Un prélat à l’avant-garde du mouvement pro-démocratie
Hongkong, 4 octobre 2014 (Apic) Le cardinal Zen Ze-kiun, évêque catholique émérite de Hongkong, a exprimé son inquiétude, le 1er octobre 2014, que les manifestations pro-démocratie massives dans la ville chinoise ne soient durement réprimées par Pékin, comme sur la place Tiananmen, en 1989. Le prélat, depuis longtemps engagé dans le combat pour la démocratie, se joint régulièrement aux protestataires.
«Rien de semblable à ce qui se passe actuellement à Hongkong ne s’est jamais produit auparavant. Je ne peux que prier pour que cela ne se termine pas en un nouveau Tiananmen, la situation étant similaire à bien des égards. Nous devons prier pour que cela n’arrive pas!»
Dans une interview au magazine «America», le cardinal Zen a fait part de sa préoccupation concernant l’actuel bras de fer entre le gouvernement et les militants pro-démocratie, après les manifestations massives de fin septembre et la grande protestation du 1er octobre, fête nationale en Chine, où les militants du mouvement «Occupy Central» et de nombreux citoyens de Hongkong ont réclamé la démission du gouvernement. Le prélat chinois, qui soutient la lutte du mouvement pour la démocratie depuis ses débuts, a lancé dans le journal américain un nouvel appel en ce sens à la communauté internationale, rapporte Eglises d’Asie (EdA), l’agence d’information des Missions Etrangères de Paris.
Agé de 82 ans, le cardinal s’est tenu aux côtés des manifestants d’»Occupy Central» tout ce week-end ainsi que ces deux derniers jours, a-t-il confié à «America».
Pour le prélat, la situation est très dangereuse. Selon lui, le gouvernement ne semble pas encore s’être rendu compte de la gravité de la situation, ni de la colère des habitants de Hongkong. Les manifestants restent pacifiques, mais ils attendent une réponse des autorités, et rien n’est venu de ces dernières. «En attendant, nous devons persévérer dans l’unité, la non-violence et le pacifisme», a noté le cardinal.
L’évêque émérite craint néanmoins que des agents du gouvernement ne s’infiltrent dans les rangs du mouvement pour jouer les agitateurs et discréditer le mouvement.
Mgr Zen pense que le seul moyen de sortir de cette impasse est que le chef exécutif de cette région semi-autonome de Chine, Leung Chun-ying, démissionne.
Le cardinal s’est adressé aux étudiants lors des rassemblements qui se sont tenus la semaine dernière. Il s’est exprimé sur la doctrine sociale de l’Eglise ainsi que sur le droit à la résistance pacifique. Alors que la police avait maltraité certains des manifestants, il a sermoné les policiers, leur rappelant que les étudiants étaient leurs frères et leurs sœurs.
Le dimanche 28 septembre, il a célébré une messe au beau milieu de la manifestation d’»Occupy Central». «Nous nous attendions à être arrêtés, et même nous l’espérions dans la mesure où cela aurait pu permettre la sensibilisation des gens à notre cause ici et ailleurs dans le monde», a confié le cardinal Zen. Mais lorsque des dizaines de milliers de personnes ont commencé à se masser autour de l’esplanade, la police a soudain attaqué sans aucun avertissement la foule des manifestants pacifiques. Elle a lancé 87 bombes lacrymogènes et arrosé de spray au poivre la foule qui n’avait pour protection que ses parapluies. Bien que les policiers n’aient pas lancé les bombes lacrymogènes dans la zone occupée par Mgr Zen, ce dernier a dû se réfugier en hauteur pour se protéger des gaz irritants. Pour le prélat, cette attaque a provoqué une totale perte de respect du gouvernement de la part des Hongkongais.
Le cardinal a expliqué que les manifestants voulaient que Pékin et le gouvernement de Hongkong tiennent les promesses faites lors de la rétrocession de l’ancienne colonie britannique à la Chine en 1997, qui était d’autoriser le suffrage universel aux quelque sept millions d’habitants de Hongkong. Les autorités s’étaient engagées à mener une consultation générale sur la question avant de rendre leur décision pour les prochaines élections de 2017. Mais lorsque le mouvement pro-démocratie a émis des propositions suite au grand référendum auquel 800’000 personnes avaient participé il y a quelques mois, les autorités chinoises ont ignoré leurs revendications.
Au lieu de cela, elles ont décidé d’un système contrôlant totalement la procédure de candidature aux élections de l’exécutif.
Avec ses quelque 374’000 fidèles, le diocèse catholique de Hongkong apporte tout son soutien au mouvement pour une vraie démocratie, a assuré Mgr Zen. (apic/eda/rz)
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