Centre Islam et Société: des remugles populistes qui nuisent à l’image de Fribourg
Fribourg, 17 septembre 2014 (Apic) Bien que les inscriptions pour l’année académique 2014-2015 soient encore ouvertes jusqu’à la mi-novembre, le nombre d’étudiants inscrits à l’Université de Fribourg est en légère croissance. Il devrait atteindre à la rentrée quelque 10’300. Les nouveaux inscrits sont plus de 2’000. Si les étudiants d’autres cantons sont en léger recul, les étudiants étrangers et les Fribourgeois sont par contre en augmentation. «Les nouveaux inscrits de l’extérieur pour un master ont augmenté de 10%, ce qui montre l’attractivité de notre Université», a noté le 17 septembre le professeur Guido Vergauwen, recteur sortant de l’Alma mater friburgensis.
Le recteur note que si les chiffres sont encore provisoires, la progression touche toutes les Facultés, mais en particulier celles des sciences (2’000 étudiants), qui compte une centaine d’étudiants de plus que l’année précédente, et de théologie, qui passe de quelque 300 à 350. «On voit maintenant l’effet des étudiants qui viennent pour le master, qui arrivent à Fribourg en provenance d’autres universités de Suisse et de l’étranger», complète le vice-recteur Thomas Hunkeler.
Lors de la conférence de presse annuelle de l’Université, questionné par les journalistes, le recteur a déploré la polémique surgie à propos du projet de Centre Islam et Société, qui est encore en discussion (voir encadré). Il s’est par contre réjoui que l’Institut Adolphe Merkle (AMI), à ses débuts logé dans l’ancien bâtiment de l’usine Ilford à Marly, a désormais emménagé dans les locaux rénovés de l’ancienne Clinique Garcia ainsi que dans un nouveau complexe, relié aux bâtisses préexistantes. Disposant de 7’500 mètres carrés au cœur de la ville de Fribourg, il remplit les exigences des chercheurs de pointe à tous les points de vue, a souligné Guido Vergauwen.
Il abritera également dans ses nouveaux locaux le Pôle de recherche national (PRN) pour les matériaux bio-inspirés, lancé début 2014, qui, à Fribourg, compte déjà 12 doctorants et post-doctorants, ainsi que 4 collaborateurs, et associera une soixantaine de chercheurs au travers de projets communs dans toute la Suisse. Le TechTransfer Fribourg (TT-FR), le Bureau de transferts de technologies commun à l’AMI, à l’Université de Fribourg et à la Haute école d’ingénieurs et d’architectes, aura également bientôt son siège dans ces locaux. L’AMI et son équipe – actuellement 70 collaborateurs – ont emménagé dans leurs nouveaux locaux début septembre.
L’AMI a également accueilli Ullrich Steiner, professeur réputé en physique de la matière molle, précédemment actif en tant que professeur de physique des matériaux à l’Université de Cambridge. A l’AMI, il dirigera la Chaire de physique de la matière molle. Le recteur est fier d’accueillir une telle «pointure» venue de la prestigieuse université, ce qui prouve l’importance de Fribourg et l’excellence de son Université.
A l’occasion de son année de Jubilé, l’Université de Fribourg lance «Quali+», un nouveau programme complémentaire unique pour des étudiants particulièrement ambitieux. Sans bourse délier, ils auront la possibilité d’acquérir, en cours du soir, en parallèle à leurs études de master, des qualifications supplémentaires en droit, en économie ou en philosophie, «trois points forts de la haute école fribourgeoise». La réalisation de ce programme est rendue possible grâce au soutien financier de Michelin à la Fondation Université Fribourg.
Thomas Hunkeler se réjouit de cet engagement de Michelin, qui se monte à quelque 700’000 francs sur 6 ans. «91 étudiants en master sont déjà inscrits. Cela leur permettra d’acquérir un petit ‘plus’ qui leur permettra de se distinguer et de compléter leur profil professionnel, facilitant ainsi leur accès au marché du travail», précise le vice-recteur.
Conséquence de la votation fédérale du 9 février dernier «Contre l’immigration de masse, Fribourg a connu un sévère recul des échanges «Erasmus»: – 38%, sur un nombre oscillant entre 200 et 300 étudiants ces dernières années. Cette diminution pourrait entraîner à terme une baisse du nombre de Fribourgeois admis à l’étranger. Faute de pouvoir garantir une bourse aux étudiants, certaines universités – notamment en Europe de l’Est – ont tout simplement rayé la Suisse de la liste des échanges, ce qui explique le recul des inscriptions. Pour des Universités qui ont des cours de slavistique, c’est un coup dur, souligne Thomas Hunkeler.
Fribourg a par contre pu conclure trois nouveaux partenariats avec des universités «d’élite» chinoises: elle ouvre ainsi de nouvelles possibilités pour les étudiants et les jeunes chercheurs dans le domaine de la mobilité. Ces nouveaux accords d’échange ont été signés avec l’Université de Funda (Shanghai), «souvent décrite comme le Harvard chinois», la Beijing Foreign Studies University (Pékin) et l’University of Electronic Science and Technology de Chengdu (Province du Sichuan).
Aujourd’hui déjà, l’Université Fribourg remarque l’intérêt croissant pour les séjours d’étude ou de recherche dans les universités chinoises: 16 étudiants en droit et 25 en économie ont déjà profité de cette opportunité depuis 2012. Afin que les étudiants puissent également profiter de ce partenariat sino-suisse à Fribourg, l’Université prévoit de renforcer cette collaboration au niveau de l’enseignement, par exemple en proposant de courts séjours fribourgeois à des professeurs chinois. La tradition de recevoir des Chinois à Fribourg remonte à la création du Foyer St-Justin en 1927 par l’abbé François Charrière, futur évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, sous l’impulsion du Père Vincent Lebbe, un missionnaire belge de l’ordre des Lazaristes. Envoyé en Chine, il fut le promoteur d’une Eglise catholique véritablement chinoise.
Encadré
La polémique sur le Centre Islam et Société – et les débats émotionnels au Grand Conseil fribourgeois provoqués par les parlementaires de l’UDC auxquels se sont alliés pour la circonstance des députés radicaux et démocrates-chrétiens – a nui à l’image de Fribourg et à celle de son Université. Les responsables de l’Université, qui travaillent sur ce dossier avec la Confédération – notamment avec le secrétaire d’Etat Mauro Dell’Ambrogio, que le recteur Guido Vergauwen rencontrait à Berne l’après-midi du 17 septembre – ont été étonnés des réactions populistes suscitées par ce projet. La Faculté de théologie de Fribourg a une orientation internationale et interdisciplinaire et dispose d’une longue expérience du dialogue oecuménique et interreligieux. Interrogé par l’Apic, le recteur s’est inquiété de la tournure qu’ont prise les discussions, alors qu’on n’en est qu’à l’état de l’ébauche et que le centre n’existe pas encore. Il va prendre langue avec le conseiller d’Etat fribourgeois Jean-Pierre Siggen, directeur de l’Instruction publique, «afin de savoir comment calibrer l’image et la mise en place d’un tel centre». Des contacts seront pris ultérieurement avec différents partis, mais il n’y a pour l’instant pas lieu de changer. Pour le vice-recteur Thomas Hunkeler, c’est justement cette polémique qui justifie la nécessité d’avoir un tel lieu où les questions peuvent être posées. «Il permettra d’avoir un débat sur la question de l’islam, qui est de toute façon toujours présente dans le public et les médias». (apic/be)
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