Ouganda: Une coopérative florissante réunit des producteurs de café juifs, musulmans et chrétiens

Au-delà du café, ils exportent un message de paix

Mbale, 19 novembre 2014 (Apic) Dans la ville de Mbale, à l’est de l’Ouganda, la florissante coopérative «Delicious Peace» réunit des cultivateurs de café chrétiens, musulmans et juifs. Les participants à la démarche souhaitent exporter, outre leur café, un modèle de coexistence ayant apporté un important développement économique et culturel à la région.

JJ Keki, un dirigeant de la communauté juive abuyadaya locale, a paradoxalement trouvé l’inspiration de créer la coopérative le 11 septembre 2001, alors qu’il se trouvait à New York, rapporte le 17 novembre 2014 le magazine «Times of Israel». En vivant l’écroulement des tours du World Trade Center, il s’est dit en lui-même: «il ne faut pas qu’une telle chose se passe en Ouganda. Les musulmans, chez nous, ne veulent pas non plus d’une telle violence».

JJ Keki a ainsi lancé le projet de coopérative en 2004, bénéficiant de ses contacts aux Etats-Unis pour trouver un débouché à l’exportation du café, l’une des principales ressources économiques de la région de Mbale.

Des fêtes religieuses célébrées ensemble

La coopérative a obtenu un label de commerce équitable et exporté son premier café en 2005. L’entreprise, commencée avec la participation de 250 fermiers, en rassemble maintenant plus de 2’000, juifs, musulmans et chrétiens.

«Depuis que nous avons créé ‘Delicious Peace’, les relations n’ont cessé de se développer entre les communautés religieuses», déclare Elias Hasulube, un collaborateur musulman de la coopérative. Les membres des trois religions ont en effet l’habitude de célébrer ensemble les grandes fêtes de leurs calendriers. Les musulmans et les chrétiens sont régulièrement invités pour la Pâque juive et les israélites se joignent fréquemment aux célébrations de Noël ou de l’Eïd-el-Kébir.

Ancienne animosité

Les relations entre les religions étaient déjà cordiales mais distantes avant la création de la coopérative, indique le magazine israélien. Une certaine animosité résiduelle existait, qui remontait à l’époque de la dictature d’Amin Dada, entre 1971 et 1979. Le dictateur avait le judaïsme et tué un grand nombre d’évêques. Certaines synagogues avaient ainsi été réaffectées en mosquées et en églises, mais des recours juridiques ont finalement permis aux juifs de retrouver leurs biens.

L’Ouganda est un pays à 80% chrétien. Les musulmans représentent 12% de la population et les juifs sont une toute petite minorité d’environ 2’000 membres, principalement rassemblés dans la région de Mbale, une zone majoritairement musulmane.

Développement économique et culturel

La coopérative a permis aux cultivateurs locaux d’avoir plus de poids dans les négociations avec les intermédiaires et à obtenir de meilleurs prix de vente pour le café. Les producteurs peuvent désormais payer les frais d’écolage de leurs enfants et ont pu construire de nouvelles maisons.

Mais la démarche a également promu un développement culturel, puisque des initiatives musicales interreligieuses ont vu le jour dans le sillage de la coopérative. La musique est largement utilisée en Ouganda comme moyen de faire passer des messages d’ordre idéologique ou pratique.

Ainsi les dirigeants de «Delicious Peace» veulent, outre leur café, également exporter leur message de coopération dans le monde entier. «Notre café véhicule une merveilleuse histoire. Nous voudrions que les gens la reproduisent, comme en Israël et en Palestine, affirme JJ Keki. Notre café doit enseigner aux gens que même si nous avons des différences de culture ou de religion, nous pouvons tout de même être bons amis». (apic/toi/rz)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/au-dela-du-cafe-ils-exportent-un-message-de-paix/