Québec : Décès de l'abbé Raymond Gravel, militant de la cause gay

Souvent en porte-à-faux avec le magistère de l’Eglise

Québec, 16 août 2014 (Apic) Décédé lundi d’un cancer du poumon à l’âge de 61 ans, l’abbé Raymond Gravel a marqué le paysage religieux et social québécois. Par son franc-parler, ses prises de positions tranchées, souvent en porte-à-faux avec le magistère de l’Église catholique : pro-choix en matière d’avortement, pour le mariage entre personnes de même sexe, appuyant la nouvelle loi québécoise sur l’aide médicale à mourir. Il aura su «faire jaser» comme le dit l’expression québécoise.

Les personnes de la communauté LGBT – lesbiennes, gaies, bisexuelles et transgenres – ont été certainement marquées par le prêtre, rapporte le service d’infornation proximo. D’abord par le fait qu’il n’ait jamais renié le fait qu’il était lui-même homosexuel et qu’il n’ait jamais caché son passé difficile et atypique : prostitution, drogue, puis barman dans deux clubs populaires des années 1980, avant de finalement entrer au séminaire.

«L’abbé Gravel fut un acteur d’une importance inestimable pour son apport et son engagement à défendre les droits et la place des homosexuels dans l’Église catholique, mais aussi au sein de la société», déclare Steve Foster, directeur général du Conseil québécois LGBT. Il indique que l’abbé Gravel « était très apprécié », des personnes LGBT. « On parle peu des gens qui sont croyants dans la communauté gay. Il les a aidés dans leur acceptation. On ne mesure pas ce qu’il a laissé, ce qu’il a semé, le nombre de gens qu’il a aidé et côtoyé.»

L’évêque refuse de commenter

L’évêque de Joliette, Mgr Gilles Lussier «n’a pas voulu commenter le décès de l’abbé Gravel parce qu’habituellement, il ne commente pas le décès d’un de ses prêtres, tout simplement », a indiqué Gilles Ferland, responsable des communications au diocèse. « En bon père de famille, il essaie d’être équitable envers tous ses prêtres.» Mgr Lussier cependant présidé les funérailles de l’abbé Gravel, «comme il le fait pour tous ses prêtres».

L’abbé Raymond Gravel s’est fait connaître du grand public pour ses positions sociales libérales et pour avoir contesté à plusieurs reprises les doctrines de l’Église catholique dans les médias.

Député du Bloc québécois de 2006 à 2008, il a dû renoncer à briguer un nouveau mandat à la suite d’un ultimatum du Vatican, qui lui a ordonné de choisir entre l’Eglise et la politique.

Raymond Gravel a toujours mis l’accent sur l’importance pour l’Eglise de faire preuve de compassion et d’être au diapason de ses fidèles. Il a dénoncé à de multiples reprises le conservatisme de l’institution et son intransigeance.

«L’Église ne peut plus continuer à tenir un langage d’interdits et de condamnations», écrivait-il dans une lettre ouverte le 23 avril 1999. «Ce faisant, elle prouve, une fois de plus, à la face du monde entier, jusqu’à quel point elle est déconnectée de la réalité.» Ses déclarations en tant que prêtre et en tant que député lui ont valu les foudres de plusieurs regroupements catholiques. (apic/proximo/mp)

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