«Ce voyage a modifié notre regard sur la Suisse et sur le monde»

Congo RDC: Cinq Fribourgeois découvrent une Afrique paisible à l’Hôpital de Monvu

Fribourg, 3 septembre 2014 (Apic) Plus de 1’500 morts en Afrique de l’Ouest, l’épidémie de fièvre hémorragique Ebola se répand… En République démocratique du Congo, les victimes de viols se comptent par dizaines de milliers… Famine, sida, corruption, conflits à répétition … Trop souvent véhiculée par les médias, une image uniformément négative colle à l’Afrique. La réalité sur le terrain peut être bien différente, confirment les cinq Fribourgeois qui ont accompagné le Père Claude Maillard, cet été, visiter l’hôpital de Monvu, sur l’île d’Idjwi, au milieu du lac Kivu.

Située dans le Sud-Kivu, en République démocratique du Congo, cette île de 45 km de longueur, a une superficie de 315 km² . «Une zone rouge» sur le site du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), lance avec un large sourire Alexandre Horner, directeur du Centre de formation des métiers de la terre et de la nature (CFTN), à Grangeneuve (FR).

Le Kivu, une «zone rouge» pour le DFAE

«En arrivant à Bukavu, on nous annonce que 260 prisonniers se sont évadés, une des barges provenant de Goma venait de couler… Et pourtant, sur l’île, on n’a pas ressenti la moindre insécurité. Comme il n’y a que trois voitures à Idjwi, il n’y a pas de risque de se faire écraser», plaisante-t-il. Les habitants de l’île d’Idjwi sont pauvres, mais ils disposent d’un bien précieux dans cette région d’Afrique: la paix.

Depuis un an président de l’Association de soutien à l’Hôpital de Monvu-Idjwi – une initiative lancée en 1994 par le Père Claude Maillard, un missionnaire d’Afrique qui a vécu dans la région de 1970 à 1993 -, Alexandre Horner voulait s’imprégner à nouveau de la réalité africaine. En 1987, l’ingénieur agronome avait travaillé durant six mois comme stagiaire de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ), à Mulungu, à une cinquantaine de kilomètres d’Idjwi.

«En reprenant la présidence de l’Association, j’avais besoin de savoir si ce qu’on faisait dans l’association était juste. Je n’étais pas retourné au Congo depuis 27 ans! Quatre personnes supplémentaires se sont jointes à nous: la géographe Joëlle Goyette, professeure à l’Ecole d’ingénieurs et d’architectes de Fribourg, l’infirmier-urgentiste Jean-Michel Rossier, professeur à la Haute école de santé de Fribourg, le docteur Pierre Gachoud, de Marly, qui a travaillé comme médecin au Pérou, et le dessinateur géomètre Bernard Schmoutz, de Fribourg».

Un hôpital abandonné à l’indépendance

Ce dernier a travaillé comme volontaire du mouvement «Frères sans frontières» (FsF) durant trois ans, pour reconstruire l’hôpital, qui avait appartenu aux plantations de la colonie belge. «L’hôpital, abandonné à l’indépendance, était partiellement en ruine. Les piroguiers avaient l’habitude de se servir de ce qu’ils pouvaient emporter: portes, fenêtres… C’est dans cet état que j’avais trouvé les lieux, que l’on a pu réhabiliter! L’hôpital a pu être rouvert en 1984. Je n’y étais pas retourné depuis 1991».

Comme nouveau président, assure Alexandre Horner, «tout comme les autres participants, j’ai pris sur mes vacances. Le voyage était à nos frais. Nous voulions donner un signe. Il ne fallait surtout pas obérer les finances de notre petite association. Cela nous permis d’être tout à fait libres. Notre association est basée sur la durabilité, c’est sa force». D’autres ONG financent un projet et puis se retirent après quelques années. «Cette manière de faire a un impact assez nocif sur la population».

«Pour construire l’hôpital, les habitants de l’île ont cotisé, ils ont payé quelque chose, ce qui fait qu’ils peuvent à juste titre considérer l’hôpital comme le leur! On veut que les gens s’impliquent financièrement selon leurs moyens».

