L’Instrumentum laboris du Synode sur la famille, un document intermédiaire prudent

Rome, 23 juin 2015 (Apic) A moins de quatre mois du second Synode des évêques sur la famille, le Vatican a publié le 23 juin 2015 le document de travail pour cette nouvelle assemblée synodale. Il propose avec prudence plusieurs pistes de travail aux évêques qui se réuniront au Vatican du 4 au 25 octobre.

«L’Instrumentum laboris», réalisé avec les réponses au questionnaire envoyé par Rome à travers le monde après le premier Synode d’octobre 2014, évoque un consensus autour d’un «chemin pénitentiel» pour les divorcés remariés dont le premier mariage est déclaré nul et qui vivent dans la continence.

Divergences perceptibles au sein même de l’Eglise

Le document, où les divergences au sein même de l’Eglise sont perceptibles, préconise en outre de «faire tomber» certaines interdictions faites aux divorcés remariés dans l’activité pastorale. Rappelant son opposition ferme au mariage des personnes de même sexe, il appelle néanmoins de ses vœux le développement de «projets pastoraux» spécifiques pour les homosexuels et leurs familles.

L’Instrumentum laboris s’interroge aussi sur la crise du mariage et de la famille, il encourage l’Eglise à annoncer «l’Evangile de la famille», il s’arrête sur le rôle majeur de la femme et souhaite une plus grande attention à l’égard des couples en crise.

Conclusions d’octobre 2014

Le document de près de 80 pages, pour l’heure publié en italien, reprend tous les paragraphes de la «Relatio Synodi» d’octobre 2014, y compris les trois passages n’ayant pas obtenu la majorité requise des deux tiers: ceux sur l’accès aux sacrements de la pénitence et de l’eucharistie pour les divorcés remariés, sur la «communion spirituelle» et la «communion sacramentelle», et enfin sur «l’attention pastorale» à l’égard des personnes homosexuelles.

L’Instrumentum laboris propose alors de nombreux points d’attention pour les pères synodaux face à un véritable «changement anthropologique» dans la société concernant le mariage et la famille. Il énumère les défis de la famille aujourd’hui, de la solitude à la précarité en passant par les répercussions de la «soi-disant révolution biotechnologique». Il accorde une large place au rôle des femmes ainsi qu’à «la plus grande valorisation de leur responsabilité dans l’Eglise». Il souligne par exemple le besoin croissant d’inclure les familles, en particulier la présence féminine, dans la formation sacerdotale.

L’Eglise entend accompagner ceux qui sont mariés civilement ou cohabitent dans «une découverte graduelle» vers l’union sacramentelle, souligne le document romain. Il préconise aussi une annonce du message chrétien avec «un langage qui suscite l’espérance» et «ne fait pas la morale, juge ou contrôle», tout en rappelant son enseignement moral. Le document encourage aussi des parcours pastoraux d’aide aux familles pour l’éducation à la sexualité.

Couples en crise

Développer une «pastorale de la réconciliation et de la médiation» pour les couples séparés ou en difficulté est une autre préconisation de l’Instrumentum laboris. Celui-ci suggère d’ailleurs la création dans chaque diocèse de services gratuits d’information, de consultation et de médiation pour les couples séparés ou en crise. Un large consensus semble se dessiner en outre concernant un meilleur accès aux procédures pour la reconnaissance des cas de nullité matrimoniale, une procédure «éventuellement gratuite».

Accès à la communion des personnes divorcées et remariés civilement

Pierre d’achoppement lors du précédent synode, mais surtout sujet sur lequel l’attention a été focalisée à la fois en raison de la complexité de la situation et de l’intérêt médiatique: la question de l’accès à la communion des personnes divorcées et remariés civilement.

A propos de l’indissolubilité du mariage, l’Instrumentum laboris précise d’abord que «l’Evangile de la famille offre un idéal de vie qui doit tenir compte de la sensibilité de notre époque et des difficultés effectives à maintenir des engagements pour toujours». «Il faut alors une annonce qui donne de l’espérance et non qui écrase», indique encore le document romain.

S’il se refuse de trancher quant à l’accès à la communion eucharistique, l’Instrumentum laboris invite cependant à faire tomber certaines exclusions qui touchent les personnes divorcées et remariées, dans le cadre des activités pastorales, comme de faire la catéchèse. Le document mentionne ensuite «un accord commun sur l’hypothèse d’un itinéraire de réconciliation ou un chemin pénitentiel placé sous l’autorité de l’évêque», toujours inscrit cependant dans une situation de continence et en vue de la «communion spirituelle». De l’avis de certains, précise encore le document de travail, les prêtres pourraient évaluer eux-mêmes le parcours des divorcés remariés en vue de leur accès aux sacrements.

Homosexuels

Un point a particulièrement intéressé les médias lors du dernier Synode, à savoir l’attention de l’Eglise à l’égard des homosexuels. Sans jamais parler de ›couple’ ou spécifiquement de ›famille’ homosexuelle, le document assure alors qu’il «serait souhaitable que des projets pastoraux diocésains réservent une attention spécifique à l’accompagnement des familles dans lesquelles vivent des personnes de tendance homosexuelle ou de ces personnes elles-mêmes».

Alors que le questionnaire publié en décembre 2014 par le secrétariat général du Synode des évêques recommandait aux épiscopats du monde entier de donner des réponses qui s’éloignent d’une «pastorale appliquant purement la doctrine», ce document intermédiaire semble particulièrement prudent.

Entre les deux Synodes, le débat sur l’accès à la communion des divorcés remariés est apparu particulièrement clivant et le pape François a semblé réaffirmer, au fil de ses catéchèses hebdomadaires, plusieurs points de doctrine ecclésiale. L’Instrumentum laboris cite à son tour des textes doctrinaux mais relève cependant que le premier synode a souhaité «des choix pastoraux courageux». (apic/imedia/ami/be)

Jacques Berset

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