Rencontre avec Mgr Wolfgang Haas, évêque de Coire

APIC – Interview

Si le pape lui demandait de se retirer,

Mgr Haas l’accepterait dans l’obéissance

Brigitte Muth-Oelschner, Agence APIC

Fribourg/Coire, 28juillet(APIC) Mgr Wolfgang Haas accepterait de se

retirer si le pape Jean Paul II le lui demandait. Dans une interview

accordée à l’agence APIC à l’évêché de Coire, Mgr Wolfgang Haas confirme

qu’il accepterait une telle demande du pape dans l’obéissance. Il révèle

également le regard qu’il porte sur la situation de l’Eglise en Suisse et

évoque ses positions et ses tâches en tant qu’évêque.

APIC:On l’a réaffirmé après la dernière assemblée de la Conférence des

évêques suisses (CES): il existe bel et bien un fossé qui sépare en deux

l’épiscopat suisse. Mgr Haas, êtes-vous seul de l’autre côté de la barrière ?

MgrHaas: »Tout d’abord, j’aimerais d’une part éviter de comparer, car

toute comparaison engendre généralement de l’animosité et de l’envie. D’autre part, chaque évêque est évêque en responsabilité propre et il doit répondre en conscience de sa manière d’exercer son ministère épiscopal. Personnellement, étant le plus jeune dans notre collège épiscopal, j’ai un

grand respect pour les autres évêques, qui ont exercé leur charge épiscopale de nombreuses années et également dans des périodes difficiles. Naturellement, je remarque aussi que sur un certain nombre de choses, nous ne sommes pas d’accord. Ce sont cependant des choses dont on discute depuis des

années. De là à vouloir en faire pour ainsi dire un dissentiment fondamental ne me semble pas admissible.

APIC:Cela signifie-t-il que, somme toute, vous ne voyez aucune opposition

entre vous-même et vous frères dans l’épiscopat ?

MgrHaas:Je ne peux accepter que l’on monte une opposition artificielle.

J’admets volontiers qu’il existe certains points particuliers sur lesquels

nous sommes d’avis différents. Cela, je ne veux pas le masquer. Mais ces

points peuvent être discutés et ainsi nous pouvons entrer en dialogue sur

une base objective. Cela signifie également pour moi que, de mon côté, je

mette sur la table le plus d’arguments possibles pour rendre compréhensible

ma vision pastorale. Par ailleurs, je constate aussi que maints confrères

souffrent de la situation actuelle; cependant je n’accepte pas que l’on

opère simplement une division entre les uns et les autres.

Encore une fois: tout évêque est évêque et comme tel successeur des Apôtres. Il est envoyé par le pape et mandaté pour une Eglise particulière ou

pour prêter son concours dans cette portion de l’Eglise. Il est celui qui,

par un lien sacramentel, est relié au collège épiscopal dans le monde entier. Cette réalité fondamentale est incontestable. Elle demeure pour moi,

même si un évêque devait avoir des vues tout à fait différentes des miennes.

APIC: Dans un premier temps, la CES avait mis sur pied une Commission « tripartite » afin de trouver avec vous une solution aux problèmes existants.

Cette Commission a renoncé à son mandat. Qu’est-ce que cela signifie pour

vous ?

MgrHaas:Lorsqu’on se fixe un but peut-être trop grand ou trop élevé, on

ne doit pas s’étonner de ne pas l’atteindre.

APIC: Comment définiriez-vous ce but que les évêques se sont fixé ?

MgrHaas:Cela ne va pas qu’un groupe d’évêques limite de quelque façon

que ce soit, empêche ou veuille mettre sous tutelle un autre évêque dans

l’exercice de sa fonction épiscopale. Mais au fond, ils veulent aider les

gens qui ont du mal avec l’évêque. Il s’agit pour cela de montrer que cet

évêque ne veut en principe rien d’autre que ce que veut l’Eglise.

APIC: Et vous, Monseigneur, que voulez-vous ?

MgrHaas:Je ne crois pas que l’on puisse objectivement me reprocher de

vouloir ou souhaiter faire quelque chose qui ne soit pas en accord avec le

message du Christ et de son Eglise. Si je parle maintenant de l’Eglise, je

pense à l’Eglise universelle, au collège des évêques sous la conduite du

pape. Et je crois que je peux vraiment justifier jusque dans le détail que

ce que j’enseigne, représente ou désire est en parfaite harmonie avec la

doctrine et les directives de l’Eglise universelle. C’est pourquoi, il me

semble aussi que c’est une manière d’agir avec un évêque hautement discutable que de tenter de le faire, dans un certain sens, changer de cap. Et

dans ce cas, naturellement, un tel groupe doit faire l’expérience que dans

certaines circonstances un évêque dise non. Cela vaut par exemple aussi

pour certaines décisions personnelles que je considère comme justes.

APIC: Peut-on en déduire, Monseigneur, que vous polarisez les fidèles ?

MgrHaas:Je pense que la polarisation est une chose tout à fait triste et

douloureuse. Mais en même temps je dis clairement que cette déchirure, qui

existe, ne concerne pas la personne de l’évêque, c’est-à-dire ma propre

personne, mais les choses que l’évêque, moi-même donc, représente et desquelles il répond. Il s’agit donc de choses objectives et de vérités de

notre foi.

APIC: Mais ne s’agit-il pas en fin de compte, dans toutes les discussions,

de votre personne ?

MgrHaas:Fondamentalement, il s’agit cependant du contenu du message.

