Honduras: Conférence Internationale «Migration, Enfance et Famille»
Tegucigalpa, 18 juillet 2014 (Apic) Plus de 200 spécialistes et fonctionnaires nationaux ont participé, les 16 et 17 juillet, à Tegucigalpa, la capitale du Honduras, à la Conférence Internationale «Migration, Enfance et Famille». Organisée par le gouvernement hondurien et l’UNICEF, cette rencontre a permis de tirer une nouvelle fois la sonnette d’alarme sur l’augmentation inquiétante de la migration infantile depuis les pays d’Amérique Centrale vers les Etats-Unis.
Chaque année, des dizaines de milliers de migrants d’Amérique Centrale tentent de franchir la frontière pour tenter d’entrer clandestinement aux Etats-Unis. Le phénomène n’est certes pas nouveau. Mais un phénomène inquiète particulièrement les observateurs et spécialistes de l’immigration dans cette région : l’augmentation exponentielle du nombre d’enfants et de mineurs parmi ces migrants.
Selon l’Organisation des Etats américains (OEA), l’immigration infantile a en effet explosé ces deux dernières années. En 2011, 4’059 migrants non accompagnés, âgés de 12 à 17 ans, ont cherché à pénétrer illégalement sur le territoire des Etats-Unis. En 2013, ils étaient 21’537. Pour les six premiers mois de 2014, leur nombre s’élève à 47’017. Et encore, ces chiffres ne reflètent qu’une partie du flux réel, car ils correspondent aux arrestations effectuées par les patrouilles de la police des frontières nord-américaine.
Le choix de Tegucigalpa, la capitale du Honduras, pour accueillir cette Conférence, n’est pas dû au hasard. D’après l’ONU, plus de 13’000 de ces enfants (29% du total), soit plus du double par rapport à 2013, proviennent en effet du Honduras, considéré comme le pays le plus violent du monde, où un meurtre est perpétré toutes les 76 minutes en moyenne. Le désir de fuir la violence, l’insécurité et la pauvreté constitue d’ailleurs le principal motif de migration des enfants et des adolescents honduriens vers les Etats-Unis, comme le révèle également un rapport de l’Organisation Fraternelle Noire Hondurienne (OFNH), une ONG qui défend les droits des populations Garifuna (descendants des esclaves). Les autres enfants viennent du Mexique (23%), du Guatemala et de El Salvador (24%).
Parmi les intervenants, certains, à l’image de José Miguel Insulza, Secrétaire Général de l’OEA, ont appelé les pays développés à «ne pas criminaliser cette forme de migration», mais au contraire à créer des conditions pour aider les pays d’origine des migrants à y mettre un frein. Les participants ont également appelé «à une initiative régionale massive qui permette d’aborder cette crise humanitaire conjointement et de manière définitive, en reconnaissant la responsabilité partagée pour atteindre la paix, la sécurité, le bien-être et la justice des populations centre américaines.»
Le thème de la migration infantile inquiète particulièrement les responsables des Eglises d’Amérique Centrale, comme par exemple le cardinal Oscar Andres Rodriguez Maradiaga, archevêque de Tegucigalpa. «C’est comme si quelqu’un avait ouvert une artère au Honduras et dans les autres pays d’Amérique Centrale», a ainsi déclaré le prélat, lors d’une intervention, le 7 juillet dernier, devant la Conférence épiscopale à Washington. Ajoutant: «La peur, la pauvreté épuisante et sans futur, signifient que nous sommes en train de perdre notre âme, nos jeunes. Si cette situation devait perdurer, les cœurs de notre région vont cesser de battre.» Il avait également fustigé les déportations massives de mineurs du Honduras qui ont débuté il y a quelques semaines, en provenance de Mexico et des Etats-Unis. «Vous imaginez ce que c’est de commencer sa vie d’adulte en étant traité comme un criminel? Où peut-on aller en commençant comme ça?»
Reste que la situation dans les pays d’origine de migrants ne cesse de se détériorer. Le Guatemala, le Honduras et le Salvador ont ainsi vu la violence s’accroître, notamment à cause du trafic de drogue. En 2013, au Guatemala, le taux d’homicides a été de 30 pour 100’000 habitants. A El Salvador, il était de 69,2 pour 100’000 habitants et au Honduras de 79,7 pour 100’000. Un climat d’insécurité qui pousse les populations à opter pour l’émigration.
Actuellement, les observateurs estiment que plus d’un million de Honduriens résident aux Etats-Unis, pour une population totale de 8,4 millions d’habitants. Des migrants qui auraient envoyé dans leur pays plus de 3 milliards de dollars en 2013. Soit plus de 15% du PIB du pays. (apic/jcg/bb)
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