Ukraine: Kiev envoie une aumônerie militaire au milieu des affrontements
Kiev, 5 septembre 2014 (Apic) Lorsque les soldats blessés aperçoivent l’abbé Igor Lipchanski dans l’hôpital de campagne de Kharkov, ils réagissent de façon très diverses. « Certains demandent que je prie pour eux », raconte le jeune aumônier gréco-catholique. Peu parmi les grands blessés ne souhaitent recevoir le sacrement des malades. Certains soldats blessés lors des combats contre les séparatistes prorusses à l’est du pays s’exclament: « Je n’ai pas l’intention de mourir! »
Igor Lipchanski fait partie des quelques dizaines d’aumôniers présents aux côtés des soldats de l’armée ukrainienne. Il y a plusieurs mois, il a participé à une formation proposée par le ministère de la défense en compagnie de psychologues et de travailleurs sociaux. Depuis début août, au moment où des soldats blessés ont afflué dans les hôpitaux de campagne, il réconforte les patients et prie avec eux.
Le gouvernement ukrainien s’est montré longtemps réticent à l’engagement d’aumôniers dans l’armée. Et encore aujourd’hui, l’aumônerie militaire ne repose sur aucune base légale. Le gouvernement a cependant exprimé clairement sa volonté en faveur de l’engagement de prêtres auprès de l’armée et de la garde nationale, et il a l’intention de le légaliser. Le concept de ministère de la défense est presque terminé, assure-t-on à Kiev. Les Eglises saluent cette initiative, même s’ils la considèrent comme tardive.
Malgré sa joie de voir ce projet se réaliser, le secrétaire général du synode des évêques gréco-catholiques, l’évêque auxiliaire Bogdan Dziurach, regrette que l’importance de l’aumônerie militaire n’ait été perçue que lorsque la guerre a éclaté dans l’est de l’Ukraine. Le gouvernement doit comprendre que « les aumôniers ne doivent pas représenter une option facultative pour l’armée, mais que leur mission est essentielle pour nos soldats ». Les Eglises veulent être considérées comme des partenaires par l’Etat, lorsque le bien-être spirituel des soldats est en jeu. Mais jusqu’à présent, des préjugés marqués par l’hostilité face aux Eglises, dont les racines remontent à l’époque soviétique, ont bloqué ce projet au niveau des bureaucraties.
Plus de 50 prêtres gréco-catholiques sont actuellement engagés dans l’aumônerie militaire. Plusieurs parmi eux accompagnent les troupes gouvernementales dans les combats vers Donetsk et Lugansk. « Bien sûr que nous voulons augmenter le nombre d’aumôniers militaires », affirme Mgr Dziurach. Les candidats doivent cependant encore se former en vue de leur engagement sur le terrain.
Selon le gouvernement ukrainien, le conseil du ministère de la défense chargé du projet d’aumônerie estime que 180 prêtres devraient être engagés auprès des soldats. En 2009 déjà, le ministère avait invité des représentants des Eglises à participer à ce conseil. Un premier projet voyait le jour deux ans plus tard.
En 2013, l’Eglise gréco-catholique éditait un livre de prières à 10’00 exemplaires à l’intention des soldats. A plusieurs reprises, l’Eglise a assuré son soutien aux troupes gouvernementales dans le cadre des combats et a même récolté de l’argent pour procurer de nouveaux casques. Elle assure cependant que les prêtres ne porteront jamais d’armes.
L’abbé Lipchanski affirme pour sa part qu’il ne bénit pas les soldats « pour la guerre, mais pour la paix ». « Et en l’occurrence, nous ne partons pas au combat pour conquérir une terre étrangère ». Il s’agit plutôt de défendre l’Ukraine, assure-t-il. Il prie « pour que le calme soit rétabli, pour que le Seigneur protège ces jeunes, afin qu’ils restent en vie et rentrent des combats indemnes, et pour que les blessés se rétablissent ». (apic/kna/oh/sy/bb)
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