Interrogations quant au rôle du gouvernement algérien
Paris/Alger, 25 octobre 2015 (Apic) Les familles des moines de Tibhirine assassinés en Algérie en 1996 ont fait part de leur «mécontentement» quant à l’enquête en Algérie des juges français Nathalie Poux et Marc Trévidic. Elles ont également accusé les autorités algériennes de «confisquer» des preuves sur ces meurtres.
Selon le site de radio France internationale (www.rfi.fr), l’avocat des familles, Maitre Patrick Beaudouin, a déclaré le 23 octobre 2014 que ces «preuves avaient été compliquées à obtenir». Les deux magistrats français sont rentrés sans prélèvements ADN sur les crânes des moines – les autorités algériennes l’ayant refusé. Il évoque, à ce sujet, une «terrible déception des familles des moines, de voir les investigations bloquées par le refus de l’Algérie du transfert en France des prélèvements opérés sur les dépouilles des moines», par l’équipe du juge Marc Trevidic.
Le juge Trévidic avait délivré une commission rogatoire internationale en 2011, mais n’a pu se rendre en Algérie il n’y a que deux semaines seulement pour procéder à la première autopsie des crânes des moines. Ces crânes sont les seules parties des corps des neuf religieux retrouvées après leur exécution en mai 1996. Les prélèvements devaient permettre l’identification ADN des crânes et déterminer si la décapitation a provoqué la mort des moines ou si elle est intervenue après leur décès.
Pour l’avocat des parties civiles, l’attitude des autorités algériennes est «incompréhensible» dans la mesure où les prélèvements ont été faits à double de sorte que chaque pays puisse en avoir un lot pour mener ses propres investigations. «Il ne s’agissait pas d’empêcher les autorités algériennes d’enquêter de leur côté», a souligné Me Beaudouin.
Le juge d’instruction algérien a invoqué le Code de procédure pénal de son pays pour justifier le refus des autorités locales de laisser partir les juges français avec les tests ADN. Pour Me Beaudouin, au contraire, «il existe un accord de coopération judiciaire entre la France et l’Algérie, qui devrait obliger l’Algérie à ce transfert de preuves».
Pour les familles de victimes, ce refus des autorités algériennes induit des interrogations sur leur rôle dans la mort de leurs proches. Elles s’inquiètent de voir disparaître ces nouveaux éléments attendus depuis longtemps. D’autant que s’ils ne sont pas conservés dans des conditions très strictes, ils ne pourront plus être analysés. Les familles des moines en appellent désormais au président français François Hollande, lui demandant de faire pression sur les autorités algériennes pour obtenir ce transfert de scellés.
En réponse à ces critiques, le gouvernement français a estimé hier vendredi 24 octobre, que le déplacement de sa délégation judiciaire en Algérie «s’est passé dans des conditions satisfaisantes». «Il y a lieu de remercier les autorités (algériennes) de l’accueil qu’elles ont réservé (au juge Trevidic) et des moyens mis à sa disposition», a déclaré le porte-parole adjoint du ministère français des Affaires étrangères et du développement international, Alexandre Giorgini.
«Je suis certain que nos autorités judiciaires respectives sauront maintenir ensemble les conditions d’une collaboration fructueuse», a-t-il ajouté dans un communiqué publié sur le site du ministère français des affaires étrangères et du développement international, www.diplomatie.fr, repris par l’agence de presse officielle algérienne APS (Algérie presse service).
De son côté, le ministre algérien de la Justice, Tayeb Louh, indiquait jeudi 23 octobre, que la justice algérienne «accomplissait son travail normalement, concernant l’affaire de Tibhirine». Il avait ajouté qu’au moment où il intervenait, un magistrat algérien «se trouvait en France, dans le cadre d’une commission rogatoire», liée au dossier. «Des procédures judiciaires ont été prises, sont respectées et suivies conformément à la loi au niveau du juge d’instruction chargé de l’affaire», a précisé le ministre français. (apic/rfi/aps/diplomatie/ibc/pp)
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