Le Père Rodriguez est accusé d’avoir transmis des objets illégaux à des détenus
San Salvador, 7 août 2014 (Apic) Au Salvador, l’Eglise catholique est très préoccupée par l’arrestation, le 30 juillet 2014, de Don Antonio Rodriguez. Le prêtre espagnol, connu pour sa pastorale auprès des plus pauvres, est soupçonné de collusion avec un dangereux gang, la mara M-18. La police l’accuse principalement d’avoir transmis clandestinement des objets illégaux à des détenus.
Mgr José Luis Escobar Alas, archevêque de San Salvador, la capitale du pays, a exigé dans son homélie du dimanche 3 août, des explications aux autorités sur l’arrestation du Père Rodriguez, rapporte le 7 août 2014 Radio Vatican. «L’Eglise respecte la justice, mais nous sommes surpris et grandement préoccupés par l’arrestation du Père Antonio», a dit l’archevêque. Il a relevé le souhait de l’Eglise que le système judiciaire éclaircisse l’affaire au plus vite et agisse en conformité avec la vérité et la justice.
Mgr Escobar Alas a également rappelé, dans son homélie, tous les bienfaits réalisés par le prêtre espagnol en faveur des pauvres à travers la pastorale sociale de la paroisse. Pour cette raison, le prélat a invité les fidèles à prier pour le Père Rodriguez et à lui exprimer toute leur affection et solidarité.
Lors d’une conférence de presse, l’archevêque de San Salvador a souligné que tous les évêques du pays étaient «préoccupés» par cette arrestation soudaine du prêtre et souhaitaient que l’affaire puisse être résolue le plus tôt possible.
Des sympathisants du prêtre, qui appartient à la congrégation de la Passion de Jésus-Christ, ont protesté publiquement contre son arrestation. Ils ont manifesté leur soutien le 4 août devant le tribunal de San Salvador.
Selon le quotidien salvadorien «La Prensa grafica», l’affaire a aussi provoqué de l’indignation en Espagne. Près de 300 personnes on manifesté à Daimiel, le village natal du Père Rodriguez, au centre du pays, réclamant l’impartialité de la justice et la remise en liberté du prêtre.
Le prieur de la Congrégation passioniste de Daimiel, le Père Jesus Maria Gaston, a relevé que les accusations de transmission d’objets illégaux de la part du prêtre étaient irréalistes, compte tenu du fait qu’il devait passer par des contrôles très sévères avant de pouvoir accéder aux détenus. Le Père Gaston trouve également étrange que le président salvadorien Sanchez Ceren se soit empressé d’affirmer qu’il ne s’agissait pas d’une persécution contre l’Eglise, alors que personne ne l’en avait accusé.
Don Antonio gérait depuis plusieurs années un programme de réhabilitation pour les jeunes détenus dans la banlieue de San Salvador. Il est également connu pour avoir servi en 2012 de médiateur, avec d’autres prêtres, dans une guerre entre deux gangs, les Mara Salvatrucha, M-13, et le Barrio 18, M-18, faisant baisser temporairement le nombre d’homicides*.
La justice retient plusieurs charges contre le prêtre catholique, sous enquête depuis mars 2013. Il aurait introduit en prison des objets illégaux destinés au leader du M-18. La procureure Elsy Amaya l’a également accusé, le 5 août, d’avoir eu des conversations avec des responsables pénitentiaires non identifiés afin qu’ils diminuent l’intensité des dispositifs de blocage des réseaux cellulaires dans les prisons, pour permettre aux membres du gang d’utiliser leurs téléphones de contrebande afin d’extorquer leurs victimes à l’extérieur de la prison. Elsy Amaya a affirmé posséder des enregistrements téléphoniques dans lesquels le prêtre peut être entendu en train de faire cette requête, rapporte l’agence de presse américaine AP. La justice l’accuse également d’avoir œuvré et obtenu le transfert de prisonniers dans des prisons moins sévères. Le prêtre avait été relâché sous caution le 4 août, mais à nouveau arrêté quelques heures plus tard, indique l’AP.
Don Antonio Rodriguez, mieux connu sous le nom de «Père Tonio», se déclare innocents des griefs qui lui sont adressés. Selon l’AP, le prêtre, qui est un opposant acharné de la stratégie anti-gangs du gouvernement, estime qu’il est ciblé à cause de son «honnêteté».
Il a été arrêté avec 127 autres personnes durant une vaste opération de police menée dans la capitale salvadorienne. Selon les autorités, les personnes arrêtées, parmi lesquelles douze policiers, trois juges et deux fonctionnaires du ministère public, sont accusées d’appartenir à des structures criminelles.
Le Salvador vit depuis longtemps dans un climat d’intense violence causée par les gangs et la criminalité organisée qui luttent pour le contrôle du marché de la drogue en se servant des jeunes issus des quartiers populaires et des petits délinquants recrutés dans la rue ou en prison. Une tentative d’arrêter ces affrontements mortels a été menée par les communautés et par l’Eglise catholique, mais avec des résultats malheureusement encore modestes.
Bien que l’augmentation des meurtres de jeunes, uniquement coupables de ne pas vouloir entrer dans les bandes, ait provoqué une réaction dans l’opinion publique, la violence dans le pays ne cesse de croître, touchant de plus en plus souvent également les enfants. (apic/rv/ag/rz)
*(Voire l’article de l’Apic du 1er avril 2014: «Mgr Fabio Colindres, l’évêque qui veut faire cesser la violence des maras»)
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