Tibet: Les autorités censurent les informations concernant les immolations par le feu

Les tentatives d’enrayer le mouvement des immolations ont échoué

Lhassa, 5 janvier 2015 (Apic) Les différentes tentatives de Pékin pour enrayer le mouvement des immolations des Tibétains n’ayant pas abouti, l’effort des autorités de la Région autonome du Tibet et des régions attenantes se porte désormais sur la censure. Le pouvoir chinois tente de ne plus laisser filtrer la moindre nouvelle sur les suicides par le feu.

Malgré les appels du Dalaï lama aux Tibétains à «ne pas sacrifier leurs précieuses vies», les immolations en protestation à l’occupation du Tibet ont repris de plus belle depuis octobre dernier, rapporte le 5 janvier 2015 Eglises d’Asie (EdA), l’agence d’information des Missions Etrangères de Paris. Les suicides ont défié la surveillance et la répression des autorités chinoises, qui ont doublé, en vain, les effectifs de sécurité et les mesures de rétorsion envers les fonctionnaires locaux.

Après les menaces, les emprisonnements, les tortures et les appels à la délation, Pékin semble avoir mis en place une nouvelle tactique, non pour empêcher les suicides de se produire, mais pour éviter que l’information soit relayée par la communauté internationale, laquelle reproche régulièrement à la Chine sa «politique répressive au Tibet».

Intense répression

La dernière immolation connue remonte au 23 décembre dernier, lorsque Kalsang Yeshi, un moine de 37 ans, s’est suicidé par le feu devant le poste de police de Dawu, dans la province du Sichuan. La victime, qui appartenait au monastère de Tawu Nyatso, était très appréciée dans la région pour avoir mis en place des programmes d’alphabétisation et d’aide aux déshérités. Avant de succomber, le moine tibétain a appelé au «retour du Dalaï lama» et à «la libération du Tibet», comme l’avaient fait tous ses prédécesseurs. Il est devenu le 136e Tibétain à avoir eu recours à cette forme extrême de protestation contre Pékin, depuis 2009.

Selon les témoins, la police locale a emmené immédiatement le cadavre de Kalsang Yeshi au centre de détention de Dawu, malgré les protestations de nombreux Tibétains venus en foule réclamer le corps du moine. Le comté de Dawu et en particulier le monastère de Nyatso sont les cibles d’une intense répression depuis le 6 juillet dernier, date à laquelle des centaines de Tibétains se sont rassemblés dans la région pour célébrer l’anniversaire du Dalaï lama. Les autorités de Dawu ont réprimé l’événement de manière sanglante et mis en place, suite à cela, des mesures de rétorsion envers les Tibétains soupçonnés d’«esprit séparatiste». L’Etat va jusqu’à forcer des foyers tibétains à héberger des cadres du Parti chargés de les surveiller.

Censure et rétention des corps

Mais si certains se montrent surpris que la nouvelle de ce dernier suicide par le feu n’ait commencé à être reprise par les médias de la diaspora tibétaine qu’il y a peu, Tsering Woeser, une célèbre dissidente et écrivaine tibétaine vivant à Pékin, avance une explication à cette omerta dans le New York Times du 27 décembre dernier. Deux jours plus tôt, la blogueuse, avertie par ses sources locales, avait posté l’information de l’immolation de Kalsang Yeshi sur sa page Facebook, accompagnée d’une courte vidéo. Mais le 26 décembre, Facebook signifiait à Tsering Woeser que son article était supprimé parce qu’il «ne répondait pas aux standards de la communauté». Pour la dissidente, la suppression de son post est dû à la censure chinoise, Facebook n’ayant jamais bloqué aucun de ses écrits auparavant, alors qu’elle s’y exprimait très librement, en particulier sur les immolations au Tibet.

De son côté, le site officiel du gouvernement en exil, Phayul, confirmait au même moment l’immolation d’une jeune tibétaine de 19 ans, le 22 décembre, soit la veille du suicide de Kalsang Yeshi. Tsepey Kyi, originaire du village de Meruma, dans la préfecture autonome tibétaine de Ngaba de la province du Sichuan, a succombé à ses blessures quelques minutes après avoir mis le feu à ses vêtements aspergés d’essence. Son corps a été emmené immédiatement après l’immolation par la police vers un lieu inconnu. Cette mesure instaurée par Pékin se veut dissuasive vis-à-vis des populations autochtones, en empêchant les familles des victimes d’effectuer les rites funéraires indispensables au défunt.

Selon les ONG de défense des droits de l’homme et les organisations de la diaspora tibétaine, il est plus que probable que plusieurs autres immolations aient eu lieu dernièrement sans que l’information leur soit parvenue, en raison de la censure actuellement en cours au Tibet. (apic/eda/rz)

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