Un recours généralisé à la torture par la police et l’armée
Londres, 4 septembre 2014 (Apic) Le nombre de cas signalés de torture et de mauvais traitements a augmenté de 600% au cours de la dernière décennie au Mexique, dénonce, le 3 septembre 2014, un nouveau rapport d’Amnesty International (AI). L’organisation invite fermement le gouvernement mexicain à agir immédiatement pour mettre fin au recours généralisé et persistant à la torture par la police et l’armée.
Le rapport d’une centaine de pages, intitulé ›Hors de toute mesure. La torture et les autres mauvais traitements au Mexique’, fait état d’une augmentation importante de la torture et des autres formes de mauvais traitements dans ce pays, et de la prédominance de la tolérance et de l’impunité. A ce jour, seuls sept tortionnaires ont été déclarés coupables par des tribunaux fédéraux.
«Les autorités ne peuvent pas continuer à fermer les yeux sur la torture», a déclaré Erika Guevara Rosas, directrice du programme Amériques d’Amnesty International. Omettre systématiquement d’appliquer les garanties contre la torture et les mauvais traitements, et mener des enquêtes qui pêchent souvent par leur partialité et minimisent la gravité des faits, est symptomatique d’un gouvernement qui ne protège pas les droits humains, estime AI
Entre 2010 et fin 2013, la Commission nationale des droits humains a reçu plus de 7’000 plaintes pour torture et autres mauvais traitements. Récemment, en 2014, le nombre de plaintes a diminué, mais il reste bien plus élevé qu’il y a 10 ans.
Dans les diverses régions, des témoins ont raconté à Amnesty International comment ils ont été frappés et menacés de mort et soumis à des violences sexuelles, à des décharges électriques et à la quasi-asphyxie alors qu’ils étaient entre les mains de la police ou des forces armées. Le but de ces traitements était souvent de leur extorquer des aveux ou d’obtenir qu’ils incriminent d’autres personnes dans des infractions graves.
AI cite le cas d’Angel Amilcar Colon Quevedo, un noir de nationalité hondurienne, qui du fait de son statut de migrant et de la couleur de sa peau a été arrêté et torturé par la police. Ils l’ont frappé, quasiment asphyxié à l’aide d’un sac en plastique, déshabillé de force, contraint à effectuer des actes humiliants et couvert d’insultes racistes. Inculpé sur la base de la déclaration faite à la suite de ce traitement, il est actuellement en prison dans l’attente de son procès. Amnesty International l’a reconnu comme prisonnier d’opinion. Le rapport contient des informations sur plus d’une vingtaine de personnes torturées alors qu’elles étaient détenues par les autorités mexicaines.
Bien que l’utilisation d’aveux obtenus par la force soit formellement prohibée par la loi, les magistrats continuent de les retenir comme preuves. De telles pratiques encouragent le recours à la torture, dénonce AI. Les procès ainsi faussés et les condamnations prononcées à leur issue portent atteinte à la crédibilité de la justice. Les rares fois où des enquêtes officielles sont réellement menées sur des allégations de torture, elles sont souvent entachées d’erreurs, constate AI.
AI exige une réforme radicale du système d’enquête sur les allégations de torture et de mauvais traitements. Elle demande notamment une application complète des normes du ›Protocole d’Istanbul’, reconnues par la communauté internationale. Les autorités mexicaines doivent veiller en outre à ce que les éléments de preuve collectés par les médecins experts indépendants puissent être acceptés comme tels dans les procédures judiciaires. (apic/com/mp)
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