Suisse: AED qualifie de crime contre l'humanité l'expulsion forcée des chrétiens de Mossoul

Une chape de plomb est tombée sur la métropole du nord de l’Irak

Lucerne/Paris, 28 juillet 2014 (Apic) La section suisse de l’oeuvre d’entraide catholique «Aide à l’Eglise en Détresse» (AED), basée à Lucerne, a qualifié de «crime contre l’humanité» l’expulsion forcée des chrétiens de Mossoul par les djihadistes de l’Etat islamique (EI) qui se sont emparés de la métropole du nord de l’Irak. Les miliciens sunnites leur avaient fixé un ultimatum, laissant aux chrétiens le «choix» de se convertir à l’islam ou de fuir la ville. Ils ont rançonné les derniers chrétiens qui ont fui sous les menaces de mort.

Reprenant les paroles des archevêques de Mossoul interpellant la communauté internationale qui exigent plus d’aide extérieure pour les minorités irakiennes, l’AED dénonce «ce qui est arrivé aux chrétiens innocents de Mossoul en raison de leur appartenance religieuse». Les chrétiens étaient à Mossoul depuis près de 2’000 ans et la ville était habitée par des minorités chaldéennes, syriaques catholiques et syriaques orthodoxes, qui y possédaient trois archevêchés. Désormais, la ville est aux mains de milliers de djihadistes de l’EI, qui y ont imposé une version extrémiste de la charia. Selon cette loi, les chrétiens ne doivent pas exister dans l’Etat islamique. Leurs maisons ont été marquées de la lettre arabe «noun», N pour Nasrani (nazaréen), un terme péjoratif désignant les chrétiens, dans le Coran.

Suite aux violences en Irak, les archevêques de Mossoul de toutes confessions, réunis autour du patriarche chaldéen Raphaël Louis Ier Sako, à Erbil – Ankawa, au Kurdistan irakien, ont exigé de leur gouvernement qu’il protège les chrétiens et les autres minorités. Ils lui demandent d’apporter un soutien financier aux familles déplacées ayant tout perdu et d’établir une liste de tous les dommages subis dans le but d’obtenir des dédommagements.

Les archevêques ont également invité «tous les hommes et les femmes de conscience en Irak et dans le monde entier à faire pression sur ces militants, afin qu’ils cessent de détruire des églises et des monastères et de brûler des écrits et des reliques de l’héritage chrétien, qui constituent aussi un héritage précieux de l’Irak et du monde entier».

Un voile de terreur s’abat sur Mossoul, visant également les musulmans modérés

Actuellement, les musulmans de Mossoul sont tous de confession sunnite, car les chiites ont pris la fuite de peur d’être massacrés par l’EI. Les chrétiens ont été dépouillés et expulsés. Tous les habitants de Mossoul ont été informés des nouvelles lois et reçoivent leurs ordres du quartier général de «l’Etat islamique», hébergé dans les mosquées dont s’est emparé l’EI.

Citant le Père Anis Hanna, un dominicain irakien, la section française de l’œuvre d’entraide catholique AED rappelle le 28 juillet 2014 que, parmi les nouvelles lois imposées par le pouvoir islamiste, les hommes et les femmes ont l’interdiction de s’habiller à l’occidentale. Les pantalons sont prohibés et toute mode occidentale interdite. «Les hommes s’habilleront à la manière afghane, d’une sorte de chemise longue jusqu’aux genoux et d’un sarwal (ou sarouel, sorte de pyjama). Ils devront se laisser pousser la barbe et se raser la tête et les moustaches».

Quant aux femmes qui n’ont plus le droit de travailler à l’extérieur de leur maison, elles doivent être voilées de la tête aux pieds. «Et si jamais une femme désire sortir de chez elle, un homme de sa famille doit l’accompagner, sinon elle n’a pas le droit d’être dehors». Les magasins vendant de l’alcool, les salons de coiffure, de beauté, les magasins de produits de beauté sont désormais interdits.