Car, en privé, je ne suis pas quelqu’un qui cherche querelle ou qui désire

de quelque façon que ce soit semer la discorde. Par nature, je suis en réalité très pacifique.

APIC: Mais comment expliquez-vous, après cette description de votre personnalité, que beaucoup soient irrités contre vous ?

MgrHaas:Comme évêque, je suis en pleine communion avec l’enseignement de

l’Eglise, de même qu’avec le droit canonique, et je désire agir ainsi dans

l’exercice de mon ministère épiscopal. Je voudrais bien travailler avec la

vision pastorale du pape, qui pour moi est une vision conciliaire, justement la nouvelle évangélisation. Cette vision « s’accroche » naturellement on peut le dire tranquillement – avec une certaine vision de l’Eglise ou de

la vie ecclésiale qui, selon moi, est déjà trop établie. C’est pourquoi ma

vision de la charge épiscopale est peut-être naturellement aussi une sorte

de défi, une provocation face à la réalité ecclésiale telle qu’elle est vécue en Suisse, également à travers les institutions de droit ecclésiastique.

APIC: Est-ce à dire que votre vision de l’Eglise diffère de celle des autres évêques suisses ?

MgrHaas:En partie, sinon il n’y aurait pas de frictions. Mais je ne peux

parler que de moi. Personnellement, je me sens très libre et en un certain

sens « prophétique ». Je ne veux pas être arrogant. J’essaie seulement de dire par là que je me sens très libre dans ce que je défends en tant qu’évêque. Il faut une certaine liberté pour ne pas se laisser écraser par la

pression d’une certaine opinion publique, d’un appareil ou d’un cercle de

personnes qui d’une façon ou d’une autre poursuivent une certaine politique. Dans ce sens, je me sens libre pour ma tâche d’évêque. Cela peut paraître contradictoire, parce que je suis fondamentalement très obéissant

face à l’enseignement de l’Eglise, au pape et finalement à la volonté du

Christ. En ce sens, je suis libre. Je suis prêt à défendre cette liberté,

qui vient de la foi, mais pas un libertinage ou une quelconque idéologie de

la liberté. Dans ce sens, la parole du Christ « La vérité vous rendra libres » est pour moi décisive.

APIC: Qu’est-ce qui vous a marqué, comme homme, pour arriver à adopter cette attitude ?

MgrHaas:Naturellement, cette attitude ne m’a pas été donnée simplement

comme cela; j’ai aussi ma genèse personnelle. Mais effectivement, c’est un

fait que cet accord fondamental – je ne dis pas adaptation, mais accord avec ce que l’Eglise enseigne traverse toute mon existence. Comment cela

sera analysé psychologiquement et dans quel sens cela sera interprété ne

m’intéresse guère; tout au plus en considération des fidèles que de telles

analyses peuvent beaucoup troubler. Toutes les interprétations ne concernent pas ce que je considère comme une grâce. Je suis très reconnaissant

pour cette grâce. Au fond, j’essaie toujours de m’orienter selon la vérité

objective et en cela je m’efforce, d’aller au fond en ce qui concerne la

valeur de vérité et la question de la vérité.

APIC: On peut imaginer avoir un jour pris une décision en toute bonne foi

et constater plus tard que cette décision n’est pas bonne. Etes-vous prêt à

accepter que l’on vous corrige ? Vous-même, êtes-vous prêt à revenir en arrière ?

MgrHaas:Si je n’étais pas prêt à le faire, je n’irais pas au confessionnal. Chacun doit aller son chemin avec plus ou moins de secousses. Le

Christ dit: celui qui est debout, qu’il veille à ne pas tomber. Cela vaut

pour nous tous. Pour les évêques, pour les prêtres, pour tous.

APIC: Mais que se passe-t-il concrètement avec ceux qui souffrent à cause

de l’Eglise en Suisse, dans le diocèse de Coire ?

MgrHaas:Certes, c’est très douloureux et on ne peut donner toujours

qu’une réponse partielle. Je pense que la souffrance réside dans le caractère transitoire de ce monde, aux contingences dans lesquelles nous vivons.

Je reviens sur un thème démodé, mais nous devons être réalistes, car la

contingence de notre vie a quelque chose à voir avec le péché originel et

ses conséquences, le penchant au mal, qui forment notre cadre de vie. La

souffrance, un autre nom pour « contingence », fait partie de ce cadre de

vie. Il ne s’agit pas de savoir si quelqu’un souffre beaucoup ou peu, mais

que celui qui souffre sache où il trouvera la force de supporter sa souffrance. Nous complétons par nos propres souffrances ce qui manque encore

pour l’Eglise à la passion du Christ.

APIC: Ces prochaines semaines, Mgr Karl-Josef Rauber visitera la Suisse en

tant que délégué pontifical pour tenter d’apporter une solution aux problèmes existants. Si une solution résidait dans le fait que le pape vous retire l’exercice de votre charge d’évêque de Coire et vous confie une autre

tâche, comment verriez-vous cette décision ?

MgrHaas:Certes, s’il s’agissait de la volonté du pape, il va de soi que

je m’y soumettrais sans aucun problème. Avant d’en venir à cette décision,

j’exposerais naturellement très clairement mon point de vue et j’avancerais

mes arguments, clairement et sans réserve. Mais si en dernier ressort le

Saint-Père venait à considérer qu’une autre solution est juste ou meilleure, je ne m’y opposerais à aucun moment, mais j’accepterais une telle décision dans l’obéissance ». (apic/oe/cor)

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