Avoir conscience de «ne pas être à la hauteur»

Suisse: Mgr Charles Morerod évoque très librement son rapport au pouvoir

Lausanne, 6 août 2014 (Apic) «Il faudrait être complètement fou pour désirer être pape», apprend-on de Mgr Morerod dans une interview de RTS La Première où l’évêque de Lausanne, Genève et Fribourg confie, avec beaucoup de liberté, son rapport au pouvoir. Le même jour, dans Le Matin, il revient sur les mesures concrètes que son diocèse a prises en faveur des victimes d’abus sexuels. Si les tons sont très différents, les questions ne sont pas esquivées et les réponses claires.

Dans une interview accordée à RTS La Première et diffusée dans le cadre d’une série intitulée «Les couleurs du pouvoir», l’évêque de Lausanne, Genève et Fribourg révèle quelques aspects du «pouvoir» qu’octroie son ministère épiscopal. Un pouvoir entre guillemets puisque Mgr Morerod rappelle d’emblée qu’il est «limité». A l’extérieur, «parce que l’Eglise n’a plus véritablement de pouvoir social» – une «libération» selon l’évêque qui ne s’en plaint pas –, mais également à l’intérieur de ses murs, puisque l’autorité épiscopale dépend de nombreuses autres instances.

«Et si vous deveniez pape?»

Pour exercer une haute fonction dans la relation des hommes avec Dieu, il faut avoir conscience de «n’être pas à la hauteur», affirme l’évêque, avant de rire de bon cœur lorsque la journaliste lui lance: «Et si vous deveniez pape?» Alors que certaines voix s’accordent à lui prédire la pourpre cardinalice, pourquoi ne pas voir les choses en très grand? «Je veux bien laisser les autres fantasmer là dessus, mais, si on sait ce que c’est réellement que d’être pape, il faut être complètement fou pour le désirer, a-t-il rétorqué. Un nonce apostolique m’a confié que le pape pourrait être remplacé par une statue de plâtre pour les deux tiers de ses activités. On attend de lui qu’il soit là, qu’il soit simplement présent et qu’on puisse se faire photographier avec lui. Dans le fond, ça ne lui laisse que très peu de temps pour lui-même, ce qui est assez terrible».

A l’aise dans ce genre d’exercice, Mgr Morerod ne manie pas la langue de bois: «C’est vrai qu’il n’y a pas de transparence totale dans l’Eglise. Il y a une transparence partielle, comme dans la plupart des décisions politiques ou dans les entreprises. Cela tient en partie au fait que l’on ne peut pas tout dire».

Il confie également avoir eu l’occasion de rencontrer des politiciens qui avaient beaucoup de peine à lâcher leurs responsabilités. C’est là une limite de l'»expérience du pouvoir» qui l’interpelle: «Est-ce que je serai suffisamment déformé quand j’arriverai à l’âge de la retraite pour avoir envie de m’y accrocher [à sa fonction épiscopale]. Je n’espère pas. Ce serait un peu pathétique. On en reparlera dans vingt ans», conclut l’évêque avec cette once d’espièglerie qu’on lui connaît.

La question plus délicate des abus sexuels

Dans un tout autre registre, Mgr Morerod s’est également exprimé dans le quotidien romand Le Matin du 6 août 2014 au sujet de l’action de son diocèse face aux abus sexuels. Le ton de l’interview est accusateur et les réponses plus concises. Dans les propos de la journaliste, il est principalement question d’argent comme moyen compensatoire. «Pourquoi l’Eglise n’a pas encore trouvé le moyen d’organiser des quêtes en faveur des victimes?», interroge-t-elle. «Notre système est hélas lent», rétorque l’évêque, en précisant: «Nous allons demander des contributions à certaines entités ecclésiales».

Au-delà de l’aspect financier, l’évêque assure avoir rencontré toutes les personnes abusées qui ont sollicité un entretien, «soit une quinzaine». Des mesures ecclésiastiques ont été prises et parfois «en marge de la légalité». Des discussions avec les associations de victimes, mais également avec des conseillers nationaux visent à éclaircir le problème de la prescription.

L’évêque précise enfin qu'»un acte de contrition ne suffit pas. Si l’auteur [d’abus] est vivant, l’Eglise peut prendre des mesures, comme lui retirer son ministère. Et cela arrive!» (apic/rts/lematin/pp)

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