La télévision ne peut plus diffuser ni des programmes culturels, ni des comédies. Pas de chaînes télévisées, pas de chanson ni de musique, pas de théâtre, pas d’artistes, ni de poètes. «Bref, tout art est interdit. Aucune place pour les artistes dans l’Etat islamique de Mossoul! Un de mes amis de faculté, Wathiq, a été mis à mort avec d’autres personnes parce qu’ils travaillaient pour une chaîne de télévision à Mossoul». En outre, l’EI a aboli le système judiciaire de la ville. «C’est la loi de la charia qui désormais vaut». Le religieux irakien dénonce également les mariages forcés. «Les jihadistes de l’Etat islamique obligent les habitants de Mossoul à leur offrir leurs jeunes filles. Les parents doivent obéir sans poser de question; les jeunes filles ne doivent absolument pas donner leur avis».

Les habitants de Mossoul qui avaient accueilli les jihadistes de l’Etat islamique au début de juin dernier «se mordent maintenant les lèvres regrettant cette nouvelle situation imposée par ces combattants de l’islam sunnite dont beaucoup sont des mercenaires étrangers au pays. Ce n’est en vérité qu’un autre visage de Al-Qaïda».

Destructions des monuments chrétiens et de mosquées chiites

«Après avoir détruit la statue de la très sainte vierge Marie qui surplombait l’évêché des chaldéens, les terroristes de l’Etat islamique ont incendié l’archevêché des syriaques catholiques avec tout ce qu’il contenait. Ils ont mis la main sur la très belle église de saint Ephrem des syriaques orthodoxes et ils l’ont convertie en mosquée, après l’avoir profanée et dépouillée de tous les objets sacrés. Ils ont pris le monastère des saints martyrs Bihnam et Sarah. Ils ont chassé les moines qui y vivaient. Les moines sont sortis seulement avec leurs vêtements. Le couvent saint Georges (Mar Guéwargues) au nord de Mossoul a été pris par les terroristes», témoigne le Père Anis Hanna.

«Mais les terroristes ne s’arrêtent pas là. Ils détruisent aussi les mosquées chiites. Trois mosquées chiites ont été dynamitées. Et ce qui est très étrange aux yeux des habitants sunnites de Mossoul, c’est de voir leurs propres lieux de culte sunnites eux aussi démolis. La mosquée de Nabi Yonis (une ancienne église), la mosquée de Nabi Girgis, la mosquée de Nabi Chit, la mosquée de l’imam Salih, la mosquée de l’imam Aoun Elddin et d’autres».

Les villages chrétiens de la Plaine de Ninive dans le collimateur

«Les habitants sunnites de Mossoul qui avaient bien accueilli ces terroristes en croyant qu’ils allaient les libérer du régime chiite de Bagdad, commencent maintenant à le regretter amèrement. Ils constatent les actions insupportables des terroristes islamiques dans leur ville», poursuit le religieux irakien. L’Etat islamique affirme que le premier jour de la fête d’el-fitr, le 28 juillet 2014, sera celui de la conquête des villes et des villages chrétiens de la Plaine de Ninive, près de Mossoul. Parmi ces villes et villages il y a Qaraqosh (45’000 habitants), Bartallah (entre 20 et 30’000 habitants), Karamles (5’000 habitants), Telkayf (30’000 habitants), Tellesqif (8’000 habitants), Batnayia (5’000 habitants), Alqoch et d’autres villes importantes.

Nombre d’habitants de ces agglomérations menacées se sont réfugiés au Kurdistan irakien. L’archevêque des syriaques catholiques, résidant à Qaraqosh, a informé les habitants de la ville par un communiqué. Il encourage ses fidèles à rester dans la ville pour être unis dans la force et dans l’espérance et exprime sa reconnaissance à l’égard des «peshmergas» kurdes venus protéger la Plaine de Ninive des terroristes de l’EI. «La situation est très tendue. Tout le monde vit avec la peur au ventre. Les habitants de Qaraqosh ont en mémoire la pluie d’obus de mortiers tombés sur leur ville, la guerre menée par l’EI contre leur ville il y a un mois, les humiliations subies par les familles chrétiennes de Mossoul, leur dépouillement total, et leurs pertes matérielles».

L’Eglise catholique en France solidaire des chrétiens d’Irak

Une délégation de l’Eglise catholique en France est partie dimanche 27 juillet pour le Kurdistan irakien où elle séjournera jusqu’au 1er août 2014. Composée du cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, Mgr Michel Dubost, évêque d’Evry et Monseigneur Pascal Gollnisch, directeur de l’Oeuvre d’Orient à Paris, elle entend exprimer une solidarité avec ceux qui ont été chassés de chez eux et qui n’ont plus rien. (apic/aed/be)

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