Fribourg: Caritas Fribourg s’est installée dans l’enceinte du couvent des Cordeliers
Fribourg, 23 octobre 2014 (Apic) Caritas Fribourg, qui a quitté ses bureaux de Givisiez, s’est installée, début octobre, au quatrième étage de la « Maison du Père Girard », dans l’enceinte du couvent des Cordeliers, à la rue de Morat 8. L’association dispose désormais de locaux flambant neufs, plus vastes et facilement accessibles par les transports publics. Ainsi, écrit la directrice de Caritas Fribourg Petra Del Curto dans le numéro d’octobre de Caritas.mag, « notre œuvre d’entraide écrit aujourd’hui une nouvelle page de son histoire ».
Le magazine des Caritas des cantons de Fribourg, Genève, Jura, Neuchâtel et Vaud, évoque dans son numéro 10 l’histoire de cette œuvre diaconale catholique née dans le prolongement du Bureau de Charité créé par Léon Genoud en 1919 et organisée sous forme d’association en 1943. Depuis sa fondation, Caritas Fribourg travaille aux côtés des personnes en situation de précarité dans le canton. Grâce à ses nouveaux locaux, elle dispose désormais d’une plus grande surface pour faire face à l’évolution des besoins, proposer de nouvelles aides et renforcer les synergies avec d’autres organismes.
« S’il a fallu professionnaliser Caritas Fribourg au cours des années, en raison de la complexité toujours plus grande de la problématique sociale, l’esprit de charité demeure ! », souligne August Oberson dans l’édition d’octobre de Caritas.mag. A la tête de l’organisme de 1976 à 1990, il fut le premier laïc à ce poste et poussa à sa modernisation. August Oberson rappelle que le Bureau cantonal de Charité naquit dans les années 1920 d’une initiative de l’Association Populaire Catholique Suisse (APCS), le « Schweizerischer Katholischer Volksverein ». Il allait donner naissance plus tard à Caritas Fribourg.
« Dès ses débuts, c’était une œuvre de diaconie de l’Eglise qui puisait sa force dans le message de l’Evangile », témoigne August Oberson, qui venait du monde bancaire. Il était auparavant chef-comptable et fondé de pouvoir de la Banque Suisse de Crédits et de Dépôts, à Fribourg. Il avait été appelé par Caritas Suisse à Lucerne pour assainir la situation et mettre en place des structures plus adéquates, car, à l’époque, Caritas Fribourg traversait une crise. C’était la fin de « l’ère Vermot », du nom du Père Victor Vermot, un missionnaire de Saint-François de Sales, qui avait dirigé Caritas Fribourg durant un bon quart de siècle.
Ce qui a permis de faire grandir l’œuvre dans le canton fut l’arrivée des réfugiés du Vietnam et du Cambodge. Dans les années 1979 et 1980, Caritas Fribourg, chargé par l’Etat de prendre soin de quelque 645 réfugiés, avait mis sur pied des groupes de bénévoles qui s’occupaient de l’accueil et de l’intégration de ceux qui étaient destinés au canton de Fribourg. Deux centres d’accueil furent ouverts à Courtepin, dans le district du Lac, et à Montet, dans la Broye.
Près de 500 bénévoles, dans les paroisses et les communes, s’occupaient des personnes et des familles qui sortaient au fur et à mesure des centres d’accueil. Les bénévoles s’occupaient des questions administratives, de la mise sur pied de cours de langues, de l’intégration des enfants à l’école, de la santé, de la recherche d’un emploi… « C’était, dans tout le canton, un grand mouvement de solidarité et de fraternité ! Il fallait engager du monde pour prendre en main l’organisation. L’assistance aux requérants d’asile a été confiée plus tard à la Croix Rouge », confie l’ancien directeur de Caritas Fribourg.
A cette époque, Caritas avait lancé l’idée de réaliser un événement musical pour attirer l’attention de la population sur la situation désastreuse de millions de pauvres dans le monde. Ce fut la « Symphonie des deux Mondes », composée par l’abbé Pierre Kaelin, maître de chapelle de la cathédrale Saint-Nicolas, avec des textes de l’archevêque de Recife, Dom Helder Camara, l’évêque des pauvres au Brésil. C’est ensuite en 1982 le lancement du Service de réintégration des jeunes drogués, avec la mise sur pied du « Tremplin », dont Caritas va se séparer et qui se constituera en fondation privée, pour pouvoir bénéficier des subventions du canton et de la Confédération. « Jusqu’en 2007, l’abbé André Vienny en fut son directeur, tout en étant aumônier de Caritas ».
