Une visite sous le signe de la joie
St-Maurice, 2 septembre 2014 (Apic) L’avènement du nouveau régime égyptien dirigé par Abdel Fattah al-Sissi, depuis juillet 2013, a été «un soulèvement du peuple pour la liberté», a martelé le 1er septembre 2014 le patriarche copte orthodoxe égyptien Tawadros II, de passage à l’Abbaye de St-Maurice, en Valais. Le ‘pape’ copte a placé sa visite sous le signe de la joie, notamment pour lui de se rendre dans un lieu où ses «ancêtres» ont témoigné si puissamment de la foi chrétienne par le martyre.
Les flashs de la presse suisse mais aussi égyptienne, présente en nombre pour l’occasion, ont crépité lors de l’arrivée de la délégation copte dans la salle capitulaire de St-Maurice, où Tawadros II a donné sa conférence de presse. L’ambiance était, selon le mode égyptien, cordiale et participative, puisqu’une partie de l’assistance aidait régulièrement l’interprète attitré du patriarche à traduire le plus correctement possible en français les subtilités de la langue arabe.
Introduisant la prise de parole du patriarche, Mgr Joseph Roduit, Père-Abbé de St-Maurice, a tenu à saluer le courage du dignitaire orthodoxe, rappelant qu’au plus fort des violences antichrétiennes dans le Pays du Nil, il avait appelé les chrétiens à renoncer à la vengeance et à faire de la fumée des églises incendiées «un encens de prière».
Tawadros II a tout d’abord exprimé sa joie de pouvoir visiter le monastère établi sur les lieux où saint Maurice, dirigeant la légion de Thèbes, dans le sud de l’Egypte, a donné un témoignage immémorial de la foi chrétienne. Le chef de l’Eglise copte orthodoxe a souligné qu’un des éléments communs à tous les martyrs était la profession de la «joie». Pour le dirigeant religieux, «l’alléluia» est au cœur du message chrétien, c’est le reflet d’une saine vie spirituelle et le «signe de l’union des enfants de Dieu à travers le monde».
A cet égard, le patriarche a souligné la bonne entente régnant actuellement entre les différentes confessions chrétiennes d’Egypte, rapprochées par les souffrances récemment endurées.
Car sous le règne des Frères musulmans, qui ont occupé le pouvoir de juin 2012 à juillet 2013, l’Egypte est passé par un «tunnel obscur», assure le patriarche, invité à St-Maurice dans le cadre des 1500 ans de l’Abbaye. Il a expliqué que, tout au long de la longue et riche histoire de l’Egypte, les chrétiens du pays n’avaient jamais été confrontés à la violence, jusqu’aux événements du Printemps arabe. Une révolution légitime du peuple, mais qui a été «prise en otage» par les islamistes. La période sombre marqué par le règne du président Mohamed Morsi a été «une année perdue», affirme Tawadros II. Le prix payé par les coptes et tous les Egyptiens a été et est encore énorme, assure-t-il. Il rappelle que plus de 100 églises et édifices religieux ont été attaqués, certains incendiés et complètement détruits.
Ainsi, pour le patriarche, le nouveau président, Abdel Fattah al-Sissi, représente «l’espoir» des Egyptiens, autant des musulmans que des chrétiens. Cette nouvelle espérance est incarnée dans le projet d’agrandissement du canal de Suez. Une initiative commune qui reflète, selon Tawadros II, le nouveau désir de l’Egypte d’offrir ses services au monde extérieur.
Le patriarche copte a également abordé la souffrance des chrétiens hors d’Egypte, notamment ceux de Syrie, d’Irak ou du Nigeria. Il a appelé les pays occidentaux à faire pression pour que les violences cessent et que les droits humains soient respectés. Regrettant un certain «mutisme» de l’Occident à cet égard, il a noté que son Eglise avait diffusé de nombreuses condamnations des persécutions contre les chrétiens dans le monde et avait organisé une aide humanitaire pour ces derniers. Tawadros II a souligné que l’objectif final était d’assurer la stabilité sur les terres des chrétiens, afin qu’ils puissent y rester. Il a ajouté que la beauté des nations résidait dans leur diversité, une diversité créée et voulue par Dieu, sur le modèle de celle que l’on peut trouver dans le monde végétal et animal.
En conclusion de l’allocution du patriarche, qui a rencontré le pape François en mai 2013 au Vatican, Mgr Roduit a confirmé que l’Occident avait perdu de vue la foi chrétienne et que le jubilé de l’Abbaye avait notamment pour but de rappeler l’importance de cette foi pour le continent européen.
Pour clore la conférence de presse, Tawadros II a demandé des prières pour lui-même, pour les coptes et pour tous les chrétiens. «C’est en étant unis dans la prière que nous transmettons aux autres la force de l’Esprit saint», a lancé le patriarche égyptien.
A la fin de l’assemblée, la délégation des bords du Nil a offert à l’Abbaye une icône copte représentant la fuite de la Sainte famille en Egypte. Des copies d’une autre icône figurant la même scène ont également été distribuées aux chanoines et aux organisateurs du jubilé. (apic/rz)
Des photos de la conférence de presse et de Tawadros II sont disponibles auprès de l’apic au prix de 80.– la première, 60 les suivantes.
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