Soudan du Sud : Le conflit menace les progrès réalisés pour mettre fin à l’utilisation d’enfants-soldats

L’enrôlement d’enfants-soldats a repris dans les deux camps

Nairobi, 27 août 2014 (Apic) Le conflit actuel au Soudan du Sud menace de saper tous les progrès réalisés jusqu’à présent pour mettre fin à l’utilisation d’enfants-soldats, estime Leila Zerrougui, représentante spéciale du Secrétaire général des Nations Unies pour le sort des enfants en temps de conflit armé.

Dans une déclaration le 26 août 2014 à l’agence d’information de l’ONU IRIN, Leila Zerrougui relève que le gouvernement du Soudan du Sud a signé en 2012 avec les Nations Unies un plan d’action pour mettre un terme à l’utilisation d’enfants-soldats. Mais le conflit en cours compromet les progrès réalisés en la matière.

Une situation confirmée par Human Rights Watch (HRW) le 21 août. A fin 2013, le secrétaire général des Nations Unies signalait que l’APLS (Armée populaire de libération du Soudan) avait fait des progrès tangibles pour mettre fin à son utilisation d’enfants-soldats. Mais lorsque le conflit actuel a éclaté, l’enrôlement d’enfants a augmenté. HRW cite des témoins selon lesquels le gouvernement aurait eu recours à des enfants pour combattre dans les récents affrontements à Bentiu, la capitale de l’État d’Unité, et dans la ville voisine de Rubkona. Des dizaines d’enfants en uniforme militaire, armés de fusils d’assaut, déployés avec les soldats des forces gouvernementales tiraient sur les positions ennemies.

«L’armée et les fonctionnaires d’Etat à Bentiu ont admis que leurs forces comprenaient des enfants de moins de 18 ans. Mais ils ont affirmé que, depuis le début du conflit, des enfants venaient les trouver pour leur demander de les protéger et de leur donner du travail », précise HRW. Selon les ONG, des enfants sont utilisés comme soldats aussi bien par le gouvernement que par l’opposition.

Lors d’un passage au Soudan du Sud, en juin, «j’ai vu des enfants armés dans les rues», note Mme Zerrougui, des Nations Unies. «David Yau Yau – le chef du Mouvement/Armée démocratique du Soudan du Sud, un groupe armé comptant un grand nombre d’enfants dans ses rangs, nommé depuis administrateur de la région du Grand Pibor, est venu m’accueillir à Gimuruk. Certains des soldats qui l’accompagnaient étaient des enfants.»

«Nous avons une politique qui nous interdit l’enrôlement d’enfants et nous vérifions ceux qui sont dans nos rangs pour qu’ils puissent être confiés à des organisations humanitaires pour leur réinsertion. Selon les informations dont je dispose, il pourrait y en avoir environ 149, mais nous sommes toujours en cours de vérification», a déclaré le porte-parole de l’armée du Soudan du Sud, Phillip Aguer.

Au moins 9’000 enfants-soldats selon l’UNICEF

En avril dernier, le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) a indiqué que plus de 9’000 enfants étaient utilisés comme soldats dans le conflit au Soudan du Sud.

Dans le plan d’action de 2012, le gouvernement s’était engagé à ne plus enrôler ni utiliser des enfants-soldats et à mettre fin à toute autre violation grave des droits des enfants. Ce plan a donné lieu à la démobilisation de plus de 1’000 enfants, à des ordres interdisant leur enrôlement et leur utilisation et à la création d’une unité de l’APLS consacrée à la protection des enfants. En juin dernier, le gouvernement a renouvelé cet engagement.

En mai 2014, l’ancien vice-président Riek Machar, qui dirige maintenant les forces d’opposition, s’est également engagé à « prendre immédiatement toutes les mesures pour éviter de graves violations des droits des enfants », y compris l’utilisation d’enfants comme combattants.

Selon les membres d’ONG locales, ces promesses ne sont pas tenues et l’enrôlement d’enfants-soldats est particulièrement courant dans les Etats du Nil supérieur, du Jonglei et d’Unité, le plus touchés par la guerre. Les notables locaux se chargent parfois de l’enrôlement pour le compte des groupes armés. Ils disent aux parents que les enfants vont combattre l’ennemi, c’est-à-dire les autres tribus. Les parents cèdent facilement, mais dans certains cas, l’enrôlement se fait de force. En outre, dans les régions les plus touchées par le conflit, comme celle de Bentiu, l’absence d’écoles fait que les enfants sont désoeuvrés et donc plus facilement attirés par les groupes armés.

En décembre 2013, les troupes des chefs ennemis du pays, Salva Kiir Mayardit et Riek Machar, ont entamé une meurtrière guerre civile qui a déraciné des millions de personnes et détruit leurs maisons et leurs moyens de subsistance. (apic/irin/mp)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/l-enrolement-d-enfants-soldats-a-repris-dans-les-deux-camps/