Valais: Le Père Jean-Marie Lovey sera ordonné évêque de Sion le 28 septembre
Sion, 16 septembre 2014 (Apic) Un homme de la montagne? «C’est vrai que je le suis» acquiesce Jean-Marie Lovey, 64 ans. Le religieux est issu d’une grande famille paysanne d’Orsières, dans le district d’Entremont en Valais. Enfant, durant l’été, il se trouvait souvent sur l’Alpe avec le troupeau de vaches. Plus tard, comme religieux, il a vécu encore plus haut: à l’Hospice des chanoines, au sommet du col du Grand-Saint-Bernard, à 2’500 mètres d’altitude.
La vie en montage, affirme-t-il, incite à tout point de vue à la «simplification», à la simplicité. L’agence Apic a rencontré le futur évêque de Sion au couvent de Maria Bronnen, près de Weilheim, en Allemagne, à deux pas de la frontière suisse, où il a mis à jour ses connaissances en allemand avant de se lancer dans la direction de son diocèse bilingue.
Non, il n’est pas un guide de montagne, au sens professionnel du terme. Mais, lors de très nombreuses randonnées, il a accumulé beaucoup d’expériences comme guide, souligne Jean-Marie Lovey. Il parle posément, formule ses réponses prudemment. Un véritable homme de la montagne. Mais un évêque n’est-il pas à sa façon un guide de montagne? La comparaison l’inspire.
Dans une cordée, une expédition en montagne ne peut réussir que si le plus faible atteint aussi le but, souligne-t-il. C’est pourquoi il faut prendre constamment en compte les forces du plus faible. Et, de façon inattendue, celles-ci peuvent parfois se révéler grandes. Il en est de même dans l’Eglise: «Le plus faible doit pouvoir progresser à son propre rythme. Et en même temps, il développe toujours des forces, qui peuvent se révéler bien plus importantes que ce que l’on imaginait».
Que Jean-Marie Lovey pense que l’élection du pape François est ce qui a pu arriver de mieux à l’Eglise ces dernières années apparaît clairement au long de la discussion. François a touché les gens dès le premier soir avec des gestes et des signes dépouillés, qui ont rayonné bien au-delà de l’Eglise. L’Eglise a encore et toujours besoin d’espaces dans lesquels chacun se sente profondément accepté en tant qu’humain, indépendamment de ses convictions religieuses et de ses orientations personnelles, affirme le Père Lovey. Et lorsque le pape François répète inlassablement que l’Eglise se trouve là où les hommes sont pauvres, méprisés, repoussés et se retrouvent dans les marges de la société, il indique en même temps à quel point Dieu est tendresse et miséricorde.
Au début juillet, le pape François a nommé Jean-Marie Lovey comme successeur de Mgr Norbert Brunner en tant qu’évêque de Sion. Plusieurs semaines plus tard, le religieux ne cache pas qu’il va se lancer dans ses nouvelles responsabilités avec une certaine appréhension. Et cela, non seulement parce qu’il aura aussi à faire avec les Suisses allemands dans son diocèse bilingue. Ces 5 dernières années, il était certes prévôt des chanoines du Grand-Saint-Bernard et par là même supérieur général de la congrégation, avec siège à Martigny. Mais à ses yeux, la responsabilité en tant que berger d’un diocèse paraît bien plus lourde à porter.
Après plusieurs nuits plus ou moins sans sommeil suite à sa nomination d’évêque, il a essayé de se raisonner: «Si Dieu t’appelle à cette fonction, il veut que tu mettes à disposition ce que tu es, et non quelque chose d’autre. Il te connaît mieux que toi-même. Pour le reste, Il agira lui-même, avec Sa grâce».
Le sentiment d’insécurité n’a pas encore totalement disparu, constate-t-il, même si à l’intérieur de lui, il a dit «oui» à sa nomination. Car il ne sait pas encore vraiment en quoi consistera son activité. «Je me dis simplement: en tant qu’évêque, tu dois être le plus proche possible des gens. Tu dois connaître leurs réalités de vie, avec toutes leurs préoccupations et leurs joies!»
Ce qui le préoccupe également, c’est que la fonction d’évêque comprend une importante part administrative. Il est clair qu’une administration et un appareil administratif sont nécessaires, mais on peut légitimement se demander si un tel investissement en temps et en énergie n’est pas trop grand, et s’il n’est pas finalement au détriment d’une pastorale qui se veut directement au service du bien des hommes. «La quantité de structures, d’associations, de fondations, de séances, de groupes, de sous-groupes et de commissions avec lesquels l’évêque doit fonctionner! Cela ne devrait pas se passer ainsi», affirme Jean-Marie Lovey.
Il y a encore quelque chose qui lui reste sur l’estomac: sa future demeure, la maison épiscopale à Sion. Elle est actuellement habitée par deux personnes: l’évêque et le vicaire général. Impensable. D’abord, il s’était demandé si, en tant qu’évêque, il pourrait continuer d’habiter dans la communauté des chanoines du Grand-Saint-Bernard à Martigny. Il a ensuite raisonné autrement. «Cela aurait l’apparence qu’en tant qu’évêque, je serais aussi un fonctionnaire. Il arrive le matin, il repart le soir, et finalement il vit sa vie.» A ses yeux, la résidence épiscopale doit être un lieu dans lequel se retrouvent plusieurs personnes qui partagent une véritable vie communautaire entre travail, échanges et prière.
Jean-Marie Lovey se souvient volontiers de ce temps qu’il a vécu à l’Hospice des chanoines du Grand-Saint-Bernard, à près de 2’500 mètres d’altitude, à la frontière avec l’Italie. Durant 7 mois par année, l’hospice n’est atteignable qu’à pied ou à skis.
Dans cet univers montagneux, en tant qu’homme d’Eglise, il a pu expérimenter combien les relations peuvent être simples et authentiques entre des personnes très différentes qui ont sué pour atteindre le sommet du col. Les différences sociales et autres ne jouent alors plus aucun rôle. Et cela renforce sa conviction: «Oui, il est important que nous autres religieux soyons en haut, afin de proposer notre hospitalité aux gens de passage. Nous posons un signe, mais nous laissons à chaque visiteur la liberté de faire ce qu’il veut.»
Indication: La cérémonie de consécration épiscopale se déroulera dimanche 28 septembre à 14h30 à la cathédrale de Sion.
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