Les propriétaires fonciers exigent une renégociation des contrats de location des terres
Lausanne, 12 juillet 2014 (Apic) Depuis mi-mai 2014 l’entreprise suisse Addax Bioenergy produit des agrocarburants en Sierra Leone. L’organisation locale de défense des droits humains Silnorf et l’oeuvre d’entraide protestante suisse Pain pour le prochain suivent ce projet controversé depuis le début. Leur rapport de suivi 2014 constate des améliorations concrètes, mais demande la renégociation des contrats de location des terres avec les propriétaires fonciers .
L’entreprise genevoise Addax Bioenergy cultive quelque 10’000 ha de canne à sucre au Sierra Leone. Les premiers litres d’agrocarburant sont bientôt prêts pour l’exportation. Parallèlement, la production d’électricité pour le réseau national débutera. Addax emploie aujourd’hui plus de 2’000 personnes dont 90% d’hommes. «Nous avons constaté des améliorations économiques dans de nombreux villages aux alentours du projet», constate Abass Kamara, coordinateur de Sierra Leone Network on the Right to Food (Silnorf). «Notre action, soutenue par Pain pour le prochain, a eu un impact.»
Le bilan global reste cependant mitigé. De nombreux propriétaires terriens ne sont pas satisfaits des accords fonciers. Selon Abass Kamara, ils regrettent particulièrement de ne pas avoir pu négocier directement leur contrat avec Addax. L’entreprise basée à Genève a le plus souvent uniquement négocié avec le gouvernement national et les chefs de terre locaux, les ‘Paramount-Chiefs’, ainsi qu’il est d’usage en Sierra Leone. La durée du contrat de location s’élève à 50 ans. «Les dédommagements reçus pour les terres utilisées par Addax ainsi que pour les palmiers à huile abattus ne sont pas satisfaisants». D’autres clauses des contrats sont également considérées comme problématiques. Ainsi, les litiges doivent être réglés devant un tribunal arbitral à Londres et non devant un tribunal au Sierra Leone. Les propriétaires terriens demandent dès lors une renégociation des contrats.
La limitation de l’accès aux zones boisées et aux forêts où les gens ont l’habitude de chercher leur bois de feu pose aussi problème, Enfin on a constaté dans au moins deux villages que des sources d’eau potable ont tari en raison de l’exploitation d’Addax.
Addax a effectivement créé de places de travail, mais le salaire versé reste insuffisant pour subvenir aux besoins d’une famille, a constaté lors d’un séjour de terrain en avril Yvan Maillard Ardenti, spécialiste de l’accaparement des terres chez Pain pour le prochain. Une des raisons en est qu’environ la moitié des emplois d’Addax sont saisonniers. De plus, très peu de femmes sont engagées par l’entreprise (moins de 10%).
Yvan Maillard Ardenti souligne que Pain pour le prochain continuera à soutenir les personnes concernées en collaboration avec Silnorf : «Un monitoring des conséquences de ce grand projet d’agrocarburants est nécessaire. De plus, Addax devrait mettre en place les améliorations demandées et renégocier les contrats de location des terres». (apic/com/mp)
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