Chine: Un pasteur condamné à 12 ans de prison pour «troubles à l'ordre public»

Les autorités élargissent la répression aux Eglises reconnues par l’Etat

Nanle, 5 juillet 2014 (Apic) Zhang Shaojie, 48 ans, pasteur d’une Eglise protestante reconnue par l’Etat, a été condamné, le 4 juillet 2014, à 12 ans de prison. L’ONG de défense des droits humains «China Aid Association», qui a relayé l’information, dénonce une «affaire montée de toutes pièces» par les autorités locales. Le cas est symptomatique du franchissement d’un seuil dans la répression antichrétienne du pouvoir communiste, qui cible maintenant également les Eglises «officielles».

Le Tribunal populaire du district de Nanle, dans la province du Henan, au centre-est de la Chine, a condamné le pasteur Zhang Shaojie à 12 ans de prison pour «fraude et rassemblements troublant l’ordre public», a annoncé Yang Xingquan son avocat principal, rapporte Eglises d’Asie (EdA), l’agence d’information des Missions Etrangères de Paris. Une accusation qui est souvent évoquée lorsque les autorités désirent réduire des dissidents au silence sans pour autant avoir à justifier de faits établis, explique-t-il.

Bob Fu, directeur de «China Aid Association» confirme qu’il s’agit de fausses accusations, forgées de toutes pièces par les autorités. L’ONG basée aux Etats Unis suit l’affaire des chrétiens de Nanle depuis l’arrestation de leur pasteur et de 23 fidèles en novembre dernier.

«Lors de son arrestation, le pasteur Zhang avait été interpellé sans aucun document légal, ni mandat, ni présentation de chefs d’accusations, rappelle Bob Fu, qui a demandé à la communauté internationale de réagir. La sévérité de la sentence est particulièrement inquiétante et ne fait que démontrer que le gouvernement chinois est prêt à couvrir la persécution religieuse actuelle en inventant de fausses charges criminelles.»

L’augmentation des chrétiens perçue comme une menace

Une analyse à laquelle souscrivent les avocats qui se sont chargés de l’affaire et qui dénoncent «un coup monté» des autorités dans le cadre de la répression antichrétienne qui sévit actuellement dans plusieurs régions de la Chine, en particulier dans le Henan où le nombre de chrétiens ne fait qu’augmenter. «Le Parti communiste perçoit cette croissance des Eglises comme une menace», explique encore Zhang Xuezhong, l’un des défenseurs du pasteur Zhang.

Tout au long de la procédure, les avocats n’ont cessé de dénoncer les violations des droits de l’homme qui entravaient le cours de la justice. Après l’arrestation arbitraire des 24 chrétiens, aucun des avocats n’avait pu rencontrer les accusés dont les autorités n’avaient pas voulu communiquer le lieu de détention. Les avocats avaient même été «passés à tabac» pour avoir réclamé le droit de défendre leurs clients.

Campagne de démolition d’églises

Mais le fait particulièrement nouveau, souligné par «China Aid Association» comme par les avocats en charge de l’affaire, est que les fidèles de Nanle et leur pasteur sont loin de faire partie des «Eglises domestiques» ou communautés chrétiennes non enregistrées auprès de l’Etat, et donc soumises au harcèlement des autorités. L’Eglise de Zhang Shaojie est en effet dûment affiliée au «Mouvement des Trois autonomies», l’instance officielle d’enregistrement des Eglises protestantes agréées par Pékin.

L’annonce de la condamnation à 12 ans de prison du pasteur Zhang intervient alors que se poursuit une campagne de démolition des Eglises chrétiennes. Des dizaines de croix ont été arrachées des églises et de nombreux lieux de culte ont été complètement détruits.

Si, en Chine continentale, la répression à l’encontre des «Eglises domestiques» est en augmentation constante, le fait qu’elle touche désormais des communautés officiellement reconnues témoigne du franchissement d’une étape importante dans la politique antichrétienne du gouvernement. Avec la condamnation du pasteur Zhang, le message du gouvernement est désormais que toutes les Eglises, y compris celles affiliées au Mouvement des Trois autonomies, sont également susceptibles d’être l’objet de harcèlement, d’arrestations arbitraires, d’emprisonnement et de confiscation de biens, souligne EdA. (apic/eda/rz)

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