéciale interconfessionnelle de 30 heures, données à 44 personnes, depuis 2013. Le principal défi, aux dires des deux responsables interrogés, a été de définir des objectifs théologiques et religieux communs. La formation s’est principalement efforcée de donner aux enseignants des pistes pour construire un contenu de cours cohérent et réellement œcuménique. « Il y avait au départ beaucoup de méconnaissance des uns et des autres », souligne Céline Ruffieux-Morel. La formatrice raconte que le simple signe de croix au début des prières a donné lieu à un ardent débat. Les responsables ont choisi de travailler sur des aspects généraux de la foi chrétienne, tels que l’éveil à la prière, aux questions existentielles, le lien avec les fêtes liturgiques et les éléments de la foi chrétienne que les enfants rencontrent dans leur vie quotidienne. Autant Pierre-Philippe Blaser que Céline Ruffieux-Morel assurent qu’il n’y a pas eu de « liste de sujets à éviter ». Les différences confessionnelles ne sont d’habitude pas évoquées, mais elles pourraient très bien faire partie du contenu d’un cours si elles sont présentées d’une manière ‘non prosélyte’ et mises dans un contexte de connaissance de l’autre.
La formatrice catholique décrit ainsi les rencontres « étonnantes » qui se sont produites entre participants des deux christianismes. Pierre-Philippe Blaser comme Céline Ruffieux-Morel soulignent que ces cours de formation ont amené les uns et les autres à redéfinir leur identité confessionnelle. Quelle est ma foi? Que veux-je transmettre? Autant de questions auxquelles ont dû se confronter, non seulement les participants à la formation, mais également les parents d’élèves. Céline Ruffieux-Morel est très heureuse d’avoir pu interroger, à travers la discussion, ses croyances en tant que catholique. Elle assure, sur le plan personnel, avoir vécu un rapprochement avec les protestants.
Pierre-Philippe Blaser relève, au même titre, que l’expérience a été une excellente occasion de créer un lien avec la tradition catholique.
La mise en place du projet d’enseignement a été, sur le plan pratique, assez compliqué, eu égard aux différences de fonctionnement des deux Eglises. Mais ces défis ont obligé les divers acteurs à se rencontrer et à travailler ensemble. « Les interactions sont parties de ces enfants de quatre ans, mais les besoins de coordination pour la mise en place difficile du projet ont provoqué des interactions sur un plan beaucoup plus vaste, notamment entre pasteurs et curés », confirme la formatrice du service de catéchèse catholique du canton de Fribourg (SCCF). Elle révèle que des acteurs du projet de confessions différentes ont découvert qu’ils vivaient très proches les uns des autres. Certains d’entre eux ont fraternisé et mis en place d’autres projets œcuméniques. Il est par exemple question d’organiser, dans certaines écoles, les fêtes de Noël de manière œcuménique. Des sorties annuelles communes entre catéchistes et catéchètes, selon la dénomination protestante, sont également discutées.
Parallèlement, l’Eglise évangélique réformée du canton de Fribourg travaille avec le vicaire épiscopal catholique, Mgr Rémy Berchier, à une charte pour des missions communes, qui définirait un certain nombre de fondamentaux sur la manière pour les deux Eglises d’œuvrer en commun. Dans le cadre catéchétique, le projet – encore embryonnaire, comme le précise Pierre-Philippe Blaser – permettrait à un enseignant qui aurait par exemple dans sa classe un seul élève protestant de prendre en compte au mieux sa différence et sa sensibilité.
Autant Céline Ruffieux-Morel que Pierre-Philippe Blaser soulignent les retours positifs de ces cours oecuméniques, qui semblent satisfaire autant les parents et les enfants que les animateurs. Bien qu’on ne sache pas pour l’instant si l’expérience va se poursuivre, elle aura en tout cas permis de jeter les bases d’un pont susceptible de rapprocher encore un peu plus les rives des deux principales traditions chrétiennes du canton.
Céline Ruffieux-Morel est née à Bulle, en 1973, d’un père protestant et d’une mère catholique. L’œcuménisme est donc pour elle quelque chose de tout à fait naturel. Dans son chemin de vie, elle avoue être passée « par des sentes escarpées, des avenues lumineuses, des routes goudronnées de frais et des ruelles cahoteuses ». De fait, son existence a été bien remplie. Parallèlement à une carrière académique en psychologie cognitive et développementale à l’Université de Fribourg, elle a élevé cinq enfants et s’est activement engagée dans l’Eglise catholique, notamment dans des équipes d’éveil à la foi, pour les tous petits.
Suite à un accident de voiture, dont elle a été victime en tant que piétonne, en 2006, elle a redéfini ses activités professionnelles et s’est engagée davantage dans l’Eglise en effectuant divers cursus à l’Institut de formation aux ministères (IFM), à Fribourg. Celle dont le chemin a toujours été jalonné par l’enseignement, l’échange de connaissances, la transmission et la foi est tout naturellement devenue formatrice dans le service de catéchèse catholique du canton de Fribourg (SCCF). Sa fonction de formatrice œcuménique a ajouté une pièce à sa déjà riche expérience de la diversité. Car, comme elle le dit avec poésie: « A chaque pas, des cailloux se sont fixées sous mes chaussures et, aujourd’hui, tous ensemble, ils forment une mosaïque pleine de couleurs et de reliefs ».
Pierre-Philippe Blaser est né en 1968 dans une famille protestante du canton de Neuchâtel. Ses études et sa carrière professionnelle l’ont néanmoins maintes fois amené à s’immerger dans le monde catholique. Son parcours l’a tout d’abord conduit à Bruxelles, en Belgique, un pays de tradition catholique, où il a choisi d’étudier la théologie. Il y a rédigé un mémoire consacré à la tolérance, un sujet qu’il a continué à développer par la suite.
Une fois ses études terminées, il a occupé un ministère pendant sept ans, en compagnie de sa femme, à Chatel-Saint-Denis, dans le sud fribourgeois, également en terre catholique. Il y a développé, dans les années 2000, une première expérience de catéchisme œcuménique, au niveau de la sixième primaire.
Le pasteur explique qu’il a vécu, il y a à peu près 20 ans, dans le chef lieu veveysan, un « printemps de l’œcuménisme », activé par l’arrivée importante de protestants vaudois dans la région. A cet égard, il salue « l’accueil chaleureux réservés aux protestants par les catholiques fribourgeois », plus « ouverts » que ce que l’on pouvait penser jadis dans certains cantons protestants.
Plus tard, il a enseigné les ‘grands courants religieux’, au Collège des Humanités de l’Ecole polytechnique fédérale (EPFL), à Lausanne.
Actuellement pasteur à Môtier-Vully, dans le nord du canton de Fribourg, il poursuit ses initiatives de rapprochement des différentes confessions et religions. Il a par exemple récemment emmené des élèves de l’école secondaire de Morat réunissant protestants, catholiques, sans-confession et musulmans dans une visite commune des divers lieux de culte de la région.
Son rôle dans la mise en place du projet de catéchisme œcuménique a été pour lui une occasion supplémentaire d’expérimenter la notion de tolérance, qui implique toujours « l’exigence de s’exposer au point de vue de l’autre ».
Indication aux rédactions: Des photos de la classe œcuménique visitée à La Roche, ainsi que de Céline Ruffieux-Morel et de Pierre-Philippe Blaser peuvent être commandées à apic@kipa-apic.ch. Prix pour diffusion: 80 frs la première, 60 frs les suivantes.
(apic/rz)
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