Malaisie : Brûler une bible contribue-t-il à la défense de l’islam ?

Les chrétiens dénoncent l’attitude ‘scandaleuse’ du gouvernement

Kuala Lumpur, 11 octobre 2014 (Apic) la Fédération chrétienne de Malaisie a vivement dénoncé le 9 octobre 2014 la décision du pouvoir en place de ne pas poursuivre en justice le leader d’une organisation pro-malaise et pro-musulmane qui avait menacé d’organiser un autodafé de bibles, rapporte l’agence d’information des missions étrangères de Paris «Eglises d’Asie»

Selon le pasteur Eu Hong Seng, président de la CFM (Christian Federation of Malaysia), le pouvoir donne ainsi «carte blanche» (en français dans le texte) aux extrémistes pour menacer non seulement les chrétiens mais toutes les communautés religieuses autres que musulmanes.

La veille, Nancy Shukri, ministre chargée des Lois au sein du cabinet du Premier ministre, avait déclaré, dans une réponse écrite au Parlement, qu’Ibrahim Ali, chef de Perkasa, ne serait pas poursuivi pour avoir appelé les musulmans à se saisir des bibles écrites en malais afin de les brûler. Selon la ministre Ibrahim Ali n’avait pas agi avec l’intention de perturber l’harmonie religieuse du pays et qu’il n’avait cherché qu’à défendre le caractère sacré de l’islam. Elle précisait que le discours du leader de Perkasa était resté conforme à l’esprit de l’article 11, alinéa 4, de la Constitution fédérale, portant sur la liberté religieuse ainsi que sur l’interdiction à toute religion autre que l’islam de faire du prosélytisme en Malaisie (1).

Perkasa est une organisation ethno-nationaliste qui défend l’identité exclusivement musulmane de la composante malaise de la population de la Fédération de Malaisie. Elle est considérée comme proche de l’UMNO, le parti dominant de la coalition au pouvoir, le Barisan Nasional.

En janvier 2013, a la veille des élections générales s Ibrahim Ali n’avait pas hésité à appeler ses coreligionnaires musulmans à brûler les bibles en langue malaise, celles-ci utilisant le mot ›Allah’ pour dire Dieu. L’autodafé n’avait pas eu lieu, des poursuites judiciaires avaient été engagées pour «incitation à la haine religieuse». Une fois les élections passées, l’instruction n’était pas allée plus loin. Le dossier a fait alors l’objet d’une question parlementaire à laquelle a répondu la ministre Nancy Shukri.

Incitation à la haine religieuse

La CFM se dit scandalisée par «le fait qu’un appel à brûler notre Sainte Bible puisse être considéré comme un acte de défense de l’islam ». Il dénonce une attitude aussi scandaleuse qu’irresponsable Le président de la CFM ajoute qu’on ne saurait considérer qu’une menace ou un appel à perpétrer une action violente, à profaner les textes sacrés d’un autre citoyen malaisien puisse être tenu pour un acte défensif ». Le responsable chrétien conclut en appelant tous les membres du Parlement de bonne volonté, et quelle que soit leur appartenance ethnique, religieuse ou partisane » à s’unir pour voter une motion de censure contre la ministre.

En Malaisie, près de 60 % de la population est considérée par les autorités comme étant d’origine ethnique malaise et donc, de facto, comme appartenant à l’islam, qui a le statut de religion officielle. Les chrétiens, quant à eux, sont estimés à un peu plus de 9 % de la population, toutes obédiences confondues. (apic/eda/mp)

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