Le Père Claude Maillard, cheville-ouvrière du projet

Pour les visiteurs de cet «hôpital fribourgeois» au cœur des Grands Lacs, la présence du Père Claude Maillard – qui fut curé de la paroisse de Kashofu – a été précieuse, leur permettant de comprendre la culture locale et la mentalité de cette population qui vit sur cette île préservée des conflits qui agitent la région. Plus de 200’000 habitants vivent dans cet endroit d’une grande beauté, mais sans électricité ni un mètre de route goudronnée. Très isolé, le territoire vit dans une grande pauvreté, aggravée par les maladies de la banane et du manioc.

«Il y a des gens qui ne mangent que tous les deux jours; on rencontre sur les chemins des enfants qui ne peuvent payer l’école, qui sont habillés de haillons. Ceux qui ont les moyens sont très bien habillés et sont très dignes. Les familles qui ont pu accumuler un peu d’argent échangent leur toit de feuilles de bananiers, qui fuitent lorsque tombe la pluie, par des plaques de tôle».

Attentif aux conditions d’hygiène de cet hôpital d’une centaine de lits – avec seulement trois médecins – Jean-Michel Rossier a salué le travail effectué malgré le manque évident de moyens. «J’ai rencontré des collègues d’un très bon niveau, et les problèmes qu’ils rencontrent sont un peu les mêmes que chez nous, avec moins de matériels disponibles. Si les dossiers patients ne sont pas informatisés, ils sont par contre bien tenus. Souvent on pense apporter des choses, mais on reçoit aussi beaucoup !»

Joëlle Goyette a été frappée par le fait que tout le personnel de l’hôpital est africain, tous des gens du Kivu. Elle a constaté que sur l’île, il y a très peu de distractions, alors beaucoup partent à Bukavu, «mais les gens qui restent sont vraiment motivés, ils ont un fort sentiment d’appartenance à la communauté».

«Partout sur l’île, note la géographe, on voit désormais de petits panneaux solaires chinois: ils servent à recharger les téléphones portables. Cela révolutionne la vie!» L’association a également contribué à cette modernisation: depuis quelques jours, l’hôpital dispose d’un accès à internet. Pour son premier voyage en Afrique, le docteur Gachoud, qui est ami avec le Père Claude depuis le temps du Collège, est enthousiaste: «Avec les trois médecins de l’hôpital, on était sur la même longueur d’onde. J’ai travaillé comme médecin à Macusani, sur l’altiplano péruvien, à 4’300 m d’altitude, avec peu de moyens, alors je peux comprendre. Durant tout le temps passé à l’hôpital, j’ai pu ressentir la confiance et la compétence du personnel. On sait que l’argent que l’on envoie est bien utilisé».

«Le boulot que l’on a fait il y a trente ans n’a pas été en vain»

Pour Bernard Schmoutz, l’hôpital s’est bien développé et est bien entretenu. «On voit que le boulot que l’on a fait il y a trente ans n’a pas été en vain, que les premiers panneaux photovoltaïques installés en 1985 fonctionnent toujours». C’est Bernard Schmoutz en effet qui avait installé les premiers panneaux solaires et construit les premières petites maisons en adobe (briques de terre crue). «Elles sont toujours là». Alors qu’au début il n’y avait qu’un apprenti maçon qui travaillait avec lui, maintenant une cinquantaine de «cheche», des maîtres d’apprentissage, sont à l’œuvre sur l’île et offrent même leurs services jusqu’à Bukavu.

Pour le moment, un autoclave chauffé au charbon de bois – qui sert à stériliser les matériels médicaux-chirurgicaux – est hors service, et il n’y a pas de technicien sur place pour le réparer. C’est le prochain achat que va financer l’association de soutien à l’Hôpital de Monvu, qui va également renforcer l’approvisionnement énergétique, en développant les installations photovoltaïques. «Ce voyage a modifié notre regard sur la Suisse et le monde. Cela nous a permis un retour sur l’essentiel, c’est une interpellation pour vivre «autrement» dans le respect de nos différences», lancent, unanimes, les visiteurs d’Idjwi. (apic/be)

Siège de l’Association Aide à l’Hôpital de MONVU (reconnue d’utilité publique par l’Etat de Fribourg) Rte de la Vignettaz 57 – 1700 Fribourg CCP 17-10667-8

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