Brésil: Révision en appel du jugement concernant le meurtre de deux militants de la CPT

Le commanditaire présumé a été acquitté lors du premier procès

Belem, 21 juillet 2014 (Apic) Le tribunal de Justice de Belem, en Amazonie brésilienne, va examiner, le 22 juillet 2014, la révision en appel du jugement qui avait innocenté, en 2013, le grand propriétaire terrien José Rodrigues. L’homme est accusé d’avoir commandité l’assassinat de deux militants de la Commission Pastorale de la Terre (CPT) engagés dans la lutte contre la déforestation illégale.

José Claudio Ribeiro et son épouse Maria do Espirito Santo ont été assassinés en mai 2011 à Nova Ipixuna, près de Maraba, dans l’Etat du Para.

Alors que les deux exécutants du méfait ont été condamnés en avril 2013, José Rodrigues, le commanditaire présumé, a été acquitté.

Jose Batista Alfonso, l’avocat de la CPT, a principalement justifié la demande d’appel par le fait que les jurés n’ont pas pris en compte, lors du procès précédent, un certain nombre d’éléments décisifs. Ces derniers sont notamment des traces d’ADN du frère de l’accusé relevées sur un imperméable retrouvé tout près du lieu du crime, ainsi que divers témoignages incriminant le grand propriétaire terrien.

Menaces de mort de la part de la famille du commanditaire présumé

Lors du procès, Alberto Nascimento et Lindonjonson Silva, le frère de José Rodrigues, avaient été déclarés coupables de l’exécution de ce double crime. Les jurés avaient cependant estimé par quatre voix contre trois que Jose Rodrigues n’avait pas participé à l’entreprise criminelle. Après avoir été relâché, l’accusé était retourné vivre sur ses terres, à Praia Alta Piranheira, tout près de la maison de Laisa Santos Sampaio, la sœur de Maria do Espirito Santo, qui a été longtemps menacée de mort par la famille de l’accusé et qui a fini par obtenir la protection de la police fédérale.

Des jurés émus par une demande de «pardon à Dieu»

L’un des points polémiques du jugement est lié à la déposition de José Rodrigues devant les jurés. En citant des textes issus du culte évangélique, ce dernier aurait réussi à susciter la compassion d’au moins deux jurés. Ceux-ci ont reconnu par la suite avoir été émus par les propos du propriétaire terrien, notamment lorsque il a demandé «pardon à Dieu» et assuré qu’il ne supporterait pas une séparation de sa famille.

Un autre argument présenté par la défense concerne les menaces de mort formulées durant le procès sur l’un des témoins.

Une déclaration du juge Murilo Lemos Simão, au moment le lire la sentence a également été jugée inadéquate. Selon le magistrat, les militants assassinés avaient «contribué au crime par leur comportement.»

Demande de délocalisation du nouveau procès

Dans le cas d’une annulation de ce jugement, l’avocat de la CPT assure qu’il déposera une demande de délocalisation du nouveau jugement à Belém, hors de la région où le crime a été commis. «En cas de refus, nous déposerons un recours devant le Suprême Tribunal de la Justice (la plus haute instance juridique du Brésil)», a-t-il précisé.

Les membres de la famille du couple assassiné seront présents pour assister à la révision en appel du procès. Claudelice Santos, la sœur de José Cláudio a espéré que la justice annule «ce premier jugement immoral».

Deux grands propriétaires récemment condamnés

En 2014, la justice de l’Etat du Para a condamné à deux reprises des grands propriétaires accusés de crimes violents. Le 30 avril 2014, Décio José Barroso Nunes a été a été condamné à 12 ans d’emprisonnement pour le meurtre, en 2000, de José Dutra da Costa, président du Syndicat des travailleurs ruraux de Rondon du Pará.

Le 9 mai, le jugement dit du «massacre de la Fazenda Princesa» a vu le jury condamner le grand propriétaire Marlon Lopes Pidde, 65 ans, à 130 années de prison pour avoir participé à la mort de cinq agriculteurs dont il convoitait les terres. (apic/jcg/rz)

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