Le pape François envoie un message aux habitants de Sarajevo, où il est attendu le 6 juin

Rome, 2 juin 2015 (Apic) Le pape François, attendu à Sarajevo pour une visite pastorale samedi 6 juin, a envoyé le 2 juin un message vidéo aux habitants de la ville ainsi qu’à ceux de la Bosnie-Herzégovine. Il leur fait part de sa joie d’être bientôt parmi eux lors de cette visite placée sous le thème «La paix soit avec vous». Elle se veut un signe d’encouragement pour la paix et le dialogue interreligieux.

Les cicatrices de la guerre atroce qui a affecté la Bosnie-Herzégovine dans les années 1990 sont encore visibles, davantage encore dans les esprits que sur les nombreux bâtiments qui portent encore les mutilations des bombardements.

Il était une fois Sarajevo, la «Jérusalem des Balkans»

Le siège de la ville de Sarajevo avait débuté le 5 avril 1992 par le contrôle de l’aéroport international par l’armée yougoslave. Il a pris fin le 29 février 1996. Avec une durée 1’425 jours, il est le plus long siège du 20e siècle. Près de 11’500 habitants de toutes ethnies, dont 1’600 enfants, y ont connu la mort. Le cours de la guerre fratricide a changé totalement la composition de la population de Sarajevo. La ville de Sarajevo fut autrefois une ville cosmopolite, que l’on avait baptisée la «Jérusalem des Balkans» où se côtoyaient dans un espace restreint minarets, clochers à bulbe byzantins, synagogues, églises catholiques aux clochers élancés.

Les catholiques, essentiellement des Croates, qui formaient le 15% de la population avant la guerre de 1992, ne sont plus qu’une dizaine de milliers dans une ville qui compte aujourd’hui plus de 400’000 habitants, essentiellement musulmans.

Réconciliation et dialogue

Dans sa vidéo, le pontife met l’accent sur la réconciliation et le dialogue. «Je viens parmi vous, avec l’aide de Dieu, pour confirmer dans la foi les fidèles catholiques, pour soutenir le dialogue œcuménique et interreligieux, et surtout pour encourager la coexistence pacifique dans votre pays», insiste-t-il dans son message vidéo.

Evoquant le thème de sa visite, «La paix soit avec vous», le pape rappelle que ce sont là les paroles avec lesquelles Jésus ressuscité salua ses disciples lorsqu’il apparut au milieu d’eux au Cénacle, le soir de Pâques. «C’est Lui, le Seigneur, notre force et notre espérance, qui nous donne sa paix, pour que nous l’accueillions dans notre cœur et la diffusions avec joie et amour».

Le pape François souligne qu’il s’apprête à venir à Sarajevo «comme un frère messager de paix, pour exprimer à tous – à tous! – mon estime et mon amitié. Je voudrais annoncer à chaque personne, à chaque famille, à chaque communauté la miséricorde, la tendresse et l’amour de Dieu».

Il encourage les catholiques de ce pays qui porte encore les stigmates matérielles et morales de la terrible guerre intercommunautaire, «à être aux côtés de vos concitoyens des témoins de la foi et de l’amour de Dieu, en travaillant pour une société qui chemine vers la paix, dans la convivialité et la collaboration réciproque». JB

 


Encadré

Sarajevo n’est plus la ville multiculturelle d’antan

La ville de Sarajevo fut avant la guerre qui déchira l’ex-Yougoslavie une ville cosmopolite, la plus orientale des villes d’Europe, où vivaient en bonne harmonie près de 44% de musulmans, plus de 30% de Serbes (10 fois plus qu’aujourd’hui), 15 % de Croates, le reste étant composé essentiellement de Yougoslaves (ils refusaient de se définir selon des critères nationaux ou étaient des couples mixtes que la guerre allait déchirer…). La ville compte également un petit pourcentage de Roms.

Avant la Seconde Guerre mondiale, les juifs représentaient 18% de la population de Sarajevo. Ils étaient plus de 12’000, des juifs séfarades chassé d’Espagne cinq siècles auparavant et accueillis en Bosnie par le sultan ottoman. Décimés par les nazis durant la guerre, ils n’étaient plus que 1’500 au début du siège de la ville, en 1992, et nombreux sont ceux qui ont alors émigré en Amérique ou en Israël. Aujourd’hui, les juifs de Sarajevo ne sont plus qu’une poignée, victimes comme les autres minorités, Serbes et Croates, d’une «épuration ethnique» qui ne dit pas son nom. Si la guerre s’est officiellement achevée par les Accords de Dayton le 14 décembre 1995, «les conditions d’une paix juste n’ont pas toujours pas été mises en place», affirment les responsables catholiques de Sarajevo, qui se plaignent de discriminations. (apic/radvat/com/be)

 

Jacques Berset

Portail catholique suisse

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