Brésil: Annulation d’un décret sur les droits territoriaux de deux peuples indigènes

Les évêques brésiliens dénoncent le non respect d’un droit constitutionnel

Brasilia, 24 octobre 2014 (Apic) La présidence de la Conférence nationale des évêques du Brésil (CNBB) a exprimé, le 23 octobre 2014, sa préoccupation sur les droits des peuples indigènes. Cette prise de position fait suite à la décision de la 2ème chambre du Suprême Tribunal Fédéral (STF) (équivalent de la Cour Constitutionnelle) d’annuler les décrets du Ministère de la Justice reconnaissant des territoires occupés par les peules indigènes.

Le premier décret annulé reconnaissait la Terre Indigène Guyraroka, du Peuple Guarani-Kaiowa, dans le Mato Grosso do Sul, au sud-ouest du Brésil comme une «occupation traditionnelle indigène». Le second déclarait la Terre Indigène Porquinhos, dans l’état du Maranhao, au nord-est du pays, comme une «possession permanente» du groupe indigène Canela-Apaniekra.

«La garantie des territoires aux peuples indigènes est un droit conquis et consigné dans la Constitution Fédérale, souligne le communiqué de la CNBB. Elle l’a été au prix d’une lutte ardue menée par de très nombreuses personnes de la société brésilienne. Malheureusement, les intérêts économiques ont empêché la démarcation des terres indigènes, qui constitue pourtant la concrétisation du droit constitutionnel. Dès lors, de nombreux peuples indigènes du Brésil continuent de vivre éloignés de leurs terres en raison de la spoliation et de la violence historique commise à l’encontre leurs communautés.»

«Camper au bord des routes»

Cette bataille juridique destinée à remettre en question devant la justice les démarcations des terres indigènes n’est certes pas nouvelle. «Elle a constitué une stratégie utilisée pour retarder ou paralyser les actions qui visent à garantir l’accès des peuples originaires à leurs terres traditionnelles», rappellent d’ailleurs le cardinal Raymundo Damasceno Assis, Mgr José Belisário da Silva et Mgr Leonardo Ulrich Steiner, respectivement président, vice-président et secrétaire général de la CNBB. Les prélats déplorent également qu’en attendant d’obtenir la démarcation de leurs terres, «plusieurs communautés indigènes en sont réduites à camper au bord des routes et dans de rares zones de forêt au fin fond de grandes propriétés, sans droit à la santé, à l’éducation, à l’eau potable, et souffrant d’actions violentes.»

La CNBB ne cache d’ailleurs pas son inquiétude et «espère qu’il n’y aura pas de retour en arrière en ce qui concerne la conquête des droits des indigènes, particulièrement en ce qui concerne la démarcation de leurs territoires, indique le communiqué. Car mener à bien ce processus de démarcation des terres indigènes revient à solder une dette historique avec les premiers habitants de notre pays et décréter la paix là où il existe de graves conflits qui génèrent de nombreuses victimes.»

Vers une modification de la Constitution

L’annulation de ces décrets, qui intervient à quelques jours du 2ème tour de la présidentielle, le dimanche 26 octobre, soulève un sujet sensible. Mais il laisse surtout entrevoir de houleux débats en perspective au sein de l’Assemblée nationale qui a été renouvelée le 5 octobre dernier et dont la rentrée parlementaire s’effectuera en février 2015. Une Assemblée nationale dans laquelle la «Bancada Ruralista» ou «Front Parlementaire Agricole» (FPA), regroupant des députés proches des grands propriétaires terriens et des entreprises de l’agro-business, a obtenu la majorité absolue. Le FPA a d’ailleurs annoncé que sa priorité serait de voter le plus vite possible la proposition d’amendement de la Constitution (PEC) 215/2000, qui transfèrerait au Parlement la décision de démarcation des terres indigènes. (apic/jcg/bb)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/les-eveques-bresiliens-denoncent-le-non-respect-d-un-droit-constitutionnel/