La Suisse refuse d’éclairer le rôle de Nestlé dans l’assassinat du syndicaliste Luciano Romero
Berlin, 18 décembre 2014 (Apic) La Suisse a refusé d’éclairer le rôle de Nestlé dans l’assassinat de son travailleur et syndicaliste Luciano Romero, abattu par des paramilitaires le 10 septembre 2005 à Valledupar, au nord-est de la Colombie. Telle est l’accusation lancée le 18 décembre 2014 par l’European Center for Constitutional and Human Rights (ECCHR), une organisation de juristes de renom fondée en 2007 à Berlin.
L’ECCHR a déposé une requête contre la Suisse au nom de la veuve de Luciano Romero auprès de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) à Strasbourg. L’organisation fonde son argumentation juridique sur le droit à la vie (article 2) et le droit à une requête effective (article 13) de la Convention européenne des droits de l’homme. Il revient à présent à la CEDH de déterminer si la justice suisse a rempli son obligation d’enquêter de manière effective sur la responsabilité de Nestlé en Suisse dans la mort de Romero.
La justice suisse a rejeté tous les recours contre Nestlé dans l’affaire Romero. Le Tribunal fédéral s’est dernièrement à nouveau reposé sur la prescription des infractions. «Prescription, déni de compétence, difficultés d’enquête – ce sont toujours les mêmes arguments. Pratiquement aucune entreprise européenne n’est jugée dans l’Etat sur lequel elle a son siège pour des violations qu’elle commet à l’étranger», rappelle Wolfgang Kaleck, secrétaire général de l’ECCHR. «Ce qu’il manque en Europe, c’est un catalogue précis des devoirs des entreprises de diligence à l’égard des droits de l’homme !»
Selon les statistiques colombiennes, près de 3’000 syndicalistes ont été assassinés depuis le milieu des années 80. 13 d’entre eux travaillaient pour Nestlé, affirme l’organisation de juristes. «Ni les personnes dirigeantes de Nestlé ni les autorités suisses peuvent prétendre n’avoir pas eu connaissance des risques d’assassinat ou avoir été sans le pouvoir d’intervenir», relève Wolfgang Kaleck.
«En Colombie, les syndicalistes sont systématiquement assassinés. L’assassinat de Luciano Romero n’est pas un cas isolé», ajoute Javier Correa, président du syndicat colombien SINALRAINAL qui soutient la requête, de consort avec les avocats colombiens et suisses de la veuve de Luciano Romero.
Rappelons que l’ECCHR est soutenu au plan mondial par une septantaine d’organisations de défense des droits humains, d’Universités ou d’œuvres d’entraide, comme l’Organisation Mondiale Contre la Torture (OMCT), la Commission Internationale de Juristes (CIJ) ou Trial Watch, à Genève, la Fédération Internationale de Ligues des Droits de l’Homme (FIDH) à Paris, ou encore l’œuvre d’entraide allemande Misereor, membre de la CIDSE, une alliance de 16 organisations de développement catholiques d’Europe et d’Amérique du Nord. (apic/com/be)
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