L'alma mater clôt les festivités de son 125ème anniversaire

Fribourg: L’Université célèbre son «Dies academicus» dans un esprit de fête

Fribourg, 15 novembre 2014 (Apic) C’est par une joyeuse «flashmob» dans l’aula magna de l’Université qu’a débuté samedi 15 novembre le traditionnel «Dies academicus» de l’alma mater fribourgeoise, qui marquait également la fin des festivités de son 125ème anniversaire. Aucun évêque suisse n’a pu être présent à la célébration, a regretté le Père dominicain Guido Vergauwen, dont le mandat de recteur prendra fin en mars prochain. Le pape François, par le biais du cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’Etat du Saint-Siège, a adressé ses vœux à l’Université.

Le pape, rappelant la fondation, en 1889, de l’Université de Fribourg, «nous encourage à poursuivre notre mission d’accompagner ‘dans la fidélité aux valeurs fondatrices’ les hommes et les femmes de notre temps dans leur quête de vérité», a cité le recteur. Le souverain pontife souhaite que l’Université «soit le creuset fécond d’une culture de rencontre, à la lumière de la foi qui est capable de valoriser la richesse des relations humaines et d’aider à édifier nos sociétés».

La philosophe féministe juive américaine Judith Butler très applaudie

La contestation, les jours précédents, par un petit groupe de catholiques conservateurs, de l’attribution d’un doctorat honoris causa, par la Faculté des Lettres, à la philosophe féministe juive américaine Judith Butler, n’a pas eu d’écho lors de la fête académique. Samedi, la professeure de l’Université de Californie, à Berkeley, figure connue de la «théorie du genre», a d’ailleurs été très applaudie par une assistance fournie, composée notamment de nombreux représentants du monde politique et académique.

Président d’honneur de cette journée académique, le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann a salué à cette occasion la capacité d’innovation de l’Université fribourgeoise. Il a quelque peu ironisé sur le fait qu’il y a 125 ans, le conseiller d’Etat Georges Python, initiateur de cette Université, justifiait son engagement en faveur de l’institution «par le nécessité de former des élites pour protéger le peuple contre les dangers de la modernité».

«Une Université est, par essence, incompatible avec le conservatisme»

Pour le chef du Département fédéral de l’économie, de la formation et de la recherche (DEFR), «une Université est, par essence, incompatible avec le conservatisme», et elle est, au contraire, «résolument tournée vers le progrès en toutes choses». Il a salué le fait que l’Université de Fribourg se soit affirmée comme une institution importante dans le paysage suisse des hautes écoles, «une institution qui, tout en faisant vivre sa tradition catholique, a su mener une activité scientifique rigoureuse sans étroitesse d’esprit».

Johann Schneider-Ammann a également relevé qu’un nombre considérable d’intellectuels, de professionnels et de responsables politiques, à commencer par de nombreux conseillers fédéraux, y ont étudié. L’Université a façonné la ville de Fribourg, et a beaucoup contribué à son ouverture d’esprit. Il a ainsi souligné les capacités d’innovation du canton, en mentionnant que la Faculté des sciences est aujourd’hui la deuxième faculté de l’Université, une réalité «tout à fait remarquable pour une institution qui a vu le jour dans l’esprit du Kulturkampf, dans un contexte catholico-théologique». Cet engagement du canton de Fribourg dans la formation et des hautes écoles en particulier a également été souligné par le conseiller d’Etat Jean-Pierre Siggen, directeur de l’instruction publique, de la culture et du sport du canton de Fribourg.

«13’000 étudiantes et étudiants sont actuellement inscrits dans une haute école dans le canton», ce qui n’est pas si mal, rapporté à une population de 300’000 habitants. D’ailleurs, pour constater l’engagement du canton dans la formation, a-t-il insisté, il suffit de se promener en ville de Fribourg pour observer que son architecture moderne est principalement au service de la formation et de la recherche, en mentionnant en particulier la toute prochaine inauguration du complexe de l’Institut Adolphe Merkle (AMI).

«Fribourg est jeune!»

Dans son allocution, le recteur a également souligné les constructions universitaires dans le pipe line, notamment le projet «L’Equité», un nouvel édifice situé entre les bâtiments de Miséricorde et la gare, prévu pour loger la Faculté de droit, dont il souhaite la réalisation dans un avenir pas trop lointain. Il a aussi mentionné le léger accroissement des effectifs d’étudiants. «Fribourg est jeune!», a-t-il lancé.

Aujourd’hui, l’effectif de la population estudiantine à l’Université se monte à 10’400 étudiants (+0,4% par rapport à l’année précédente). Les Fribourgeois forment le 24% des étudiants, contre 59% d’autres confédérés et 17% d’étrangers. Par contre, le programme Erasmus+ a connu une baisse de 38% d’étudiants venant à Fribourg, recul dû aux complications administratives pour les universités partenaires «suite à la votation populaire du 9 février dernier».

Le «Centre Islam et Société» veut promouvoir un dialogue interreligieux large

Revenant sur le projet de «Centre Islam et Société» qui devrait voir le jour à l’Université – et qui a suscité des débats émotionnels au Grand Conseil fribourgeois provoqués par les parlementaires de l’UDC auxquels se sont alliés pour la circonstance des députés radicaux et démocrates-chrétiens – Guido Vergauwen a souligné qu’il se trouvait encore en phase de planification.

Le concept est développé par un groupe de travail mandaté par le Secrétariat d’Etat à la formation, la recherche et l’innovation (SEFRI). Il va s’agir d’une plateforme académique nationale pour promouvoir le dialogue avec l’islam, un dialogue interreligieux large.

«Le meilleur moyen de faire face à des positions fondamentalistes et extrémistes»

Il ne s’agit en aucun cas d’une formation théologique islamique pour imams, comme l’ont fait croire certains politiciens. Le but est de donner des informations de première main à des personnes qui sont en contact avec les fidèles musulmans et d’offrir une possibilité à des musulmans de pouvoir étudier dans un contexte académique. «C’est le meilleur moyen de faire face à des positions fondamentalistes et extrémistes, et de promouvoir de façon constructive la vie en commun des religions et des personnes de différentes convictions religieuses», relève le recteur Guido Vergauwen. L’Université de Fribourg a été considérée par le groupe de travail comme le lieu idéal pour un tel centre.

Des lauréats de divers horizons

En quête des origines du christianisme, dans la défense des droits de l’homme – de la femme et des minorités – ou dans la préservation des valeurs écologiques, les docteurs honoris causa 2014 de l’Université de Fribourg partagent tous une même exigence d’éthique, de justice et d’égalité. En cette année jubilaire ont ainsi été honorés Nicholas Thomas Wright, ancien évêque anglican de Durham, théologien et professeur de Nouveau Testament et de christianisme primitif à l’Université de St Andrews, en Ecosse, Jean-Paul Costa, président de l’Institut international des droits de l’homme de Strasbourg, Judith Butler, professeure au Département de littérature comparée de l’Université de Berkeley, et le biologiste Julien Perrot, directeur et rédacteur en chef de revue «La Salamandre», «la revue des curieux de nature» et de la nature. (apic/be)

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