Sion/Fribourg: Le nouveau directeur du séminaire de Sion ne souhaite pas former des «super-héros»
Fribourg 13 octobre 2014 (Apic) L’abbé Joël Parlong est à la tête du séminaire de Sion depuis le 1er octobre 2014. Celui qui se définit volontiers comme un «prêtre heureux», succède à l’abbé Pierre-Yves Maillard. Si la formation des futurs prêtres diocésains lui tient à cœur, le nouveau directeur compte également parcourir son diocèse pour «éveiller des vocations». Au début de ce nouveau ministère, il partage avec l’APIC sa conception de cette mission confiée par le nouvel évêque de Sion, Mgr Jean-Marie Lovey.
APIC: Vous étiez en ministère dans le secteur paroissial de Conthey lorsque Mgr Lovey vous a demandé de prendre en charge la direction du séminaire de Sion. Vous sentez-vous prêt à assumer cette tâche particulière?
Joël Pralong: Lorsque Jean-Marie Lovey est venu à ma rencontre, il m’a dit: «Je cherche des prêtres heureux!», ce à quoi j’ai répondu: «Je suis un prêtre heureux et heureux de l’être!» Il m’a alors demandé si je voulais bien être un «grand frère» pour les séminaristes et prendre en charge le séminaire diocésain. J’avoue avoir d’abord éprouvé un sentiment de crainte et d’incapacité. Mais ensuite, de manière soudaine, j’ai saisi la correspondance entre son invitation et l’amour de prédilection que je porte pour le sacerdoce – quand bien même je ne connais pas tous les détails de cette mission. C’est la raison pour laquelle j’ai dit «oui». Au fond, vous savez, c’est un peu comme David. On est venu le chercher au pâturage, au milieu de ses moutons. Même chose pour moi: on m’a pris, démuni pour cette tâche, au «pâturage valaisan»! Or, David, «Doddi», était le «bien-aimé de Dieu» et je me suis toujours reconnu comme tel. J’ai souvent fait l’expérience de la générosité du Seigneur: on l’aime, on lui donne son «oui» et il nous offre les compétences que nous n’avons pas pour sa mission.
APIC: Quelle est la mission d’un directeur de séminaire à l’heure où les vocations sont «en crise»?
J.P: Les vocations sont en crise parce que la société est en crise. J’ai eu la chance de passer beaucoup de temps auprès des jeunes dans les écoles secondaires. Ils vivent dans une société de consommation qui les comble pour un temps, mais jamais en profondeur, laissant la place à un véritable vide existentiel. Au-delà de ce vide, j’ai pu également percevoir une soif profonde de vérité et d’absolu. Aujourd’hui, le rôle d’un directeur de séminaire est aussi de réveiller cette soif, d’éveiller des vocations.
APIC: Quelle est la recette pour former un bon séminariste?
J.P: En premier lieu, l’aider à trouver Dieu, à cultiver une amitié avec Dieu à travers toutes les couches de son être – physique, psychologique, affective, sexuelle et spirituelle. Il s’agit de l’aider à se percevoir pleinement humain sous le regard de Dieu pour entendre ce que Dieu veut de lui. Une telle écoute implique une vie humaine saine, dont l’équilibre est constitué par la prière, l’amitié partagée, une activité physique et, bien sûr, intellectuelle. Le séminaire doit donner à un jeune le cadre qui lui permette d’apprendre à devenir pleinement qui il est.
Je suis persuadé que le Seigneur n’invite pas des moitiés d’être à le suivre, mais des personnes complètes avec leurs fragilités, leurs questionnements, mais aussi leurs talents et leurs richesses. Nous ne formons pas des «super-héros». La fragilité fait partie de la vocation. D’ailleurs Jésus a toujours appelé des pauvres pour en faire des humains et des saints. Je suis parfois inquiet, face aux problèmes qu’a connus l’Eglise récemment, devant la tentation de «calibrer» les séminaristes pour en faire des «super-humains». Pour être prêtre, il ne faut pas avoir peur de nos fragilités, mais apprendre à les assumer. Tout l’enjeu est de faire de nos fragilités nos alliées. Il faut garder le privilège de la pauvreté.
APIC: Le prêtre de paroisse est-il un modèle en voie de disparition?
J.P: Je ne crois pas, mais il est vrai que de nombreux jeunes aspirent à un ministère qui soit porté par une plus grande proximité avec les autres, voire, pour certains, par une vie commune. Est-ce l’appel de l’Esprit? Ce qui est certain, c’est que nous avons à nous renouveler sans cesse pour nous départir de formes ministérielles qui repousseraient les jeunes. L’écoute de l’Esprit est primordiale pour discerner ce qui vient de Dieu parmi leurs aspirations.
Plus fondamentalement, être prêtre c’est se centrer sur le Christ. Or, une telle attitude n’est pas l’exclusivité des monastères. Elle peut se vivre en paroisse. Reste que le prêtre diocésain a besoin d’un soutien humain et spirituel au-delà de sa paroisse. Ce soutien pourra prendre plusieurs formes: la proximité avec d’autres prêtres, des amitiés à cultiver, ou tout ce qui contribuera à l’équilibre d’une vie.
Les séminaristes du diocèse de Sion se forment à Givisiez, à la Maison des séminaires, un lieu de vie commun pour les diocèses de Sion et de Lausanne, Genève et Fribourg. Le diocèse de Sion compte actuellement 3 séminaristes et 3 discernants, tandis que le diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg compte 4 séminaristes et 1 discernant. La Maison est dirigée conjointement par l’abbé Joël Pralong (Sion) et l’abbé Nicolas Glasson (LGF). (apic/pp)
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