Caritas mena à bien la centralisation du marché de meubles d’occasion, du bric-à-brac et du vestiaire, sous le nom de « Caritout ». Cette nouvelle structure, qui s’appelle depuis 1989 « Coup d’Pouce – Les supermarchés de l’occasion », est un programme d’occupation pour des chômeurs en fin de droits et de réinsertion pour des personnes sorties du marché du travail. L’œuvre d’entraide catholique a encore été à l’origine de plusieurs autres services: « Notre aumônier a, par exemple, mis sur pied ›Jusqu’à la mort, accompagner la vie’ – une association de bénévoles qui s’appelle aujourd’hui ›Vivre avec la mort’ ».
Durant les 14 ans de « règne » d’August Oberson, Caritas passait de 3,5 postes de travail à 12,5, avec le concours de 22 collaboratrices et collaborateurs salariés. Depuis longtemps, note l’ancien directeur, l’Etat de Fribourg, selon le principe de subsidiarité, a confié des tâches à Caritas Fribourg, qui est considéré comme un partenaire fiable de l’Etat. « A regarder en arrière, conclut August Oberson, on voit que le travail accompli est une œuvre durable: on n’a pas fait faux! »
Dans l’éditorial de Caritas-mag, la directrice Petra Del Curto écrit que le système de sécurité sociale en Suisse est aujourd’hui mis sous pression, et que l’aide sociale est notamment visée. « Et pourtant, la situation des personnes qui en dépendent n’a rien d’enviable. Que celui qui serait porté à les juger tente le coup et essaye de vivre avec le minimum vital. Très vite, il déchantera! ».
Ce numéro du magazine des Caritas romandes présente aussi la consultation sociale et le service juridique de Caritas Fribourg, « des services complémentaires au dispositif de l’aide publique », ainsi qu’une analyse de la situation de l’aide sociale dans le canton de Fribourg par les responsables du Service de l’Action sociale (SASoc).
Encadré
« Avec la remise en question de l’Etat social mis en place lors des ‘Trente Glorieuses – la période de croissance exceptionnelle qui permit l’entrée dans l’ère de la société de consommation –, l’avenir se fait plus sombre », commente ainsi François Mollard, chef du SASoc.
« On assiste à un transfert de charges vers l’aide sociale, notamment à partir des années 2000 durant lesquelles a lieu un renversement de tendance. Les assurances sociales procèdent à un redimensionnement au travers de multiples révisions. La 5e puis la 6e révision de l’assurance-invalidité (AI) ainsi que la 3e puis la 4e révision de la Loi sur l’assurance-chômage (LACI) sont des exemples emblématiques. Toutes ces réformes visent à restreindre les prestations durables et recentrer l’intervention sur l’insertion professionnelle. Beaucoup de situations ne sont plus prises en charge par les assurances sociales.
La révision de la LACI a transféré, pour ce qui concerne le canton, 3 millions de charges sur l’aide sociale », déplorent François Mollard et Jean-Claude Simonet, coordinateur pour l’aide sociale et les mesures d’insertion sociale au SASoc.
Et Jean-Claude Simonet d’ajouter que si en matière de chômage, la tendance est plutôt à la baisse, « par contre, le nombre de personnes actuellement en fin de droit aux prestations de l’assurance chômage n’a jamais été aussi élevé au cours de ces dix dernières années ». Un tiers des personnes aidées par les service sociaux régionaux (SSR) sont des chômeurs en fin de droit, un autre tiers sont des travailleurs pauvres (« Working poors ») qui doivent être aidés, et le dernier tiers concerne des personnes atteintes dans leur santé.
Là aussi, les restrictions de l’AI touchant les personnes ayant des problèmes psychiques ont des conséquences sur le nombre de personnes à l’aide sociale. Pas étonnant alors que l’aide matérielle prise en charge par les services sociaux publics soit passée dans le canton de Fribourg de 12,8 millions de francs en 1995 à 35 millions en 2013. Le nombre des bénéficiaires a doublé, pour passer à près de 9’600 personnes en 2013.
Le « Rapport social » – nouveau nom du « Rapport sur la pauvreté » donnant suite à un postulat déposé au Parlement fribourgeois – va fournir une vue d’ensemble sur la situation sociale globale du canton. « C’est une première dans l’histoire fribourgeoise: on disposera en 2015 d’un outil avec une vue de la distribution des revenus – anonymisés – de tout le canton. Il servira de base pour vérifier et réajuster les décisions à prendre en matière notamment de politique sociale ». François Mollard espère que ce rapport donnera aux autorités politiques fribourgeoises un outil de suivi et d’observation pour adapter le cas échéant la politique sociale du canton. (apic/be)
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