L'appartenance identitaire de l'ethnie musulmane absente du dernier recensement

Birmanie: Le gouvernement veut faire disparaître la dénomination ethnique «rohingya»

Naypyidaw, 22 septembre 2014 (Apic) Les Rohingyas, qui forment une ethnie musulmane de l’ouest de la Birmanie victime de discrimination et de violences de la part de la majorité bouddhiste, sont confrontés aux tentatives du gouvernement d’éradiquer jusqu’au mot qui les identifie en tant que groupe. Dans le dernier recensement effectué par les autorités birmanes, l’on ne trouve aucune mention d’une appartenance identitaire «rohingya».

Beaucoup des 800’000 musulmans de l’ouest du Myanmar sont déjà apatrides et bien souvent retenus contre leur gré dans des camps pour personnes déplacées, indique le 21 septembre 2014 IRIN, le réseau de communication de l’Organisation des Nations Unies (ONU).

Au cours des dernières décennies, plusieurs dizaines de milliers de Rohingyas se sont enfuis en Malaisie et jusqu’à un demi-million au Bangladesh voisin. Un nombre indéterminé d’entre eux se trouve également dispersé en Thaïlande, en Inde et en Arabie Saoudite.

Pendant de nombreuses années, les droits des Rohingyas ont été limités par les politiques gouvernementales, affirme IRIN. En juillet et octobre 2012, des violences ont éclaté entre Arakanais, de confession bouddhiste, et Rohingyas. Cette flambée de violence et les rafles policières qui l’ont suivie se sont soldées par la détention de 140’000 personnes, des Rohingyas pour l’essentiel, dans des camps construits par le gouvernement.

Les Rohingyas, transformés en Bengalis

Le Myanmar, qui n’avait plus organisé de recensement depuis 30 ans, s’est associé au Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA) pour son recensement de 2014.

Mais une question relative à l’appartenance ethnique répertoriant 135 options de groupes ne faisait pas figurer les Rohingyas.

Le gouvernement s’était initialement engagé à autoriser les Rohingyas à s’identifier par une option ‘autre’ ouverte. Mais deux jours avant le début du recensement, en mars 2014, des travailleurs humanitaires internationaux ont dû fuir l’ouest du Myanmar après avoir été pris pour cible par des émeutiers bouddhistes ayant attaqué leurs locaux au motif d’un prétendu parti-pris de la communauté humanitaire en faveur des Rohingyas. Le gouvernement est alors revenu sur sa promesse de recenser les Rohingyas pour des raisons de «sécurité».

Les personnes ayant demandé à être recensées en tant que «Rohingyas» n’ont ainsi pas été prises en compte. Certaines ont été autorisées à se recenser sous le terme «Bengali».

La menace du refus de citoyenneté

Même les acteurs humanitaires fournissant de l’aide évitent le «mot en R», assure IRIN.

Dans son rapport, un observateur international a qualifié le processus de recensement dans les secteurs rohingyas «d’échec total». Il a expliqué que les Rohingyas «souhaitaient ardemment participer au recensement mais en ont été empêchés par les agents sur le terrain et par les représentants du ministère de la Population».

En septembre, le gouvernement a publié les résultats provisoires du recensement, en précisant que les données relatives à l’appartenance ethnique ne seraient pas divulguées avant 2015, sous le motif que cela risquerait «d’attiser les tensions intercommunautaires».

IRIN redoute que les résultats du recensement, dans lequel ne figure aucun Rohingya, mais un nombre indéterminé de «Bengalis», ne soient exploités pour refuser d’accorder aux Rohingyas la citoyenneté birmane.

Les institutions internationales complices du gouvernement birman?

«Sous la pression du gouvernement prétendument civil du Myanmar, la communauté internationale a parfois l’air complice de l’éradication du mot «rohingya» du discours officiel», note IRIN.

En juin 2014, le gouvernement de Naypyidaw a demandé au Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) de s’excuser d’avoir employé le terme «Rohingya» lors d’une présentation. L’UNICEF a qualifié l’incident d’«erreur», affirmant n’avoir aucune intention d’engager le débat sur la question sensible de l’appartenance ethnique.

En juillet, le rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des droits de l’homme au Myanmar a expliqué qu’il lui était constamment demandé de ne pas employer le terme «Rohinyga» car il n’était pas reconnu par le gouvernement.

Lors de sa visite de l’Etat de Rhakine, où se trouve l’essentiel des musulmans du Myanmar, en septembre, la mission conjointe du Bureau de la coordination humanitaire (OCHA) et du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) a mentionné les «Arakanais» et les «musulmans», mais pas les «Rohingyas». La veille, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) avait employé les mêmes termes dans un communiqué, rapporte IRIN. (apic/irin/rz)

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