Irak: Pour le nonce, les conquêtes djihadistes sont le fruit d’un échec du renseignement occidental

Le pape aurait voulu se rendre auprès des chrétiens d’Irak

Bagdad, 11 août 2014 (Apic) Le nonce apostolique en Irak, Mgr Giorgio Lingua, a affirmé à Radio Vatican que la situation actuelle dans le pays était le fruit d’un «échec du renseignement», notamment américain. Face aux conquêtes des djihadistes, le pape François a décidé d’envoyer sur place le cardinal Fernando Filoni. Ce dernier a indiqué, dans une déclaration au Centre télévisé du Vatican (CTV), le 11 août 2014, que le pontife aurait souhaité se rendre lui-même auprès des chrétiens chassés de leurs villes et réfugiés par dizaines de milliers au Kurdistan irakien.

«Malheureusement, on intervient pour arranger une situation que l’on pouvait prévenir», a dénoncé Mgr Lingua. «Le problème principal est celui des armes», a-t-il souligné, s’interrogeant sur leur provenance et leur sophistication. Les terroristes ne sont pas producteurs d’armes, donc elles doivent bien arriver de quelque part, a relevé le diplomate, demandant que suite à cet «échec du renseignement», les contrôles soient intensifiés à ce niveau. «Sinon, a-t-il prévenu, on n’en finira jamais».

Alors que les Etats-Unis ont commencé à frapper de façon ciblée les positions djihadistes, le Saint-Siège a donné un feu vert à demi-mot à cette intervention. «Peut-être que l’action militaire est nécessaire en ce moment», a affirmé Mgr Silvano Tomasi, observateur permanent du Saint-Siège à l’ONU. Cette position contraste vivement avec l’opposition à toute intervention en Syrie. En septembre 2013, le pape François avait même organisé une journée de prière et de jeûne afin d’éviter la guerre.

Position cohérente

Pourtant, selon le vaticaniste américain John Allen, cité par l’Agence France Presse (AFP), cette position n’a rien d’étonnant. «La perception au Vatican, c’est que la réalité présente est apocalyptique et qu’il n’y a pas d’alternative. En 2003 et en 2013, on avait jugé que ce qui suivrait un renversement de Saddam Hussein ou de Bachar el-Assad créerait une situation pire pour les chrétiens. En 2014, qu’est-ce qui pourrait être pire pour eux qu’une victoire de l’Etat islamique?» Pour Manilo Graziano, professeur de géopolitique à La Sorbonne, cette position du Saint-Siège est «cohérente». La ligne suivie est celle de «la défense de la communauté chrétienne», explique-t-il à l’agence I.MEDIA.

La perte d’une richesse

Face à une situation qui ne cesse d’empirer, le pape a décidé d’envoyer dans le pays le cardinal Filoni, ancien nonce en Irak, en signe de solidarité. Dans une déclaration diffusée par le CTV, le prélat a assuré que le pape François «aurait voulu être là-bas, au milieu de cette pauvre population». L’ancien nonce en Irak a rappelé que «traditionnellement c’est un pays dans lequel vivent beaucoup de réalités» et que depuis des centaines et des centaines d’années, minorités et majorités coexistent. «Il serait vraiment dommage, aujourd’hui, de perdre cette richesse», a insisté le chef de dicastère. Le cardinal Filoni a invité les chrétiens d’Irak à sentir que l’Eglise universelle est avec eux, qu’elle ne les abandonne pas, mais aussi à avoir encore confiance en eux-mêmes et dans les relations qu’ils peuvent établir avec les autres. (apic/imedia/mm/mb/rz)

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