Brésil: Caritas organise la Coupe du Monde des Réfugiés les 2 et 3 août à Sao Paulo

La condition de réfugié est encore largement ignorée au Brésil

Sao Paulo, 30 juillet 2014 (Apic) Responsable des Relations extérieures de la Caritas de l’archevêché de Sao Paulo, Larissa Leite a accompagné la naissance et l’organisation de la Coupe du Monde des Réfugiés. Cet événement se déroulera les 2 et 3 août dans la mégapole brésilienne.

Le tournoi de football rassemblera des réfugiés présents au Brésil issus de 16 pays. Il a notamment pour but de mettre en lumière un statut encore largement ignoré dans le pays.

Apic: Comment est né le projet de la Coupe du Monde des Réfugiés?

Larissa Leite: L’idée est venue d’un réfugié de la Côte d’Ivoire. Il a rapidement été rejoint par un groupe composé de représentants d’Afrique et du Moyen Orient. En quelques mois, le projet s’est monté, comprenant la logistique, la création des équipes, la communication autour de l’évènement, la gestion des fonds récoltés lors de différentes campagnes, l’invitation des autorités, la préparation des activités parallèles (hymne de la Coupe, activités culturelles, etc…) Au-delà de l’organisation à proprement parler, la diversité du groupe et le fait de devoir prendre des décisions en commun a généré des débats extrêmement intéressants sur la situation des réfugiés, les conflits armés, les objectifs de l’évènement, et le respect des différences.

Apic: Comment va se dérouler la compétition?

L.L: La Coupe des réfugiés va regrouper seize équipes nationales en deux phases, étalées sur les deux jours de la compétition. Le dimanche 3 août, de nombreuses activités seront parallèlement organisées pour les femmes, les enfants et pour les réfugiés qui ne participeront pas aux matches. Parmi les activités, une grande tente va ainsi accueillir divers ateliers comme l’apprentissage de la coiffure (africaine), de voiles et turbans, et de maquillage. Des ateliers de jeux pour les enfants seront également développés. Des journalistes réfugiés assureront la couverture de la Coupe. Il y aura également un DJ, lui-même réfugié, qui assurera l’ambiance musicale de l’évènement ainsi que la diffusion des hymnes.

Apic: Hormis la Caritas et le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (ACNUR), d’autres organisations sont elles impliquées dans l’organisation de l’évènement?

L.L: Le développement du processus de l’organisation de la Coupe des Réfugiés a attiré l’attention de plusieurs entités qui sont devenues partenaires du projet. C’est le cas, notamment, de l’ONU Femmes, de l’UNAIDS, de la Croix Rouge du Brésil de Sao Paulo, de l’ONG «I know y rights» (IKMR) ou encore de la Mission pour la Paix. Les campagnes de récoltes de fonds, toujours en cours aujourd’hui, ont impliqué des entités privées, religieuses et de nombreuses personnes.

A ce jour, une quarantaine de bénévoles vont également porter leur concours à la tenue de cette Coupe du Monde des Réfugiés.

Apic: Pourquoi est-ce si important de donner une visibilité à ces réfugiés?

L.L: La condition de réfugié au Brésil est encore inconnue pour une grande majorité. Il y a également une grande méconnaissance des droits de ces personnes, comme d’ailleurs les droits des migrants en général. Il est important de rappeler que le réfugié est un migrant forcé, quelqu’un qui a dû quitter son pays pour échapper à une violation grave et généralisée des droits humains, à une persécution pour ses convictions religieuse ou politique, à cause de sa nationalité, de sa race ou du groupe social auquel il appartient. A cause de cette situation spéciale, il a besoin de se voir garantir un éventail de protections et assistance différenciée. Lorsque la connaissance de ces droits n’est pas partagée et assimilée par la société, ou lorsqu’elle est remplacée par des stéréotypes, l’étranger, réfugié ou pas, est vu comme un citoyen de seconde catégorie, indigne de vivre dans le pays.

Apic: Quelle est la situation des réfugiés et des migrants au Brésil aujourd’hui?

L.L: Les réfugiés sont protégés par la loi 9474/97 et par la Convention de Genève de 1951 sur le statut des réfugiés, qui garantit le droit de vivre et travailler au Brésil, à partir du moment où ils ont déposé une demande de statut de réfugiés auprès du gouvernement brésilien. La législation du pays a d’ailleurs été, à ce titre, souvent montrée en exemple au niveau international.

Pourtant les défis sont nombreux, d’autant que les structures d’accueil des réfugiés sont devenues insuffisantes et incapables de répondre aux besoins, qualitativement et quantitativement.

Par exemple, il existe aujourd’hui un délai d’attente important pour l’obtention de documents et pour la conclusion du processus de reconnaissance de la condition de réfugiés. Il est également très difficile d’accéder aux programmes d’apprentissage de la langue portugaise, d’obtenir de l’aide matérielle ou même des informations pour pouvoir accéder aux services publics comme l’Éducation et la Santé par exemple), ou encore pour recevoir un accueil spécifique à la condition de réfugiés au sein des administrations.

Apic: Combien y a t il de réfugiés au Brésil?

L.L: D’après le Comité National pour les Réfugiés (CONARE), un organisme lié au Ministère de la Justice, en 2012, le Brésil comptait sur son sol 4’689 réfugiés de 79 nationalités différentes, dont 36% de femmes. Les principaux pays d’origines sont l’Angola, la Colombie, la République Démocratique du Congo (RDC) et l’Irak. Pour cette même année 2012, le Brésil a enregistré 2008 nouvelles demandes de statut de réfugiés, soit près de quatre fois plus qu’en 2010 (566 demandes).

Apic:Comment la Caritas Brésil travaille-t-elle avec ces réfugiés?

L.L: Au Brésil, les Caritas travaillent depuis toujours sur des problématiques sociales liées aux réalités locales. Les Caritas des archevêchés de Sao Paulo et de Rio de Janeiro ont ainsi une longue tradition d’accueil, d’aide, de protection, d’intégration et de promotion des réfugiés.

Depuis longtemps déjà aussi, ces Caritas participent à des actions destinées à obliger les autorités à respecter la Convention de Genève de 1951. Caritas a également fait partie des mouvements qui ont présidé à l’adoption de la loi 9474/97 et à la création du Comité National pour les Réfugiés (CONARE). Aujourd’hui, la Carias représente d’ailleurs la société civile au sein de cet organisme public. Nous sommes également partenaires du Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (ACNUR) et mettons à disposition des équipes pour l’accueil social, administratif, psychologique, et le suivi des demandes de statut de réfugiés dès leur arrivée sur le sol brésilien. Sans compter les nombreuses activités sociales et de loisir que nous accompagnons, comme… la Coupe du Monde des Réfugiés! (apic/jcg/bb)

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