Vietnam: Un rapporteur spécial de l’ONU dénonce la surveillance des autorités durant son enquête sur la liberté religieuse

Graves violations des principes de confidentialité

Hanoi, 8 août 2014 (Apic) Le rapporteur spécial des Nations Unies, Heiner Bielefeldt, qui a achevé, le 31 juillet 2014, un voyage d’enquête de 11 jours sur la situation de la liberté religieuse au Vietnam, a dénoncé la volonté d’obstruction et la surveillance des autorités. Selon le fonctionnaire, la Sécurité publique a gravement violé les principes de confidentialité des rencontres avec des représentants de minorités religieuses.

Heiner Bielefeldt a fait part de ses premières conclusions dans une conférence de presse tenue à Hanoi, la capitale du Vietnam, peu avant son retour aux Etats-Unis, rapporte le 8 août 2014 Eglises d’Asie (EdA), l’agence d’information des Missions Etrangères de Paris.

Les premiers jours du voyage du rapporteur spécial ont été consacrés à des rencontres avec les représentants de certaines autorités civiles concernées par la question religieuse. Le fonctionnaire de l’ONU et son équipe ont entendu les exposés et les explications de hauts responsables des ministères de la Justice et de l’Education nationale. Ils ont aussi honoré un certain nombre de rendez-vous avec des membres du Bureau gouvernemental des Affaires religieuses ainsi que des représentants du Comité d’union des catholiques, une association dépendante, non de l’Eglise catholique mais du Front patriotique. Toutes ces rencontres ont été mentionnées par la presse officielle. Par contre, cette dernière est restée très discrète sur les rencontres du rapporteur et de son équipe avec les représentants des communautés religieuses qui n’acceptent pas le patronage du gouvernement vietnamien.

Surveillance constante

Au cours des trois derniers jours passés au Vietnam, Heiner Beilefeldt devait prendre contact avec certains fidèles de ces religions non reconnues par le gouvernement. Dans sa conférence de presse du 31 juillet, le rapporteur a déclaré que cela n’avait pas été possible à cause de la surveillance de la Sécurité publique. Il a même affirmé publiquement qu’il s’agissait là d’une «grave violation» des principes que les deux parties s’étaient engagées à respecter.

Heiner Bielefeldt a appris que certaines personnes qu’il voulait rencontrer avaient été mises sous haute surveillance, menacées, harcelées ou encore empêchées de circuler par la police. Celles qu’il a rencontrées auraient été en outre surveillées et interrogées. Il a ajouté que ses propres déplacements avaient été surveillés et que l’intimité et la confidentialité des rencontres avec les divers témoins n’avaient pas pu être assurées.

Le problème des religions non reconnues

Le représentant des Nations Unies a néanmoins constaté une certaine amélioration de la situation religieuse. Selon lui , l’espace réservé aux culte s’est élargi bien que certaines régions rurales n’aient qu’un nombre de lieux de culte limité et trop peu de temps pour les activités religieuses. «D’une manière générale, a-t-il ajouté, les multiples religions du Vietnam fonctionnent paisiblement et sans conflit, sous la gestion de l’Etat».

Le rapporteur a cependant insisté sur le cas des communautés religieuses indépendantes ne relevant pas des grandes religions reconnues par l’Etat. Il a cité le caodaïsme, le bouddhisme Hoa Hao, le bouddhisme vietnamien unifié… Heiner Beilefeldt a fait remarquer que si l’on considérait le droit à la liberté religieuse comme un droit universel, il devait pouvoir être exercé avant même d’être reconnu par l’Etat.

Heiner Bielefeldt a cependant affirmé qu’à cause des difficultés rencontrées, son voyage au Vietnam ne lui avait pas permis d’émettre un jugement définitif sur l’attitude des autorités à l’égard des religions, et qu’il lui faudrait pour cela de plus amples informations.

Les propos tenus pendant la conférence ne constituaient qu’un sommaire de son rapport d’enquête, lequel ne devrait être publié dans sa totalité qu’au mois de mars 2015. (apic/eda/rz)

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