Irak: Le cardinal Barbarin veut jumeler son diocèse de Lyon avec celui de Mossoul

La Ninive biblique vidée d’une présence chrétienne deux fois millénaire

Erbil, 30 juillet 2014 (Apic) Le cardinal Philippe Barbarin, en visite au Kurdistan irakien, a proposé de jumeler son diocèse de Lyon avec celui de Mossoul, la deuxième ville d’Irak. Cette antique capitale de l’empire assyrien – la Ninive de la Bible – est désormais vidée de ses chrétiens, qui y vivaient depuis près de deux millénaires. Ils ont été chassés le 18 juillet par les extrémistes sunnites qui avaient conquis le mois précédent cette métropole du nord du pays. Les djihadistes, sous la bannière de l’Etat islamique (EI), n’avaient laissé aux chrétiens que le choix entre la conversion forcée à l’islam ou la fuite en laissant tous leurs biens derrière eux.

Le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, s’est envolé dimanche 27 juillet 2014 pour le Kurdistan irakien en compagnie notamment de Mgr Michel Dubost, évêque d’Evry-Corbeil-Essonne, et de Mgr Pascal Gollnisch, directeur général de L’Œuvre d’Orient à Paris, afin de montrer la solidarité de l’Eglise de France envers les chrétiens d’Irak. Les prélats ont rencontré les chrétiens qui ont fui Mossoul, chassés par les extrémistes fondamentalistes de l’Etat islamique (EI).

Lundi soir 28 juillet 2014, lors de la célébration d’une messe à la cathédrale Saint-Joseph, à Erbil, au Kurdistan irakien, présidée par le patriarche chaldéen Louis Raphaël 1er Sako, le cardinal Barbarin a annoncé la création d’un jumelage entre le diocèse de Lyon et le diocèse de Mossoul. Cette annonce a été accueillie par une ovation par plus de 1’000 personnes venues participer à la messe, dont de nombreux réfugiés de Mossoul.

Le départ des chrétiens n’améliorera pas la situation en Irak

Interviewé par le magazine français «Famille chrétienne», le cardinal Barbarin estime que le départ des chrétiens n’améliorera pas la situation en Irak. Interrogé sur la récente proposition du gouvernement français d’accorder l’asile aux chrétiens d’Irak, il se dit «perplexe». «Il s’agit certes d’un geste de générosité, mais je crains qu’il ne suscite beaucoup de désordre. D’abord, parce que de nombreux chrétiens vont se dire: on s’en va, car il vaut mieux partir que mourir. Et on comprend qu’ils veuillent avant tout sauver leur vie et celle de leur famille. Ensuite, qui la France va-t-elle accueillir? Peut-elle accueillir 10’000 ou 40’000 chrétiens? Comment va-t-elle s’y prendre? C’est encore très flou».

«On donnera des visas et les familles seront accueillies avec générosité en France, mais ici, qui va les encourager à rester? Ce matin déjà, il y avait la queue devant le consulat de France pour obtenir un visa! Ce n’est pas en faisant partir tous les chrétiens d’Irak qu’on améliorera la situation ici et que l’on stoppera la violence. Le patriarche (Louis Raphaël 1er Sako, ndlr) le dit souvent: ‘Les chrétiens sont des facteurs de paix, et ils peuvent, rien que par leur présence, éviter de faire dériver le pays vers une plus grande violence'».

Les maisons des chrétiens marquées d’un «n» par les islamistes

En Irak depuis le 28 juillet avec la délégation épiscopale française, le cardinal Barbarin raconte dans «Famille chrétienne» les intenses moments de rencontre qu’il a partagés avec les chrétiens de Mossoul, réfugiés depuis dix jours dans les villages voisins de la ville aux mains des islamistes. Certains d’entre eux sont encore terrorisés par ce qu’ils ont vu et vécu.

«Chacun d’entre eux a pu nous raconter la façon dont ils vivaient avec leurs voisins, la manière dont leur maison a été marquée (désignée par la lettre arabe «n», pour Nazaréen, «chrétien» en arabe, ndlr), comment ils en ont été chassés, puis la façon dont ils ont été spoliés de leurs biens à la sortie de la ville. Dans ces moments de grande épreuve, il y a heureusement toujours des marques de délicatesse et d’amitié. Comme ces voisins d’un quartier musulman qui, horrifiés par ce qu’ils voyaient, ont aidé certains chrétiens à quitter la ville».

Pas grand espoir de retrouver leurs foyers

A la question de savoir si les réfugiés ont un espoir de revenir un jour chez eux, le cardinal Barbarin rappelle qu’ils ont déjà été chassés une première fois en juin, puis ils sont revenus. «Cette fois-ci, ils ont l’impression qu’ils ne reviendront plus». Le patriarche de l’Eglise chaldéenne, Mgr Louis Sako, essaye de les apaiser: «Il faut fonder votre espérance dans votre foi. J’ai parlé avec le pape il y a trois ou quatre jours, il a beaucoup insisté pour que nous restions ici et que nous gardions notre place. Nous sommes sur cette terre depuis vingt siècles, bien avant les musulmans. Nous devons réussir à vivre ensemble!»

Le patriarche chaldéen affirme que la visite de la délégation française redonne courage aux chrétiens qui ont dû fuir Mossoul. «Ils voient concrètement que l’on pense à eux». Le cardinal Barbarin estime lui aussi qu’il faut encourager les chrétiens d’Irak menacés par les jihadistes de l’Etat islamique (EI) à rester dans ce pays où ils ont développé depuis des siècles «un art de vivre ensemble qui est aussi une grande richesse pour l’humanité». Rappelons que les chrétiens d’Irak étaient plus d’un million dans le pays avant l’invasion américaine de mars 2003 – lancée sans l’aval de l’ONU –, ils ne sont plus qu’un tiers aujourd’hui. (apic/com/be)

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