Chine: Méfiance quant au possible accord dans les relations sino-vaticanes

Coup de bluff du parti communiste?

Pékin, 26 novembre 2014 (Apic) Dans une tribune publiée le 24 novembre par l’agence d’information catholique Ucanews, Dan Long, journaliste très au fait de ce dossier, décrypte la proposition chinoise évoquant un accord à propos du mode de désignation des évêques en Chine continentale. Loin de s’en réjouir, il invite à la plus grande prudence. Ses propos sont repris par «Eglises d’Asie», l’agence d’information des Missions étrangères de Paris.

A première vue, les nouvelles rapportées dans la presse chinoise à la fin de la semaine dernière quant à une possible avancée dans les relations sino-vaticanes semblent très positives, avance Dan Long. Un quotidien pro-Pékin de Hongkong, a rapporté la semaine dernière qu’un accord était sur le point d’être conclu au sujet de la nomination des évêques en Chine continentale, ce sujet étant la principale pierre d’achoppement empêchant la normalisation des relations diplomatiques entre Rome et Pékin.

Pressions sur le Vatican

Mais d’après ce que nous pouvons savoir des négociations secrètes qui existent entre les deux parties, cette nouvelle n’en est pas vraiment une et s’apparente plutôt à un classique coup à double détente du régime communiste: même s’il semble bien que des discussions soient en train d’avoir lieu et des compromis d’être négociés, la conclusion d’un accord semble tout sauf certaine.

Nous sommes en présence d’une annonce délivrée volontairement par le Parti communiste afin de faire pression sur le Vatican et de l’amener à accepter sa proposition, tout en générant un courant de sympathie pour sa position, de manière à ce qu’au cas où les pourparlers échoueraient, Pékin puisse en rejeter la faute sur le Vatican, affirme Dan Long. Qu’un responsable anonyme du Parti communiste fasse «fuiter» des détails sur ces négociations secrètes et qu’il le fasse auprès d’un quotidien pro-Pékin pour qu’ensuite l’ensemble de l’affaire soit repris par le Global Times, journal du continent considéré comme défendant une ligne nationaliste dure, tout ceci ne ressemble que trop à une tactique chinoise familière.

Liberté de façade

La substance réelle du compromis que la Chine veut imposer au Vatican s’apparente très exactement au modèle que Pékin a offert à Hongkong en matière de «démocratie». A savoir, un choix très réduit de candidats présélectionnés par le gouvernement chinois. La formule peut apparaître comme présentant un progrès, mais en réalité elle n’équivaut qu’à mettre en place un nouveau système offrant une liberté de façade pour continuer à marginaliser les individus perçus comme étant hostiles au Parti communiste, et donc in fine à maintenir son contrôle.

Nombre d’observateurs de l’Eglise en Chine seront sans doute impatients de voir ce que sera la réponse du Vatican. Ils seront certainement déçus tant une telle réponse n’est pas nécessaire, étant donné que le pape en personne a déjà indiqué la position de l’Eglise sur cette question, et c’est bien cela qui rend improbable la conclusion à court terme d’un accord entre les deux parties.

Alors que le Vatican ne montre aucun signe qu’il est prêt à abandonner sa position quant au fait qu’il doit être le seul à choisir ses évêques sur le terrain, le gouvernement chinois ne semble pas prêt, non plus, à abandonner le contrôle du processus de nomination de ces évêques, de même qu’il n’a donné aucun signe selon lequel il serait prêt à abandonner le contrôle de tel ou tel organe d’influence ou de pouvoir – que ce soit au sein des pouvoirs législatif ou judiciaire ou au sein des secteurs-clés de l’économie. (apic/eda/ra/pp)

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