Sur fond de lutte d’influence avec l’Etat islamique
New Delhi, 5 septembre 2014 (Apic) Ayman al-Zawahiri, le leader du groupe terroriste islamiste Al-Qaïda, vient d’annoncer dans un message vidéo la création d’une branche indienne du mouvement, avec l’objectif d’étendre le jihad dans le sous-continent. L’annonce survient sur fond de lutte d’influence avec l’Etat islamique (EI). Al-Qaïda et le groupe établi en Syrie et en Irak revendiquent tous deux la direction du jihad global.
S’exprimant alternativement en arabe et en ourdou, le chef d’Al-Qaïda a annoncé dans une vidéo de 55 minutes, diffusée sur internet le 4 septembre, qu’une branche de la mouvance islamiste allait être créée pour l’Asie du Sud. La mission de cette unité sera de «lancer le jihad dans toute l’Inde», mais aussi en Birmanie et au Bangladesh, partout «où règnent l’injustice et l’oppression», rapporte Eglises d’Asie (EdA), l’agence d’information des Missions Etrangères de Paris. Parmi les régions «à délivrer», Ayman al-Zawahiri a cité l’Assam, le Gujarat, mais aussi Islamabad, capitale du Pakistan, ainsi que le Cachemire.
Le groupe «al-Qaeda in the Indian Subcontinent» (AQIS) sera chargé «d’anéantir les frontières artificielles» qui divisent les musulmans dans cette partie du monde, pour les rassembler sur un même territoire, a poursuivi le chef terroriste.
Le leader islamiste a conclu en appelant la communauté musulmane de l’Inde à se soulever pour «lever le drapeau de la guerre sainte, rétablir la charia (loi islamique) et libérer les terres qui lui appartenaient avant que l’ennemi infidèle ne les occupe». L’étape suivante étant de «rétablir les califats», territoires placés sous l’autorité d’un calife, cumulant les fonctions de chef d’Etat et de chef religieux.
Cette nouvelle branche d’al-Qaïda, a expliqué Ayman al-Zawahiri, sera formée du regroupement, déjà établi depuis deux ans, de combattants dépendant de l’autorité du Pakistanais Assim Oumar, lui-même subordonné au chef des talibans afghans, le mollah Mohammed Omar, auquel Ayman al-Zawahiri a renouvelé sa loyauté dans sa vidéo.
Une déclaration qui semble destinée à dissocier clairement cette nouvelle formation de combattants du jihad de celle du tout récent Etat islamique (EI), dont le calife autoproclamé fin juin, Abou Bakr al-Baghdadi, fait régner la terreur en Irak et en Syrie. Revendiquant chacun la seule légitimité à conduire la «guerre sainte», ces deux mouvements issus d’al-Qaïda (Abou Bakr al-Baghdadi a rompu avec Ayman al-Zawahiri en 2013) ont tous deux appelé les groupes jihadistes à leur prêter allégeance.
Le mouvement islamiste responsable des attentats du 11 septembre 2001 à New York a récemment subi de lourdes pertes financières dues au fait que les bailleurs de fonds du jihad mondial voient désormais l’EI comme une organisation plus crédible. L’appel à fonder de nouveaux califats pourrait permettre de rallier des combattants qui se sont éloignés d’al-Qaïda, faute d’y trouver les actions armées concrètes pour lesquelles ils s’entraînaient.
Le fait qu’Ayman al-Zawahiri se soit également adressé aux jihadistes en ourdou, et non seulement en arabe, est un signe fort vis-à-vis de la communauté musulmane indienne. L’ourdou, parlé au Pakistan et dans le nord de l’Inde, est considéré comme la langue identitaire de l’islamité du sous-continent, explique EdA.
Les fidèles de l’islam constituent quelque 15% des 1,2 milliard d’habitants de l’Union indienne, faisant de ce pays la troisième nation musulmane du monde.
La vidéo tombe à un moment propice pour la propagande islamiste, alors que la communauté musulmane de l’Inde est dénigrée et discriminée, en particulier depuis l’arrivée au pouvoir de l’hindouiste extrémiste Narendra Modi en mai dernier, lequel est soupçonné d’être responsable des pogroms antimusulmans dans son Etat du Gujarat en 2002.
Suite à l’authentification de la vidéo, les services de renseignements indiens et les ministères chargés de la sécurité de plusieurs Etats ont été mis en état d’alerte. (apic/eda/rz)
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