Ouverture le 3 mai à Olinda de l'enquête en béatification de Dom Helder Camara

Olinda, 2 mai 2015 (Apic) Dénoncé durant la guerre froide comme «évêque rouge» et «communiste» par la dictature militaire brésilienne appuyée par les Etats-Unis, vilipendé à l’époque par les secteurs conservateurs de l’Eglise catholique, Dom Helder Camara (1909-1999) est depuis longtemps reconnu comme «l’évêque des pauvres». La phase diocésaine de l’enquête en vue de sa béatification s’ouvre ce dimanche 3 mai dans la cathédrale d’Olinda, dans le Nordeste brésilien.

Dom Fernando Saburido préside dimanche 3 mai la messe d’ouverture officielle du processus de béatification et de canonisation de son prédécesseur sur le siège d’Olinda et Recife. Il va installer officiellement les personnes chargées d’enquêter sur la réputation de sainteté de celui qui fut un ami proche du pape Paul VI, et qui a beaucoup contribué au virage de l’Eglise latino-américaine vers «l’option préférentielle pour les pauvres».

Longue amitié avec le pape Paul VI

Ses préoccupations sociales et de défense des droits humains ne seront pas sans influence sur le pontificat de Paul VI, qui écrira l’encyclique «Populorum Progressio» sur le développement des peuples. Elles détermineront aussi ses rapports tendus avec la dictature militaire. Durant cette période, en tant qu’archevêque d’Olinda et Recife, Mgr Helder Camara et 17 évêques du Nordeste réclameront dans un «manifeste à la nation» la liberté pour le peuple et l’Eglise. En 1969, Dom Helder critiquera la misère des paysans du Nordeste, ce qui lui valut les qualificatifs de «démagogue» et de «communiste».

En 1970, quand son nom fut proposé pour le Prix Nobel de la Paix, le gouvernement militaire brésilien et ses affidés lancèrent une campagne internationale de diffamation contre l’évêque qui avait osé dénoncer la torture. A partir de là, Dom Helder subit des représailles: il fut violemment attaqué par la presse favorable aux militaires, sa maison fut mitraillée, certains de ses collaborateurs et conseillers furent emprisonnés, d’autres assassinés, comme le Père Antonio Henrique Pereira da Silva Neto.

La dictature militaire voulait faire taire «l’évêque des pauvres»

Le but était de faire taire l’évêque qui dénonçait la pratique de la torture des prisonniers politiques au Brésil. Ces années-là, les militaires en étaient arrivés à interdire à la presse de simplement mentionner le nom de l’archevêque d’Olinda et Recife.

Né en 1909 à Fortaleza, avant-dernier de 13 enfants, entré très jeune au séminaire de la capitale de l’Etat du Ceara, Dom Helder Camara a été ordonné prêtre en 1931 à l’âge de 22 ans. Ses premières années de vie religieuse, entre 1932 et 1937, le voient militer dans les rangs de mouvements conservateurs, comme l’Ação Integralista Brasileira. Plus tard, il considérera cet épisode comme une erreur de jeunesse. Evêque auxiliaire de Rio de Janeiro en 1952, il participe à la création du Conseil épiscopal latino-américain (Celam) et s’engage activement dans les débats du Concile Vatican II.

Jean Paul II nomme un conservateur pour lui succéder

Dom Helder a été à la tête de l’archidiocèse d’Olinda et Recife jusqu’en avril 1985, ayant atteint la limite d’âge de 75 ans. Le pape Jean Paul II nomma pour le remplacer l’évêque conservateur José Cardoso Sobrinho, qui s’empressera de défaire ce qu’avait fait son prédécesseur, changeant les orientations pastorales et fermant notamment le séminaire régional du Nord-Est II (SERENE II) et l’Institut de théologie de Recife (ITER). La Commission «Justice et Paix» diocésaine se verra également interdire de continuer à utiliser le nom du diocèse. S’étant retiré, Dom Helder souffrira silencieusement des développements en cours dans son ancien diocèse, restant toujours fidèle au Saint-Siège.

Après le «nihil obstat» donné par le Saint-Siège, l’enquête diocésaine visant à reconnaître les «vertus héroïques» de Dom Helder Camara peut désormais débuter. Une foule nombreuse de laïcs, de religieuses et de religieux, venus de l’Etat du Pernambouc (dont Recife est la capitale) et d’autres Etats du Brésil, est attendue à la cérémonie dans la cathédrale du Saint-Sauveur du Monde, à Olinda. C’est l’archevêque émérite de Paraiba, Dom José Maria Pires, qui prononcera le 3 mai l’homélie en l’honneur de Dom Helder Camara . (apic/com/be)

 

Jacques Berset

Portail catholique suisse

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