Le Père Cyril Mannayagam blanchi de l’accusation de «vouloir répandre la haine religieuse»

Malaisie: Les livrets de chants catholiques où apparaît le mot ‘Allah’ ont été restitués

Kuala Lumpur, 19 décembre 2014 (Apic) Après deux semaines de conflits et de pressions, dans le cadre de la controverse récurrente en Malaisie sur l’utilisation du mot ‘Allah’ par les non-musulmans, les 31 livrets de cantiques confisqués au Père Cyril Mannayagam ont été rendus au prêtre catholique. Ce dernier a également été blanchi de l’accusation de «vouloir répandre la haine religieuse».

Tout a commencé le 5 décembre dernier, lorsque le Père Cyril Mannayagam a fait porter le recueil de chants à un service de reprographie de Tangkak, dans l’Etat de Johor, au sud de la Malaisie, pour le faire photocopier à une trentaine d’exemplaires en vue de la célébration de Noël. Quatre heures plus tard, alors qu’il revenait chercher les copies, il se trouvait face à deux policiers en civil qui l’attendaient.

Le mot ‘Allah’ réservé aux seuls musulmans?

Les deux hommes l’emmènent au poste, ainsi que le paroissien qui l’accompagnait, les arrêtant «pour avoir fomenté des troubles et incité à la haine religieuse» au titre de l’article 298 A du Code pénal malaisien. «Quand je leur ai demandé pourquoi ils m’arrêtaient, ils m’ont répondu que le mot ‘Allah’ ne pouvait être utilisé que par les musulmans», rapporte le Père Mannayagam au «Malaysian Insider» le 6 décembre dernier.

Lors de l’interrogatoire qui suit, il est ensuite reproché au prêtre d’avoir voulu commercialiser les livres en question, en fait de simples photocopies à usage privé ne pouvant tomber sous le coup de l’article 298 A. Le prêtre catholique de 44 ans, qui est curé de la paroisse St-Andrew à Muar, dans l’Etat de Johor, tente d’expliquer, en vain, que ces livrets de cantiques intitulés «Kepujian kepada Tuhan Allah» (»Louange à Dieu») ne sont pas destinés à la vente mais à l’usage de ses paroissiens aborigènes, les Orang Asli, de Bekok, qui en ont besoin pour la célébration de Noël.

Le mot ‘Allah’ pour dire ‘Dieu’ est attesté chez les chrétiens depuis des siècles

Il rappelle en outre aux policiers que la communauté aborigène de Johor utilise ce type de carnets de chants sans problèmes depuis de nombreuses années pour ses différentes célébrations, et que le mot ‘Allah’ pour dire ‘Dieu’ est attesté dans la région depuis des siècles.

Après de longues négociations menées par son avocat, Me Andrew Khoo, le prêtre est finalement relâché mais ne peut récupérer ses livrets qui sont confisqués. Le Père Mannayagam porte alors plainte, dénonçant «une violation de la liberté de culte inscrite dans la Constitution».

La liberté de religion est garantie par la Constitution fédérale

«Il s’agit d’une claire violation de la liberté de religion garantie par la Constitution fédérale, ainsi que de la Résolution en 10 points approuvée par le gouvernement en 2011», précise Me Andrew Khoo. L’utilisation de l’Alkitab (‘Le Livre’, la Bible en malais), ainsi que l’emploi de «mots interdits» comme ‘Allah’ dans le cadre des célébrations chrétiennes et de leurs publications (avec la mention «destiné aux chrétiens») – sont autorisés s’ils ne peuvent être assimilés à des actes de prosélytisme, explique-t-il encore.

Dernier avatar de la polémique sur l’utilisation du mot ‘Allah’ par les chrétiens, cet incident survient alors que vient à peine de retomber l’effervescence médiatique créée par l’affaire des bibles des chrétiens de Sarawak.

L’affaire des bibles des chrétiens de Sarawak

Fin novembre en effet, l’Association des Eglises de Sarawak (ACS) a déposé plainte pour la «profanation» de plus de 300 exemplaires d’une Bible éditée en malais et en langue iban, exigeant en outre des excuses de la part des autorités. Ces bibles avaient été saisies en janvier dernier par le ministère des Affaires religieuses islamiques du Selangor (JAIS), au titre de l’interdiction de l’utilisation du mot ‘Allah’ par les non-chrétiens.

Le 14 novembre, après de nombreuses et houleuses péripéties, elles avaient été enfin restituées à l’ACS, lors d’une cérémonie publique, présidée par le sultan de Selangor lui-même. Mais peu après, les responsables chrétiens constataient que tous les volumes avaient été tamponnés sur les pages intérieures de la mention «Strictement et uniquement réservé à l’usage de non-musulmans. Ne peut être ni publié ni utilisé où que ce soit dans l’Etat du Selangor conformément à la section 9 de la promulgation de 1988 sur ‘Les religions non musulmanes’ (Du contrôle de la diffusion parmi les musulmans)».

Les autorités ont cédé à la pression médiatique

Plusieurs affaires du même type ont éclaté ces derniers mois, parallèlement au long conflit qui a opposé au gouvernement «The Herald», principal journal catholique du pays, sur l’utilisation du mot ‘Allah’ dans ses colonnes en malais. La Cour fédérale a finalement donné tort à l’hebdomadaire en juin dernier, déclenchant les protestations indignées, non seulement de toutes les instances chrétiennes en Malaisie, mais aussi des défenseurs des droits de l’homme et de nombreux représentants d’autres religions, comme le «Malaysian Consultative Council of Buddhism, Christianity, Hinduism, Sikhism and Taoism» (MCCBCHST), instance qui est devenue l’interlocutrice privilégiée des autorités sur les questions interreligieuses.

Dans l’affaire des livrets de chants des Orang Asli, la pression médiatique semble avoir joué un rôle certain, commente le 19 décembre le «Malaysian Insider» qui avait dès le lendemain des faits, qualifié l’arrestation du Père Mannayagam et la confiscation des 31 recueils par la police de «bourde monumentale».

Selon les sources officielles, la Malaisie compte 60 % de musulmans, 19 % de bouddhistes, 9 % de chrétiens (dont 3,5 % de catholiques environ, les trois quarts d’entre eux vivant ou étant originaires de Sabah et Sarawak, sur l’île de Bornéo) et 6 % d’hindous. (apic/eda/msb/be)

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