«Je suis serein dans mon choix de vie religieuse»
Bienne, 24 novembre 2014 (Apic) Des fourneaux d’un grand hôtel lausannois à la cellule d’une abbaye prémontrée: ce cheminement peu commun est celui de Laurent Drevet, un Français qui a décidé de changer radicalement de cap pour répondre à son besoin de spiritualité. Portrait.
«Un article de journal a changé ma vie.» Dans sa sobriété, ce souvenir résume à lui seul l’étonnant parcours de frère Laurent Drevet. Ce jeune homme de 39 ans, qui attire la sympathie par sa silhouette rondouillarde et sa voix douce, a rangé sa toque de cuisinier pour l’habit blanc des chanoines prémontrés de l’abbaye de Mondaye, en Normandie. Le Lyonnais cerne cette fulgurance spirituelle dont l’impact a bouleversé l’existence, loin de son passé de maître queux au Novotel de Bussigny (VD) entre 1997 et 2005 et au Swiss Bistro de Genève entre 2005 et 2006: «C’est en lisant le Dauphiné libéré que l’appel a pris corps et que le Seigneur s’est présenté à moi, le 26 décembre 2003 exactement. On y décrivait les frères et sœurs du monastère Sainte-Anne de Bonlieu, près de Montélimar, en Drôme provençale. J’ai été saisi par la simplicité de leurs vies et l’amour fraternel qui liait cette communauté de norbertines et de prémontrés.»
Après des mois de réflexion, Laurent Drevet décide, en septembre 2004, de séjourner chez les religieux l’espace d’une semaine. «J’ai d’emblée été saisi par la beauté des lieux et par l’accueil très fraternel et rassurant de frère Martin, lequel m’a fait visiter la superbe basilique du monastère. Son mot d’ordre s’est résumé en un mot: repos. Il me confiera par la suite qu’il m’avait trouvé pâle, fatigué et stressé lors de mon arrivée à Sainte-Anne de Bonlieu.»
C’est au même frère Martin qu’il exprime son désir de cheminer comme lui sur la voie du Seigneur, même s’il avoue, à l’époque, un intérêt très lâche pour l’Eglise et une pratique religieuse peu assidue en raison des horaires de travail. «Je vais t’aider, mais sache que ce sera long et difficile», avertit le prémontré. Et de poursuivre: «Une fois rentré au bercail, écris-moi avec tes mots à toi ce que tu ressens dans ta vie de tous les jours et indique-moi quelle place tu accordes au Christ.» Embarrassé, Laurent Drevet lui confie qu’il maîtrise très mal l’orthographe, qu’il n’a pas suivi d’études poussées avec son CAP de cuisinier. «Je me fous des fautes, je veux savoir ce que tu as dans le cœur!», lâche frère Martin.
Au terme d’une année d’échanges épistolaires et des visites régulières au monastère, le jeune Lyonnais entend les mots qui comblent ses aspirations spirituelles: «Ton appel et ton désir de vie religieuse deviennent sérieux. Je dois maintenant te mettre en contact avec le maître des novices de l’abbaye de Mondaye, dont Bonlieu dépend», lui annonce frère Martin en le douchant quelque peu, lui qui n’imaginait pas devoir rallier la Normandie pour se former. «Après quatorze ans dans la restauration et 30 ans dans le siècle, je prenais, le dimanche 9 juillet 2006, la route pour Mondaye en laissant derrière moi la Drôme, mon père, ma famille, mes amis, mes anciens collègues et mon ancienne vie.» On s’en doute, les débuts se sont révélés rudes, avec un lever à 6h30 et un coucher à 21h15 après l’office des lectures, un «rythme que je n’avais jamais vécu auparavant. Il fallait également me préparer au sacrement de confirmation, une catéchèse accélérée et très profonde».
Après avoir reçu l’habit des prémontrés le 24 octobre 2006, frère Laurent s’engage définitivement dans la communauté des chanoines réguliers le 10 août 2011. Il obtient en juin dernier son diplôme de baccalauréat canonique en théologie, «une belle revanche sur le passé». Ordonné diacre en vue du sacerdoce, en juin également, il exerce un ministère sur les paroisses desservies par l’abbaye de Mondaye. «Je suis heureux et serein dans ce choix de vie religieuse, même s’il me faut sans cesse être vigilant pour ne pas tomber entre les griffes du malin», déclare celui qui a fait à la mi-octobre le voyage de Bellelay, dans le Jura bernois, pour célébrer, avec quatre autres frères, le tricentenaire de l’abbatiale construite par les prémontrés, lesquels furent chassés du site jurassien par l’armée française à la fin du 18e siècle.
Les prémontrés – l’ordre a été fondé en 1120 en France par Norbert de Xanten – sont des chanoines réguliers qui suivent la règle de saint Augustin. Leur quotidien repose sur trois piliers: la vocation contemplative (liturgie, cinq offices journaliers chantés au chœur, prière, mise en commun des biens), le volet apostolique, le plus souvent pastoral (service des paroisses, accueil, aumônerie, prédication) et l’existence fraternelle dans une communauté «canoniale». Les prémontrés portent l’habit et le scapulaire blancs.
On compte dans le monde quelque 1’300 prémontrés répartis dans une septantaine d’abbayes (au 13e siècle, elles étaient près de six cents dans l’ensemble de l’Occident). En France, seules deux abbayes ont survécu à la Révolution, celle de Frigolet, près d’Avignon, et celle de Mondaye, en terre normande. Fondée en 1202, cette dernière abrite 48 religieux, dont 20 frères sur le site même et les autres dans des prieurés. En Europe, Mondaye a des liens très étroits avec deux abbayes belges connues pour leur bière: Leffe, à Dinant, et Grimbergen, qui a refondé Mondaye en 1859. En Suisse, les communautés prémontrées ont totalement disparu. (apic/eda/pp)
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