Pakistan: Toutes les familles chrétiennes d'un village contraintes à l'exil

Musulmans farouchement opposés à un mariage interreligieux

Pendjab, 18 novembre 2014 (Apic) Toutes les familles chrétiennes d’un village du district de Sahiwal, dans l’est du Pakistan, ont été contraintes à abandonner leur maison, sous la menace des musulmans qui reprochaient à l’un d’entre eux d’avoir épousé une jeune fille de leur communauté. Moins de deux semaines après le meurtre d’un couple de chrétiens brûlés vifs par une foule de musulmans les accusant de blasphème, ce fait divers suscite de vives réactions.

«Ils se sont mariés en octobre dernier», rapporte Abid Masih, un ami du couple, au Press Trust of India du 13 novembre 2014, rapporte «Eglises d’Asie», l’agence d’information des Missions étrangères de Paris . Dès qu’ils ont appris la nouvelle, «les musulmans du village nous ont ordonné de ‘rendre la fille’ ou de devoir en subir les conséquences».

Les nouveaux mariés n’habitent pourtant pas le village d’où la jeune femme – Rukhsana Kausar âgée d’une vingtaine d’années – est originaire, mais se sont installés dans un autre district, celui de Khanewal où vivait déjà le jeune chrétien Shahab Masih.

Interdiction d’épouser un non musulman

A la nouvelle du mariage, les musulmans de Sahiwal s’en sont pris à la famille de Shahab et aux autres foyers chrétiens du village. Ils ont exigé le retour immédiat de la jeune fille, selon la loi islamique qui interdit à une femme musulmane d’épouser un homme d’une autre religion. «Nous leur avons dit que Shahab vivait maintenant à Khanewal avec sa femme, et que ce serait mieux d’aller en discuter avec lui sur place, mais en vain», explique encore Abid.

Le père de la jeune musulmane, Jamil Hussain, a pour sa part porté plainte pour enlèvement auprès de la police de Shahkot, accusant Shahab et deux autres membres de sa famille, tandis que l’ensemble de la communauté musulmane menaçait de tuer les parents de Shahab et tous les chrétiens du village.

Exil de toutes les familles chrétiennes

Craignant pour leur vie, et n’ayant reçu aucune aide de la police qu’elles avaient sollicitée, les neuf familles chrétiennes résidant à Sahiwal – soit 25 personnes – ont finalement dû fuir, en abandonnant leurs maisons et leurs commerces.

Cela fait la troisième fois en quelques semaines, que des familles chrétiennes au Pendjab sont contraintes par les musulmans à quitter leur village. Les cas précédents se sont produits dans les districts de Sargodha et de Narowal.

Vives réactions

Aslam Sahotra, leader chrétien et président du Human Liberation Front Pakistan, a vigoureusement condamné l’incident et a demandé au ministre président du Pendjab, Shahbaz Sharif, d’assurer le retour des familles, aujourd’hui sans abri et sans ressources, dans leur village, avec une protection policière.

D’autres militants des droits de l’homme ont également manifesté pour dénoncer cette nouvelle affaire qui, affirment-ils, démontre une fois de plus «l’impunité accordée aux membres de la communauté musulmane et l’absence totale de protection des chrétiens».

Cet incident survient en effet alors que le pays est encore sous le choc de l’assassinat des jeunes chrétiens Shahzad Masih et son épouse Shama Bibi, brûlés vifs le 4 novembre dernier par plusieurs centaines de musulmans les accusant faussement de blasphème contre le Coran.

Encadré:

Modifier la loi sur la blasphème

«Il est urgent de corriger et d’améliorer la loi sur le blasphème afin d’empêcher ses utilisations abusives et ses instrumentalisations», ont affirmé des responsables et chercheurs musulmans, chrétiens, hindous et sikhs réunis ces jours derniers à Lahore, selon l’agence d’information missionnaire vaticane Fides.

Suite à cette rencontre, Javaid William, secrétaire du Catholic Council for Inter-religious Dialogue and Ecumenism (CCIDE), a présenté une requête unanime au gouvernement visant à ce que l’enregistrement officiel d’une plainte pour blasphème soit une prérogative d’un commissaire, et non d’un officier de police de grade inférieur, mais aussi de garantir le placement en garde-à-vue de du déclarant et du dénoncé jusqu’à la fin de l’enquête. Cette mesure devrait servir à éviter les usages abusifs de la loi dans le cadre de controverses privées.

En outre, les participants à cette assemblée interreligieuse suggèrent que tout cas de blasphème soit jugé par des tribunaux supérieurs – équivalent de cours d’appel – et que, si les accusations se révélaient fausses, le déclarant soit puni sévèrement. (apic/eda/fides/pp)

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