Vienne: Les leaders religieux du monde arabe condamnent la violence de l' »Etat islamique »
Vienne, 20 novembre 2014 (Apic) Chrétiens et musulmans, cheikhs, imams et évêques, les leaders religieux du monde arabe réunis à Vienne les 18 et 19 novembre 2014 ont condamné à l’unanimité les crimes de l' »Etat islamique » (EI), un groupe terroriste qui sème la terreur en Syrie et en Irak.
Invités par le « Centre international pour le dialogue interreligieux et interculturel Roi Abdallah Ben Abdelaziz » (Kaiciid), une organisation financée notamment par l’Arabie Saoudite, ils ont dénoncé la violence perpétrée au nom de la religion et qualifié la coexistence islamo-chrétienne d’un des « principaux piliers de la civilisation arabe ».
Plus d’une centaine de personnalités religieuses du Moyen-Orient ont participé à la rencontre intitulée « Unis contre la violence au nom de la religion. Soutenir la diversité religieuse et culturelle en Irak et en Syrie ». Parmi eux, le patriarche chaldéen Louis Raphaël Ier Sako (Bagdad) et le cheikh Abdallah bin Mahfudh bin Bayyah (*), professeur de jurisprudence islamique à l’Université « Roi Abd Al-Aziz », en Arabie saoudite. Le Saint-Siège, en tant qu’observateur, était représenté par le secrétaire du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, le Père Miguel Angel Ayuso Guixot. Tous ont appelé au maintien, dans les sociétés arabes, de la diversité « qui est notre patrimoine depuis des millénaires ».
Selon le Kaiciid, c’est la première fois que des chefs religieux appartenant aux communautés sunnites, chiites, chrétiennes, mandéennes et yézidies du Moyen-Orient, adoptent une déclaration commune contre la violence au nom de la religion. La déclaration condamne sans ambiguïté le « détournement criminel de la religion » à des fins d’exclusion, d’oppression, de persécution et de mise à mort des gens. Les signataires de l’appel soulignent que toute personne, indépendamment de ses convictions religieuses, a le droit à un traitement humain et digne, et que les atrocités au nom de la religion sont un crime contre l’humanité. La déclaration dénonce également le soutien et le financement du terrorisme.
Les chefs religieux affirment tous que le conflit actuel en Irak et en Syrie concerne les adeptes de chaque religion. Ils rejettent non seulement la violence au nom de la religion, mais aussi la prétention de groupes tel que l’EI de « justifier leurs actions avec les enseignements de l’islam ». En ce qui concerne les violations des droits de l’homme, le texte relève que les chrétiens et les yézidis sont les premiers concernés.
Le patriarche chaldéen Louis Raphaël Ier Sako a interpellé vigoureusement les autorités de l’islam, les invitant à se démarquer clairement des extrémistes de l’EI, Daech, selon son acronyme arabe. « A travers cette lettre, j’aimerais exprimer ma douleur et celle de vos frères et sœurs chrétiens, et faire appel à votre conscience et à votre bonne volonté pour que leurs villes soient libérées, qu’ils retrouvent leur maison et leurs biens ». C’est ainsi que Mgr Sako a mis l’accent sur le sort dramatique des minorités, chrétiennes ou yézidies, qui ont été chassées par les jihadistes de Daech.
« Il est de la responsabilité des musulmans de trouver une réponse », lance le patriarche chaldéen de Bagdad, qui rappelle qu’au nom d’une loi supérieure, les croyants ont un devoir de compassion et de charité envers ceux qui ont tout perdu. Revenant sur les crimes du soi-disant « Etat islamique », Mgr Sako estime qu’ils resteront « une tache indélébile dans l’histoire de l’humanité ». Ce sont des atrocités commises par des organisations qui sont « comparables aux nazis ou autres systèmes totalitaires ». Mais à l’inverse des nazis, poursuit-il, « Daech prétend agir au nom de l’islam ».
Le patriarche chaldéen se dit très choqué par ceux qui minimisent la menace de l’Etat islamique, tout comme sont choquantes les condamnations timides et impuissantes de la communauté islamique officielle. « Comment peut-on rester inactifs face à ces crimes innombrables, à ces déplacements de population, n’est-ce pas une humiliation pour toute l’humanité entière et les femmes en particulier ? », s’insurge le patriarche.
« Nous sommes inquiets, pas seulement à cause du manque d’espoir de ne pas retourner dans un avenir proche dans nos maisons, mais que nous devenions un simple chapitre de l’histoire, implorant l’Unesco de le préserver », déplore encore Mgr Sako, cité par Radio Vatican.
Aussi demande-t-il aux autorités de l’islam de prendre la mesure de la menace fondamentaliste, une menace aussi bien pour les chrétiens que pour les musulmans eux-mêmes. Il est nécessaire que les savants de l’islam réfutent cette vision extrême et que les structures éducatives inculquent une culture du respect de la dignité de l’autre. Mgr Sako achève sa missive par un souhait et une lueur d’espoir: « Nous avons grand espoir que vous fassiez un pas avant qu’il ne soit trop tard pour prévenir ce tsunami de frapper une autre région ».
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